Slow Art pour la 5e biennale d’art contemporain de Moscou

Par Emmanuel Grynszpan (correspondant à Moscou) · lejournaldesarts.fr

Le 20 septembre 2013 - 497 mots

MOSCOU (RUSSIE) [20.09.13] - L’idée qui vient à l’esprit après avoir observé les immenses installations occupant la salle du Manège (à un jet de pierre du Kremlin), c’est celle de la lenteur. Les peintures, sculptures, vidéos s’ouvrent très progressivement aux visiteurs. Point d’image-choc. La 5e biennale de Moscou a pour titre « Plus de Lumière », mais ce qu’elle réclame, c’est surtout plus de temps.

« Je n’aime pas la provocation, qui est comme un flash ne laissant aucune trace derrière », justifiait jeudi la curatrice et critique d’art contemporain belge Catherine de Zegher en ouvrant les portes de sa biennale aux journalistes. Après les nombreuses frictions entre artistes contemporains et Kremlin ces dernières années, les médias pressaient la curatrice de l’exposition principale de s’expliquer sur ses choix esthétiques et son rapport avec les autorités russes. Point de sexe, point de violence, et très peu de politique. « Je crois aux vertus de la négociation et non de la provocation », poursuit l’ancienne co-directrice de la biennale de Sydney, également connue pour son engagement féministe. « Il y a toujours plus d’artistes féminins que masculins dans mes expositions. Même chose pour les thèmes ». La biennale de Moscou ne fait pas exception. « J’ai aussi choisi de mettre l’accent sur les jeunes artistes, ce qui est le rôle d’une biennale ».

Bien que sujettes à des penchants puritains et conservateurs, les autorités russes ont donné leur aval à cette biennale en lui accordant un soutien de l’ordre de 1,28 million d’euros (ministère de la Culture), plus 232 000 euros (ville de Moscou). Les mécènes privés ont contribué à hauteur de 817 000 d’euros, pour un budget total de près de 2,33 millions d’euros, d’après le directeur général de la biennale Iossif Backstein. « Notez l’emplacement de cette biennale, juste à côté du Kremlin. C’est un signe de respect venant des autorités », a commenté Backstein, chaque année plus prudent dans ses relations avec le pouvoir.

Au sous-sol du « manège », un vaste hall qui servait autrefois d’école d’équitation pour officiers, règnent des vidéos d’un intérêt inégal et les étonnantes sculptures de Ricardo Lanzarini : des bicyclettes-projecteurs de lumière désarticulées. Au rez-de-chaussée, l’exposition s’ouvre sur la gigantesque installation de la chinoise Song Dong intitulée waste not. Ce sont les entrailles de la maison de sa mère. Tous les objets contenus dans cette modeste cahute en bois s’étalent par terre, méticuleusement classés par type. Chaussures, meubles, vêtements, bouteilles plastiques, emballages, objets intimes... l’installation a un caractère exhibitionniste.

Le calme et la méticulosité des oeuvres choisies par Catherine de Zeghers témoignent d’un goût singulier, mais qu’elle sait faire partager. Rien n’est gratuit, rien n’est évident ni immédiat. Même les oeuvres les plus violentes, comme Le temps des papillons de l’Iranienne Parastou Forouhar, exigent une attention poussée du spectateur pour divulguer leur message. L’immense mur recouvert de centaines de jolis papillons bariolés se révèle une collection de massacres et de tortures. Chaque papillon renferme des corps en proie aux souffrances.

Légende photo

Le Manège, un des lieux d'exposition de la Biennale 2013 d'art contemporain de Moscou - Russie - © Photo Bernt Rostad - 2008 - Licence CC BY-SA 2.0

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