Samedi 16 février 2019

Politique

Ai Weiwei dénonce la passivité de l’Occident

Par Sindbad Hammache · lejournaldesarts.fr

Le 1 février 2019 - 476 mots

CANADA

Alors qu’il expose au Canada, l’artiste pointe la responsabilité de l’occident dans la situation politique chinoise.

Ai Weiwei dans son studio à Berlin, 2015
Ai Weiwei dans son studio à Berlin, 2015

Depuis son incarcération et son assignation à résidence de 2011 à 2015, Ai Weiwei est connu du grand public pour son engagement constant en faveur des droits de l’homme dont la Chine n’est pas un modèle. L’artiste pékinois, souvent aux prises avec les autorités de son pays, sait aussi être critique à l’égard de l’occident. Récemment, il avait multiplié les déclarations et initiatives artistiques visant à éclairer la question des migrants en Europe. Le 31 janvier dernier, c’est sur un autre terrain qu’il se prononce en dénonçant avec véhémence la responsabilité des pays occidentaux dans la consolidation du régime chinois.

La forte tension diplomatique entre la Chine et le Canada, après l’arrestation d’une dirigeante de Huawei à Vancouver, intervient alors qu’une exposition lui est consacrée au Gardiner Museum de Toronto. Sur le site de l’institution, Ai Weiwei a publié une lettre ouverte détaillant son analyse de la situation. Il commence par constater que la réaction des autorités chinoises (qui ont incarcéré des ressortissants canadiens en représailles) n’a rien de surprenante : les détentions arbitraires sont monnaies courantes dans le régime de parti unique.

Dans ce texte, l’artiste évoque la part de responsabilité des occidentaux dans cette situation politique. L’Ouest, argue-t-il, a tiré grand profit d’un droit du travail sommaire en Chine, d’un régime de liberté contraint et d’une protection environnementale inexistante : il est « la force cachée derrière l’essor de la Chine ». Il considère que la situation chinoise a été un « rêve » pour les pays occidentaux, permettant de faire ici tout ce qu’il ne pouvait pas faire chez eux.

Il démonte l’argument qui voudrait que le développement économique se double automatiquement d’une ouverture démocratique et d’un respect des droits humains. Une « hypothèse improbable », qui ne connaît aucun précédent historique avance-t-il. « Et l’Ouest l’a bien compris », ajoute-t-il, sans complaisance. Le ton général de la lettre dénonce d’ailleurs une position hypocrite de la part des pays occidentaux.

Selon lui, la cause du « conflit apparent » entre la Chine et l’Ouest est « le refus de l’Ouest d’admettre une complicité dans la création de ce régime monstrueux ». Et ses espoirs de voir la situation changer restent maigres : « Finalement, rien ne changera. […] Le vrai problème vient de l’Ouest où il y a un manque total de vision et de responsabilité, et seulement un intérêt à profiter du statu quo »

Cette déclaration met en perspective certaines œuvres exposées au Gardiner Museum à partir du 28 février prochain, comme le Sunflower Seed, qui dénonce l’uniformisation des individus sous le Parti et l’emprise du made in China imposé par l’occident. Ou bien, de manière plus imagée, les Coca-Cola Vase, des poteries traditionnelles trop rigides sur lesquelles sont peint un des symboles de la mondialisation.

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