Patrimoine

Paysagisme

Le Nôtre, roi en ses jardins

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 2 janvier 2014 - 478 mots

Pour le 400e anniversaire de sa naissance, Versailles rend hommage au plus célèbre des jardiniers, André Le Nôtre, à travers une exposition foisonnante et érudite.

VERSAILLES - Paradoxalement, André Le Nôtre (1613-1700) reste un personnage méconnu. Sans doute les parterres et bassins de Versailles, puissants et légitimement célébrés depuis leur création ont-ils renvoyé dans l’ombre leur créateur, cantonné au rôle de factotum d’un roi flamboyant. À Versailles, l’exposition qui clôt l’année Le Nôtre replace l’homme dans son contexte et ses œuvres. Les commissaires de l’exposition réussissent le pari de mettre en lumière les multiples facettes du plus célèbre jardinier de l’histoire. Petit-fils et fils de jardiniers au service du roi, Le Nôtre est également dessinateur, architecte, ingénieur, hydraulicien, botaniste, urbaniste, entrepreneur et administrateur.

C’est dans l’intimité de sa collection d’art que le parcours commence  : tout au long de sa vie, il acquiert des œuvres de Nicolas Poussin, l’Albane, Claude Lorrain, Paul Bril, Le Dominiquin… Ses multiples charges pour le roi l’ont rendu riche et puissant, sa collection en est le reflet  : Le Christ et la femme adultère (1653, Musée du Louvre), commandé à Poussin, illustre les relations étroites qu’il entretient avec les artistes contemporains. Médailles, sculptures et porcelaines s’ajoutent aux tableaux pour faire de cette collection une des plus prestigieuses de son temps, dont il léguera une partie au roi en  1693.

Des chantiers prestigieux
Travailleur acharné, Le Nôtre œuvre dès ses débuts pour les plus grands  : Monsieur, frère du roi, la Grande Mademoiselle pour qui il crée les parterres du Château de Choisy, ou Nicolas Fouquet à Vaux-le-Vicomte. Louis  XIV, devenu son ami, lui confie les plus grands chantiers de son règne  : Versailles dès  1660, Compiègne, Vincennes, Fontainebleau, Saint-Germain, les Tuileries, Chambord passeront entre ses mains. La maquette des jardins de Versailles, réalisée pour l’occasion, révèle tout le génie de Le Nôtre. À partir d’un terrain plat, le jardinier étire, tord, joue avec l’optique et les perspectives dans sa quête du mouvement. Anamorphoses et jeux des angles, le parc de Versailles est un condensé de tout ce que la géométrie peut apporter au bon plaisir du roi. L’eau, à Versailles plus qu’ailleurs, devient un des axes fondamentaux de son art des parterres.

Les croquis, projets et études annotés par Le Nôtre et ses collaborateurs sont autant de témoins du travail acharné de l’homme pour domestiquer la nature. Servie par une scénographie élégante et assortie d’un catalogue de référence, l’exposition lui rend un très bel hommage.

André le Nôtre en perspectives, 1613-2013,

jusqu’au 23 février 2014, Château de Versailles, Place d’Armes, 78000 Versailles, Tel. 01 30 83 75 80, www.chateauversailles.fr, tjj sauf lundi, 9h-17h30. Catalogue, Éditions Hazan, 440p., 49 €.

Commissariat scientifique : Béatrix Saule, directrice du musée, conservateur général ; Patricia Bouchenot-Déchin, chercheur associé au Centre de recherche du château de Versailles ; Georges Farhat, membre du Laboratoire de l’école d’architecture de Versailles.

Légende photo

Israël Sivestre, Vue du jardin des tuileries après 1671 avec perspective vers l’Ouest, XVIIe siècle, plume, encre et lavis, Musée du Louvre, Paris. © Photo : RMN (Musée du Louvre)/Jean-Gilles Berizzi.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°404 du 3 janvier 2014, avec le titre suivant : Le Nôtre, roi en ses jardins

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