Ventes publiques

Indignation en Allemagne autour de la vente de deux Warhol par un casino

Par Isabelle Spicer (Correspondante à Berlin) · lejournaldesarts.fr

Le 14 novembre 2014 - 485 mots

BERLIN (ALLEMAGNE) [14.11.14] - Les deux tableaux de Warhol vendus par Christie’s New York lors de sa vente record appartenaient indirectement au Land de Rhénanie du Nord – Westphalie. La cession de ces œuvres suscite une controverse en Allemagne.

La vente par le casino Westpiel de deux Warhol chez Christie’s New York le 12 novembre 2014 a provoqué une vive polémique dans le monde de l’art allemand. La maison de jeux appartient en effet indirectement au Land de Rhénanie du Nord – Westphalie (NRW), le Land le plus riche et le plus peuplé d’Allemagne. Le casino, basé à Aix-la-Chapelle, est une filiale de la banque de développement du Land, la NRW-Bank.

Avant la vente, Monika Grütters, la ministre fédérale de la culture, avait déclaré au quotidien Bild : « La vente aux enchères des deux tableaux de Warhol issus du patrimoine public briserait un tabou, avec des conséquences fatales ». Après la vente, Olaf Zimmermann, directeur du Conseil culturel allemand, qui représente de plus 200 associations culturelles fédérales a surenchéri: « La Rhénanie du Nord – Westphalie ne nous a pas rendu service, à présent la boîte de Pandore est ouverte ».

Lothar Dunkel, le directeur général du casino Wespiel est naturellement d’un autre avis : « La vente de ces deux œuvres d’art d’Andy Warhol nous permettra de poursuivre nos offres de jeux à destination de la population de Rhénanie - du - Nord – Westphalie », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que ces œuvres avaient été acquises à la fin des années 1970, à des fins décoratives.

La vente a rapporté environ 120 millions d’euros. Le casino, en déficit de plusieurs millions depuis des années, devrait empocher 80,6 millions du produit de la vente, pour réaliser des travaux de rénovation. Le reste de la somme ira dans les caisses du Land NRW.

L’inaliénabilité des œuvres d’art est toujours un sujet sensible. Mais dans ce dossier deux autres éléments ont fait débat : l’exportation des œuvres à l’étranger, ainsi que la vente d’une œuvre issue du patrimoine public par mise aux enchères, ce qui brise un tabou.

Le monde de l’art craint que cette vente n’ouvre une boîte de pandore, au moment où de nombreux musées luttent pour leur survie. La NRW-Bank a d’ailleurs reconnu avoir envisagé de vendre deux œuvres de Sigmar Polke, avant de se rétracter. Hermann Parzinger, président de la Fondation du patrimoine culturel de Prusse, qui gère les musées étatiques de Berlin, s’est voulu rassurant : il est inimaginable pour sa fondation de se séparer d’œuvres pour renflouer les caisses. Il a cependant mis en garde : « Ceux qui vendent aux enchères des œuvres d’art issues de collections publiques doivent garder à l’esprit qu’il est incroyablement difficile pour tous les musées publics allemands d’acquérir des œuvres. » Si la sacrosainte inaliénabilité des œuvres n’est pas respectée, nul doute que les collectionneurs hésiteront à l’avenir à léguer leurs collections à l’Etat.

Légendes photos

- Andy Warhol (1928-1987) - Triple Elvis (Ferus Type) (1963) - 208,3 x 175,3 cm - Adjugé 81 925 000 $ le 12 novembre 2014 chez Christie's New York
- Andy Warhol (1928-1987) - Four Marlons (1966) - 205,7 x 165,1 cm - Adjugé 69 605 000 $ le 12 novembre 2014 chez Christie's New York
Courtesy photos Christie's Images Limited

Thématiques

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque