Dimanche 16 décembre 2018

Politique

A Pékin, l'atelier de l'artiste Ai Weiwei démoli sans préavis

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 6 août 2018 - 652 mots

PEKIN / CHINE

Une pelleteuse brise les fenêtres du vaste atelier d'Ai Weiwei, en périphérie de Pékin, pendant que des hommes évacuent ses oeuvres du bâtiment, prêt à être détruit.

Le crépuscule tombe sur l'ancienne usine de pièces détachées de voitures autour de laquelle s'affairent des travailleurs, torses nus, chargés de caisses en bois remplies de créations artistiques. Vendredi a démarré la destruction du principal atelier de l'artiste chinois dissident Ai Weiwei, trois ans après son départ de Chine.

Quelques heures plus tôt l'artiste de 60 ans, qui vit dorénavant à Berlin, avait posté une vidéo sur Instagram montrant une pelleteuse en action et plusieurs hommes en train de regarder depuis l'intérieur de l'édifice en briques et ciment quasiment désert à Pékin. "Aujourd'hui, ils ont commencé à démolir mon atelier 'zuo you' ('gauche et droite')" sans préavis, expliquait-il sur ce réseau social bloqué en Chine. "Adieu", écrivait-il sobrement en anglais. L'artiste avait installé en 2006 son principal atelier dans ce bâtiment de style industriel.

Fils d'un poète vénéré par les anciens dirigeants communistes, Ai Weiwei avait participé en tant qu'architecte à la conception du célèbre stade "nid d'oiseau" pour les jeux Olympiques de Pékin en 2008, mais était tombé en disgrâce pour ses critiques du régime. En 2011, il avait passé 81 jours en détention après avoir été arrêté à l'aéroport de Pékin alors qu'il s'apprêtait à prendre un avion pour Hong Kong. 

Son atelier dans la banlieue de Shanghai avait été démoli en janvier de la même année. Privé de passeport durant quatre ans, il était parti à Berlin après avoir récupéré le document en 2015.

Rétrospective fantomatique

Ai Weiwei n'a toutefois pas exprimé une grande colère face à la démolition, presque attendue, le contrat de location de son atelier ayant expiré l'automne dernier, précisait Ga Rang, un assistant qui a travaillé dix ans à ses côtés à Pékin. Selon Ga Rang, qui gérait l'espace, il était "tout simplement impossible" de déménager à cette période en raison de l'importante quantité d'objets entreposés dans le studio. 

"Elles (les autorités qui ordonnaient la destruction) sont venues et ont commencé à détruire les fenêtres sans nous prévenir. Il restait encore beaucoup de choses à l'intérieur". Les membres du studio avaient été prévenus que le déménagement devait avoir lieu ces jours-ci mais personne ne leur avait précisé la date à laquelle les engins de démolition interviendraient, précise t-il.

Parmi les gravats, autour du bâtiment, reposaient vendredi des restes d'oeuvres notoires de l'artiste, comme une étrange rétrospective fantomatique. De hauts piliers en céramique verts, jaunes et bleus, à l'image de ceux visibles dans la série Pillar (Pilier) datant de 2006 trônaient aux côtés de barres de fer torsadées, récupérées dans les écoles détruites en 2008 par le séisme dévastateur du Sichuan (sud-est). Le tout encerclé par d'énormes racines d'arbres noueuses, rappelant la série de 2009 "Rooted Upon" (qui peut se traduire par Déracinement).
 
Centres et bâtiments commerciaux 

"Les autorités (chinoises) disent qu'elles veulent développer le secteur, construire des centres commerciaux et des bureaux. Mais c'est dommage -  vous ne retrouverez jamais un endroit comme celui-ci à Pékin", déplorait Ga Rang. "M. Ai a créé de nombreuses oeuvres dans cet espace, un grand nombre de ses oeuvres emblématiques ont été fabriquées ici".

Eloigné du centre-ville de Pékin, le centre d'art "gauche droite" est une ancienne usine reconvertie en ateliers d'artistes et bureaux. Il se situe à côté du "Big Wealthy Regal Industrial Park", une zone industrielle remplie de tracteurs, de bâtiments vétustes, où déambulent le long des routes des vendeurs de pastèques. Le studio de Ai Weiwei domine le complexe, alors que la majorité des autres bâtiments datant des années 1960 et 1970 sont déjà en ruines. A son apogée, le complexe abritait quelque 1 000 résidents, mais leur nombre avait commencé à décliner dans les années 1980. Seules 20 personnes y vivaient encore ces derniers temps. 

 Par Becky Davis

Cet article a été publié par l'AFP le 3 août 2018

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