Mercredi 12 décembre 2018

Parc

Jean-Gabriel Mitterrand se met au vert

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 1 septembre 2015 - 756 mots

Le galeriste a imaginé un parc de sculptures modernes et contemporaines en pleine nature à découvrir lors d’une promenade dans l’arrière-pays varois.

LE MUY - De Jean-Gabriel Mitterrand on connaît le goût prononcé pour la sculpture, qu’il a toujours soutenue depuis la création de sa première galerie parisienne en 1988. Et plus encore pour la sculpture monumentale, qu’il a toujours aimé installer dans la ville pour la confronter à l’espace urbain, ainsi qu’il l’a souvent fait de Rio de Janeiro (en 1999) à Shanghaï (en 2010) et souvent à Luxembourg, notamment avec Niki de Saint Phalle, Keith Haring ou « Les champs de la sculpture ».
En inaugurant le 11 juillet le Domaine du Muy, parc de sculptures contemporaines, JGM, ainsi qu’il est souvent appelé, s’offre un autre socle et de nouvelles perspectives : la sculpture confrontée cette fois à la nature. « J’ai toujours eu envie d’avoir un lieu à moi un peu sauvage, de voir les limites de la cohésion entre des œuvres et une nature non destinée à les mettre en valeur, et comment elles vont s’en défendre. Je suis très intéressé par la façon dont des œuvres comme tombées du ciel, dans une sorte d’aléatoire organisé, vont dialoguer avec leur environnement », précise l’élégant septuagénaire aux allures de jeune homme, toujours dynamique, disponible. Et sauvage, la nature l’est indéniablement dans ce domaine d’environ 12 hectares, situé derrière Saint-Tropez entre Draguignan et Nice, à 3 km de l’autoroute, dans un vallon en plein massif des Maures, que se disputent forêt et garrigue avec leurs chênes verts, chênes-lièges, pins, arbousiers, bruyères… Une nature forte avec laquelle il n’est pas facile de rivaliser ou de dialoguer. Si le parcours démarre en fanfare sur de petits chemins (40 minutes pour 2 km) , il est ensuite de qualité inégale. Il commence juste après la maison en cours de rénovation (par India Mahdavi) et ses jardins (par Louis Benech) avec une grande œuvre de Yayoi Kusama (1966-2001), composée de 1 600 sphères en acier inoxydable installées sur l’étang et mues par le vent (quand il y en a). Suivent, quelques numéros plus loin, une haute tour de seaux en acier de Subodh Gupta, puis un curieux manège, recouvert de cuir noir, sur lequel on peut monter, de Carsten Höller, puis juste après une Fontaine aux Nanas (1974-1991) de Niki de Saint Phalle. Et quelques pas plus loin, un immense Banc de Jean-François Fourtou qui nous donne l’impression d’être des Lilliputiens.

Artistes émergents mêlés aux grands noms
Ce bel enchaînement donne aussi la couleur de la sélection qui rassemble donc des œuvres très diverses : des pièces historiques d’artistes disparus (Niki de Saint Phalle, Sol LeWitt…) ou d’un certain âge (Carlos Cruz Diez avec une grande Chromosaturation) ; celles d’artistes en milieu de carrière (Roman Signer, Mounir Fatmi) ou d’autres plus jeunes (Claudia Comte, Katja Schenker). Si certaines œuvres sont prêtées par des collectionneurs privés (Yayoi Kusama) ou des galeristes comme Enrico Navarra (Keith Haring, Gupta), Renos Xippas (Takis) ou Emmanuel Perrotin (Xavier Veilhan avec Le Gisant, Youri Gagarine qui, loin d’être sa meilleure pièce, est ici peu à propos), d’autres ont été spécialement produites pour l’occasion, comme l’étoile violette de Mark Handforth.
L’ensemble a ainsi un coût conséquent : 2 millions pour l’acquisition et l’aménagement du domaine qui est aujourd’hui une propriété familiale, auxquels il faut ajouter environ 1 million pour l’exposition. « C’est une folie raisonnable », indique-t-il, « d’autant plus que le lieu est animé par la galerie qui investit dans la programmation ». Il faut ensuite compter sur les recettes puisque « si le domaine n’est a priori pas commercial, en même temps presque toutes les œuvres sont à vendre. La nuance est subtile », précise-t-il. Avec des prix qui vont de 4 000 euros pour Vidya Gastaldon à 2,5 millions pour le Keith Haring. « J’ai voulu que le domaine vive de manière autonome, mais puisse être aussi supporté par la galerie. Il est donc indépendant et permet d’élargir grandement l’activité de cette dernière en offrant aux collectionneurs beaucoup de talents actuels, qui ne sont pas forcément ceux de la galerie ». Avec la proximité d’Enrico Navarra ou de la Fondation Bernar Venet un peu plus loin, l’arrivée prochaine de Patrick Seguin en haut de la colline et à quelques kilomètres de là le château Sainte Roseline avec ses expositions (en ce moment les sculptures de Nicolas Sanhes), Le Muy est bien parti pour devenir un lieu incontournable de l’art contemporain dans la région.

Le Muy

Commissaire : Simon Lamunière
Nombre d’œuvres : 38

Le Domaine du Muy, Domaine des Charles, 8349O Le Muy, tél. 06 77 04 75 92, www.domainedumuy.com, mai-octobre sur rendez-vous.

Légende photo
Mark Handforth, Deep Violet, 2014, vue d’installation au Domaine du Muy. © Mark Handforth. Courtesy Domaine du Muy. Photo : J.-C. Lett.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°440 du 4 septembre 2015, avec le titre suivant : Jean-Gabriel Mitterrand se met au vert

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