Dimanche 5 décembre 2021

Art ancien

Raphaël et ses disciples

Par Daphné Bétard · Le Journal des Arts

Le 17 octobre 2012 - 971 mots

Le Musée du Louvre s’immisce au cœur de l’atelier du maître de la Renaissance pour éclairer d’un jour nouveau ses dernières années romaines.

Fruit d’un partenariat avec le Musée du Prado, à Madrid, l’exposition que le Louvre consacre aux années romaines de Raphaël (1483, Urbino-1520, Rome) est une passionnante plongée au cœur de son atelier où s’affairaient, à en croire Vasari, une cinquantaine d’assistants.
Appelé au Vatican par Jules II pour la décoration de ses appartements, Raphaël arrive à Rome à l’automne 1508 – il est alors âgé de 25 ans. Il se voit confier la chambre de la Signature, premier chantier d’une longue série. En effet, avec l’élection en 1513 du nouveau pape, Léon X, les commandes pontificales s’intensifient. Raphaël doit aussi répondre aux sollicitations de riches mécènes comme Agostino Chigi ou le cardinal Bernardo Dovizi da Bibbiena, et ce, tout en développant ses activités d’architecte. Pour répondre à la demande, Le peintre s’entoure de nombreux assistants, capables de prendre des initiatives tout en faisant preuve de souplesse, et dotés, pour certains, de réels talents artistiques. « C’est à Rome que Raphaël produisit ses œuvres les plus ambitieuses et majestueuses », soulignent les deux commissaires scientifiques de la manifestation, Tom Henry, professeur d’histoire de l’art à l’University of Kent (Angleterre), et Paul Joannides, son homologue à Cambridge (Angleterre), mais « les derniers tableaux de Raphaël restent relativement mal compris, et ce pour trois raisons essentielles : ils posent des problèmes de chronologie ; ils sont d’une diversité déroutante ; enfin, ils ont été exécutés à plusieurs mains ». Des questions pour le moins épineuses que l’exposition tente d’éclaircir.

Grands retables
Pour cette démonstration, nombre de grands retables datant de ces années dites « de maturité » ont pu être réunis dans les espaces du Louvre. Ainsi du Spasimo, commandé pour une église de Palerme, et de La Vierge au poisson, qui ont tous deux fait le déplacement depuis Madrid, mais aussi du Grand Saint Michel que Léon X souhaitait offrir à la cour du roi de France ou encore du retable de Sainte Cécile, conservé à la Pinacothèque nationale de Bologne. Sans oublier La Visitation, souvent attribuée à Giovan Francesco Penni (vers 1496-1528) pour son paysage d’une grande douceur, même si les deux femmes sont plus probablement dues, comme le pensent certains experts, à Giulio Romano (v. 1499-1546) – les deux protagonistes sont les principaux assistants de Raphaël. Les études et dessins exposés à leurs côtés aident à préciser les rôles joués par les assistants de Raphaël dans l’exécution, mais aussi dans la conception de son œuvre.

Le chapitre suivant met en évidence les peintures de chevalet et l’influence de Léonard de Vinci, présent à Rome entre 1513 et 1516. « Sans doute n’est-il pas exagéré d’affirmer que pratiquement tous les tableaux exécutés par Raphaël après 1516, à l’exception partielle de ses portraits, doivent beaucoup à Léonard de Vinci », notent ainsi les commissaires. Un trait particulièrement visible dans les « Saintes Familles » exécutées par Raphaël, à l’image de La Perla, une Vierge à l’Enfant avec le petit saint Jean Baptiste surnommée ainsi car Philippe IV d’Espagne y aurait vu la « perle de sa collection ». L’œuvre n’est pas sans évoquer la Sainte Anne de Vinci. Mais le célèbre tableau du Louvre, déjà au cœur d’une vaste exposition organisée au printemps dernier à la suite de sa restauration (lire le JdA no 368, 27 avril 2012) et promis au Louvre-Lens pour son inauguration en décembre, n’est pas de la partie. La Perla est ici exposée dans une salle consacrée aux grandes Madones et c’est à la série des « Saint Jean Baptiste » de Raphaël et son atelier que revient l’honneur de côtoyer Léonard de Vinci, dont est présenté le crépusculaire Saint Jean Baptiste.
L’intervention des assistants du génie de la Renaissance italienne se remarque au travers non pas d’incohérences majeures, mais de quelques « maladresses locales » ; ils font « du Raphaël mais en moins bien », résument Tom Henry et Paul Joannides. Avant la mort du maître, ses assistants ne sont pas nommés dans les différents documents écrits. Y figure parfois, et seulement, le terme générique de « disciples de Raphaël ».

Un fils très doué
En 1520, deux principales figures vont émerger : le Romain Giulio Pipi connu sous le nom de Giulio Romano, que Raphaël aurait aimé comme son fils, et Giovan Francesco Penni. Tous deux reprennent l’activité de l’atelier pour quelques années. La Transfiguration, ici accrochée avec des études de Raphaël, a été exécutée par Romano et Penni vers 1524. Il s’agit d’une copie d’après un original conservé au Vatican, lequel, pour certains spécialistes, fait lui-même débat : une grande partie de l’angle inférieur droit, moins délicate que le reste, serait l’œuvre de Giulio Romano. Entré dans l’atelier de Raphaël vers 1515-1516, trois ou quatre ans après Penni, Romano se révèle être le plus doué ; il connaîtra un grand succès à la mort de Raphaël. Les dessins préparatoires que Giulio exécute pour les projets de Raphaël illustrent leurs intenses liens intellectuels. C’est d’ailleurs l’Autoportrait avec Giulio Romano, présenté dans une ultime galerie de portraits – où les figures de Bindo Altoviti et de Baldassare Castiglione côtoient des portraits plus officiels – qui conclut le parcours. Témoignage des relations privilégiées entre les deux hommes, l’œuvre est considérée comme le « testament artistique » de Raphaël.

Raphaël. Les dernières années

Jusqu’au 14 janvier 2013, Musée du Louvre, 99, rue de Rivoli, 75001 Paris, tél. 01 40 20 53 17, www.louvre.fr, tlj sauf mardi, 9h-17h45 et jusqu’à 21h45 mer. et vend.

Catalogue, coéd. Hazan/Louvre, 400 p., 45 €.

Voir la fiche de l'exposition : Raphaël : Les dernières années

À voir aussi, aile Sully : « Luca Penni, un disciple de Raphaël à Fontainebleau », aile Denon : « Dessins de Giulio Romano ».

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°377 du 19 octobre 2012, avec le titre suivant : Raphaël et ses disciples

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