La collection de la Royal Photographic Society

La part aristocratique du médium

Le Journal des Arts

Le 1 mai 1996

Une sélection de 150 œuvres issues des très importantes collections historiques de la Royal Photographic Society, l’un des grands conservatoires de la photographie britannique, est exposée à Paris, puis à Nice. L’occasion de savoir ou revoir ce que perçoivent les regards clairs et bleutés de nos voisins photosensibles.

La photographie fut inventée en France ET en Angleterre – le consensus associatif évitant d’entrer dans la polémique –, et les deux nations rivales, mais bientôt alliées, du milieu du XIXe siècle, trouvèrent là matière à concurrence, émulation, et singularisation.

La Société héliographique, créée à Paris en 1851 et devenue en 1854 notre actuelle Société française de photographie (SFP), fut prise comme modèle pour la création de la Photographic Society de Londres, placée sous patronage royal, qui devint la Royal Photographic Society (RPS) en 1894. C’était là un grand moment du développement de la photographie, et l’on pourrait comparer le devenir de ces deux sociétés : très actives pour la circulation du savoir jusqu’à la fin du siècle, elles furent ensuite l’objet de contestations et de scissions (le Pictorialisme), puis durent affronter le modernisme esthétique ou technologique, la concurrence du cinématographe, etc. tout en assumant leur charge patrimoniale et le retour sur leur histoire. Depuis vingt ans, la RPS a, mieux que la SFP, négocié son passage à l’institution muséographique, en se repliant dans la campagne anglaise : la station thermale de Bath.
 
C’est là qu’on peut aller admirer les chefs-d’œuvre de la photographie britannique, plus accessibles du reste que ceux du Victoria and Albert Museum, où la consultation est plus sévèrement encadrée. Par les dons de ses membres ou les acquisitions, le fonds de la Royal Photographic Society contient de quoi dresser un panorama très huppé de ce qu’on appelle l’Art photography : la part peut-être aristocratique d’un médium qui a connu d’autres développements plus populaires, sans doute moins visibles à la RPS qu’à la Société française de photographie. Mais on ne peut dédaigner ses Lewis Carroll, ses Julia Cameron, ses magnifiques Fenton – l’un des fondateurs de la Société, qu’il a nantie d’un bel ensemble –, ses Sutcliffe, ses étonnants Coburn.

Un déroulement historique classique, conforme du moins à l’idée que l’on s’est faite de l’histoire de la photographie, modelée en premier lieu sur le contenu de telles collections (l’histoire de la photographie en France s’est également appuyée au début du siècle sur la connaissance des collections de la SFP). Un ton de "bonne société" légitimant le titre d’"âge d’or", qui devait donner ses derniers éclats avec les Vortographs de Coburn (1916).

Constituées en grande partie grâce à des dons de photographes ou de leurs descendants, les collections de la Royal Photographic Society comportent plus de 120 000 images, 6 000 appareils et pièces techniques diverses, 13 000 livres et 13 000 volumes reliés de périodiques, 5 000 lettres, des notes de chercheurs, des catalogues, des albums…

SOUVERAINE ANGLETERRE. L’âge d’or de la photographie britannique à travers les collections de la Royal Photographic Society, 1839-1917. Hôtel de Sully (Mission du patrimoine photographique), 62 rue Saint-Antoine 75004 Paris, jusqu’au 9 juin, tlj sauf le lundi, de 10h à 18h30, puis au Musée Matisse de Nice du 6 septembre au 6 octobre. Catalogue, Éditions Mission du patrimoine photographique, 62 p., 100 F. Avec le soutien du British Council et de Safom Assurances.

Conseils aux collectionneurs

Manipulez les photographies avec grande précaution, en portant uniquement des gants de coton.

Éventuellement, procédez à un dépoussiérage léger. Limitez-vous au strict minimum afin d’être sûr de ne pas endommager l’image.

Il conviendra de limiter l’exposition de vos photographies à la lumière naturelle ou artificielle, qu’elles soient anciennes ou modernes. Comme pour les œuvres graphiques, le verre n’assure pas une protection suffisante.

Veillez à leur encadrement dans des montages dont les matériaux sont chimiquement contrôlés.

En photographie ancienne, il existe plus d’une centaine de procédés techniques. Identifiez précisément celui de vos achats. Stockez-les dans des contenants adaptés à chaque procédé, négatifs ou positifs.

Les épreuves craignent la poussière, la lumière, la chaleur, l’humidité ainsi que les brusques variations climatiques. Évitez donc la proximité d’un radiateur, d’une fenêtre…

Enfin, d’une manière générale, un contrôle préalable et précis de l’environnement est indispensable. Il vous permettra de conserver et montrer au mieux votre patrimoine.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°25 du 1 mai 1996, avec le titre suivant : La collection de la Royal Photographic Society

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