Mercredi 29 janvier 2020

Musée

Un musée allemand embarrassé par une offre d’achat d’une toile de ses collections

Par Frédéric Therin, correspondant à Munich · lejournaldesarts.fr

Le 25 octobre 2018 - 454 mots

BIELEFELD / ALLEMAGNE

Un collectionneur américain serait prêt à payer 30 millions € pour acquérir un tableau de Richter exposé à la Kunsthalle de Bielefeld.

Gerhard Richter Kurs
Gerhard Richter, détail de Kurs (n°692), 1989, huile sur toile, 300 x 250 cm, collection Kunsthalle Bielefeld
© Gerhard Richter

Certains choix peuvent être cornéliens. Plusieurs musées de province en Allemagne peinent à boucler leur budget chaque année. Fondée il y a tout juste 50 ans, la Kunsthalle de Bielefeld, une ville de 335 000 habitants située en Rhénanie-du-Bord-Westphalie, est un de ces établissements à la peine qui manquent de moyens pour enrichir leurs collections.

Gerhard Richter Kurs
Gerhard Richter, Kurs (n°692), 1989, huile sur toile, 300 x 250 cm, collection Kunsthalle Bielefeld
© Gerhard Richter

L’offre reçue, il y a quelques semaines, d’un marchant d’art allemand aurait pu faire disparaître tous ses soucis financiers en un instant. Cet intermédiaire, qui représente un acheteur américain, proposait en effet d’acquérir le tableau Kurs de Gerhard Richter que le musée possède depuis 1991. Le collectionneur aurait offert, selon la presse locale, 30 millions d’euros pour obtenir cette toile peinte en 1989. « La vente de cette peinture faciliterait le financement de l’agrandissement de la Kunsthalle », s’est réjoui le maire social-démocrate (SPD) de la ville, Pit Clausen, avant de rapidement faire marche arrière.

Cette affaire a en effet provoqué une levée de boucliers des élus locaux. Les représentants du parti social-démocrate SPD et les conservateurs de la CDU, les écologistes et les minoritaires réunis au sein du groupe « Piraten/Bürgernähe » (Pirates / citoyens) ont déjà fait savoir qu’ils allaient voter contre cette vente lors du prochain conseil municipal qui se tiendra le 8 novembre prochain. Le maire souhaite, pour sa part, que des règles soient fixées concernant les collections d’art de la ville afin de définir si certaines œuvres peuvent être vendues ou non à des collectionneurs privés.

La Kunsthalle de Bielefeld, qui expose aujourd’hui 500 tableaux, 200 sculptures et 4 500 aquarelles d’art moderne et contemporain, a connu une crise encore plus grave dans son passé. Autrefois abrité dans une villa du centre-ville, le musée a été pillé par les nazis qui ont retiré en 1937 de ses collections 137 toiles considérées comme « dégénérées ». Son conservateur souhaiterait aujourd’hui racheter un tableau d’Emil Nolde confisqué par les nazis mais son budget annuel d’acquisition, qui atteint tout juste 100 000 euros, ne lui permet pas de débloquer les 680 000 euros demandés par le vendeur.

La Kunsthalle n’est pas la seule à souffrir d’un manque de financement. Pour trouver des fonds, certains établissements peuvent être tentés de vendre une partie de leurs collections. Il n’existe en effet en Allemagne aucune loi fédérale ou régionale qui empêche, comme en France, les musées de céder certaines de leurs pièces. L’Allemagne n’a pas non plus d’inventaire national des œuvres qui sont présentées au public par des institutions privées ou des établissements publics. Difficile alors de résister à certaines offres rondelettes formulées par de richissimes collectionneurs…
 

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