Dimanche 15 décembre 2019

Musée

ŒNOTOURISME

L’ONU du vin

Par Stéphane Renault · Le Journal des Arts

Le 21 février 2018 - 872 mots

BORDEAUX

Dix-huit mois après son lancement, la Cité du vin à Bordeaux, à l’approche universaliste, fonctionne sur ses recettes propres.

La Cité du vin, à Bordeaux
La Cité du vin, à Bordeaux
Photo Photo Anaka
©La Cité du Vin / XTU architects

In vino veritas. Si l’adage veut que la vérité soit dans le vin, elle émerge aussi parfois de la confrontation d’idées préconçues avec la réalité. La Cité du vin, inaugurée début juin 2016 sur le site des anciennes forges du grand port maritime de Bordeaux, réserve ainsi plusieurs surprises aux visiteurs. Son bâtiment, d’abord, dont l’architecture résolument contemporaine, signée par l’agence XTU, a fait dire à Alain Juppé, maire de la ville : « La Cité du vin sera mon Guggenheim. » Manière de souligner sa dimension esthétique comme la volonté d’en faire un lieu d’attraction et de rayonnement à la fois culturel et économique. Là réside l’autre sujet d’étonnement potentiel pour qui s’attend à trouver ici un énième musée régional érigé exclusivement à la gloire des grands crus du Bordelais. Aux antipodes, l’écrin – au total, 13 350 mètres carrés répartis sur dix niveaux – se revendique le plus grand musée au monde consacré au vin ; un équipement conçu pour rassembler, tel que le stipule son intitulé « un monde de cultures ». En d’autres termes, la thématique du vin est abordée selon une approche universaliste, en tant que patrimoine culturel et vivant. Dans cet esprit d’ouverture, les civilisations du vin sont présentées à travers ce qu’elles ont en commun. Une ONU du vin, en quelque sorte. « L’idée d’un musée du vin existait depuis longtemps, mais il s’agissait de projets très “Bordeaux centrés”, précise Laurence Chesneau-Dupin, conservatrice en chef du patrimoine et directrice de la culture. Il fallait voir grand, affirmer Bordeaux comme capitale du vin. » Après dix-huit mois d’existence, la fréquentation du site dépasse les attentes. En 2017, la Cité du vin a accueilli 445 000 visiteurs de 176 nationalités différentes, dont 32 % venus de Bordeaux Métropole et 42 % de touristes étrangers, majoritairement britanniques, américains puis espagnols. Devenue une étape incontournable de la visite du port de la Lune, elle attire également les locaux, qui fréquentent le lieu et y reviennent.

Dès l’entrée, la cave propose une impressionnante sélection de quelque 800 références dont près de 500 vins du monde, issus de 70 pays. Le parcours permanent, axé sur l’audiovisuel et le multimédia, sans objets ni collection, invite à un voyage immersif au fil de l’histoire – l’Égypte, la Grèce antique, Pasteur, la crise du Phylloxéra… Témoignages de professionnels, paysages viticoles dans leur diversité, animations et ateliers interactifs enrichissent l’expérience. Pédagogique, ludique, humaniste, le propos est accessible aux néophytes sans négliger les amateurs de beaux flacons. L’espace de dégustation situé dans le belvédère propose d’apprécier une sélection de vins avec vue panoramique sur la ville et la Garonne. Une programmation de conférences et spectacles dans l’auditorium Thomas-Jefferson complète l’offre.

Un budget de fonctionnement de 10 M€
Si la Ville de Bordeaux, maître d’ouvrage, est propriétaire du bâtiment, la Cité du vin a bénéficié pour sa construction de 19 % de financement privé grâce à la contribution de 83 entreprises mécènes. Le reste a été apporté par des collectivités publiques et institutionnelles. Son coût global est de 81 millions d’euros hors taxes, dont 55 millions consacrés à la construction et l’aménagement scénographique. Exploité par la Fondation pour la culture et les civilisations du vin, laquelle est présidée par Sylvie Cazes et reconnue d’utilité publique, l’équipement fonctionne depuis son ouverture sur ses recettes propres. Doté d’un budget annuel de plus de 10 millions d’euros, la Fondation emploie 110 personnes à temps-plein. Composant avec l’obligation d’autosuffisance économique, elle a fait de nécessité vertu. Au cœur de la politique de développement, le mécénat joue un rôle crucial. Cette année, quelque 330 convives ont répondu à l’invitation au dîner de gala des mécènes, à raison de 400 euros le couvert – vins compris. Le monde du vin représente toujours 60 % des dons, mais le spectre s’élargit, en France comme à l’étranger.


Sans mécénat, les expositions ne pourraient voir le jour, comme la programmation culturelle, à laquelle il contribue à hauteur de 80 %. Le coût d’une exposition temporaire avec des prêts d’œuvres d’art de grands musées internationaux s’élève à environ 600 000 euros, hors communication, catalogue et exploitation. Après « Bistrot ! De Baudelaire à Picasso », la salle des colonnes accueillera « Le vin et la musique, accords et désaccords (XVIe-XIXe siècle) » à partir du 23 mars, accompagnée de la publication d’un catalogue aux éditions Gallimard.

L’autre exposition annuelle est co-organisée avec un territoire viticole qui finance sa production. À « Géorgie, berceau de la viticulture » succédera Porto. « Pour soutenir nos saisons culturelles, chaque année est une nouvelle page blanche qui s’écrit, explique Géraldine Clerc, directrice du mécénat. Notre fonctionnement autonome est assuré par la billetterie, qui apporte près de 70 % des recettes. Le mécénat compte pour 10 %. » Le reste provient de la boutique, des privatisations d’espaces et des loyers d’exploitants indépendants, incluant la cave, les restaurants au rez-de-jardin et au 7e étage. « Contribuer à la valorisation et à la transmission de ce patrimoine universel est inscrit dans les missions de la Fondation. Outre l’exploitation de ce lieu, nous réfléchissons à des développements à l’international. À travers, par exemple, des expositions itinérantes sous l’égide de la Fondation. » À commencer par celle sur la Géorgie, qui voyagera prochainement au Japon puis aux États-Unis.

La Cité du vin, à Bordeaux
La Cité du vin, à Bordeaux
Photo Photo Anaka
©La Cité du Vin / XTU architects
La Cité du Vin
134, quai de Bacalan, 33300 Bordeaux.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°495 du 16 février 2018, avec le titre suivant : L’ONU du vin

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