Dimanche 5 décembre 2021

Musée

Quel est l’impact du « shutdown » sur les musées américains ?

WASHINGTON / ETATS-UNIS

Dans un pays où les musées sont souvent privés, la fermeture partielle des services publics affecte surtout les musées du Smithsonian. La solidarité permet de soutenir les employés en chômage technique.

Donald W Reynolds Center
Le Donald W. Reynolds Center for American Art and Portraiture, siège du Smithsonian American Art Museum et de la National Portrait Gallery, Washington, qui subit de plein fouet le "shutdown" et a dû fermer temporairement.
© Photo : Smithsonian Institute

Washington, D. C. Non loin des poubelles débordantes que personne ne viendra ramasser, les portes des musées du Smithsonian sont closes sur le National Mall, cette grande allée historique de Washington. Les quelques touristes venus tenter leur chance en ce début janvier rebroussent chemin, déçus. Le shut- down du gouvernement américain dure depuis le 22 décembre, faute d’accord trouvé sur le budget fiscal 2019 des États-Unis. À l’origine de cette fermeture partielle : le financement d’un mur pour le moins polémique à la frontière mexicaine pour lequel le président Donald Trump réclame 5,7 milliards de dollars, faisant hurler ses opposants démocrates. Conséquence de ce bras de fer politique : la moitié des 800 000 employés fédéraux est au chômage technique tandis que l’autre moitié, dont les activités sont « essentielles », reste à son poste – sans rémunération.

Si l’impact sur les institutions culturelles demeure très limité dans un pays où la culture est largement financée par des fonds privés, le National Park Service, l’agence fédérale chargée de l’entretien des parcs et monuments nationaux, fait les frais de cette asphyxie financière, obligeant chaque État à prendre le relais sur le financement fédéral. C’est le cas en Arizona, où l’État a décidé de financer les services d’entretien des toilettes publiques, la collecte de déchets et le déneigement des voies du Grand Canyon.

New York épargnée, Washington affectée

À New York, capitale américaine de la culture, le shutdown est presque indolore, les musées historiques comme le Metropolitan Museum of Art et le Museum of Modern Art étant entièrement financés par des capitaux privés. Si le musée d’Ellis Island et la statue de la Liberté, à la charge du National Service Park, ont été menacés, l’État de New York a immédiatement riposté en promettant 65 000 dollars par jour pour accueillir les 12 000 visiteurs quotidiens des deux monuments. « Nous ne laisserons pas le symbole de division répugnant du président Trump affecter les véritables emblèmes de ce que nous sommes en tant qu’État et en tant que nation », s’est indigné Andrew Cuomo, gouverneur démocrate de New York, quelques heures après l’annonce du blocage.

À Washington, berceau des rares musées américains financés par le gouvernement, le shutdown flotte cependant dans l’air. Les dix-neuf musées du complexe muséal Smithsonian, le Parc zoologique de Washington et la National Gallery of Art ont été contraints de suspendre leurs activités. Sur les 4 000 employés fédéraux du Smithsonian, seuls quelque 700 salariés sont restés à leur poste. Linda St. Thomas, porte-parole en chef de l’institution, fait partie de ces exemptés.

« Nous avions un surplus de fonds de l’année précédente que nous avons utilisé pour rester ouverts la semaine de Noël et du Nouvel An, récite-t-elle par téléphone d’une voix rapide. Nous avons reçu près de un million de visiteurs, c’est l’une des semaines les plus chargées de l’année. » Le 2 janvier, l’institution annonce toutefois que ses musées fermeront jusqu’à nouvel ordre. L’accès aux collections du Smithsonian étant gratuit, le manque à gagner pèse uniquement sur les recettes des magasins de souvenirs, des cafétérias et des deux salles de cinéma de l’institution, précise la porte-parole.

Interdiction formelle de travailler

« Il y a un certain nombre de personnes en charge de la sécurité et de l’entretien qui sont restées en service et toute une équipe qui s’occupe des animaux au Parc zoologique », poursuit Linda St. Thomas, avant de préciser que, lors des précédents shutdown, les employés en poste ont perçu leur salaire rétroactivement. Pour les autres, « les règles sont strictes : vous ne pouvez pas aller travailler, votre bureau est fermé, vous n’êtes pas censés regarder vos courriels ou utiliser votre portable professionnel », souligne-t-elle. « Je pense que plus on approche du premier salaire manqué, plus les employés fédéraux seront inquiets, surtout ceux qui vivent d’un chèque de paie à l’autre », avance Linda St. Thomas. Qu’en est-il des offres de soutien privées ? « On n’a pas le droit d’accepter des donations pour payer les salaires ou pour rester ouverts, tranche-t-elle. « Les musées sont sous la responsabilité du gouvernement, on ne peut pas lever de fonds. »

Soutien aux employés fédéraux

Impulsées par l’association Destination DC qui promeut le tourisme dans la capitale américaine, de nombreuses enseignes locales, restaurants, cafés ou même musées privés proposent des entrées gratuites aux employés fédéraux en signe de solidarité. C’est le cas du National Building Museum, dont les entrées ont bondi de 60 % par rapport à la même période l’an dernier, constate Emma Filar, directrice de la communication du musée. « Nous nous sommes dit que c’était important d’être aussi accueillants que possible envers les employés fédéraux, qui traversent un moment difficile et rentrent chez eux le soir sans être payés », commente-t-elle, estimant à « près de 900 » le nombre d’employés fédéraux venus visiter le musée durant les quinze premiers jours du shutdown. Sur son compte Twitter, le Newseum, musée privé sur le journalisme qui a participé à cette même campagne, a quant à lui recensé 1 000 entrées sur la même période.

« Les gens planifient leurs voyages à Washington, parfois très en avance », déplore Linda St. Thomas. « Ils veulent découvrir la capitale du pays et visiter les musées Smithsonian fait partie de cette découverte. Que ce soit dans le cadre de sorties scolaires ou de voyages en famille, nous savons que c’est une grande déception de ne pas pouvoir les visiter », soupire-t-elle.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°515 du 18 janvier 2019, avec le titre suivant : Quel est l’impact du « shutdown » sur les musées américains ?

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