Samedi 26 septembre 2020

Musée

L’œno-tourisme ou l’architecture du vain

Par Christian Simenc · L'ŒIL

Le 23 juin 2016 - 525 mots

BORDEAUX

Bordeaux - Impossible de ne pas la voir ! Avec sa forme bizarroïde et ses reflets dorés, la nouvelle Cité du vin, à Bordeaux, s’élève sur une parcelle spectaculaire du bord de la Garonne, dans une boucle menant aux bassins à flot.

Un lieu stratégique à l’extrémité nord de la ville, le quartier Bacalan, pôle urbain actuellement en pleine mutation. Cette situation exceptionnelle, le cabinet parisien X-TU – Anouk Legendre et Nicolas Desmazières – l’a évidemment perçue : « L’édifice se devait d’être un phare, un pivot entre la ville ancienne au sud et la ville nouvelle au nord, un bâtiment en rupture, à l’échelle du paysage, raconte Anouk Legendre. Ce qui nous a séduits, lors de notre première visite, c’était cette ambiance des bords de l’eau. Nous voulions évoquer l’élément liquide et la dynamique des fluides en hommage à ces deux héros que sont le vin et la Garonne. D’où ce concept d’un bâtiment qui se soulève et flotte un peu, qui part du sol et se balance jusqu’en haut en un seul geste, comme une grande robe souple. »

D’un côté donc, une tour, d’une hauteur de 55 m, soit 10 niveaux ; de l’autre un tore, un brin aplati. Total : 13 350 m2. La couleur originelle du projet, le rouge, ayant été recalée par l’architecte des bâtiments de France, qui exigeait une nuance davantage en rapport avec l’ocre de la ville de pierre, X-TU a opté pour l’or. L’ensemble est donc habillé de panneaux d’aluminium ou de verre, perforés, sérigraphiés ou dorés, c’est selon, générant, au final, un fâcheux effet bling-bling. « Ce projet est un travail sur l’incertain, précise Anouk Legendre. Nous n’avons pas voulu faire une forme, plutôt évoquer un mouvement, comme celui du vin que l’on fait tourner dans un verre pour l’aérer. » Sauf que ce fameux geste œnologique, une fois passé au tamis des entreprises du bâtiment, autrement dit devenu réalité, en a perdu toute la fluidité. Une impression de pesanteur qui se confirme à l’intérieur de l’édifice. Le visiteur y découvre d’ailleurs, en partie, la structure dont ce dernier est fait : une charpente en bois lamellé collé constituée de 574 arcs. Celle-ci est néanmoins « court-circuitée » par une multitude de volumes intérieurs hétéroclites, sinon littéralement avalée,
au deuxième étage, dans le parcours permanent de 3 000 m2,
par la scénographie « immersive » et imposante signée
par l’agence britannique Casson Mann.

On l’aura compris : avec, à l’extérieur, un ponton d’accostage de 90 m de long pour les plaisanciers et, à l’intérieur, quatre espaces de dégustation de vins, dont l’un juché à 35 m de haut, doté d’un belvédère panoramique, trois espaces de restauration et une boutique contenant pas moins de… 14 000 bouteilles, la Cité du vin est surtout appelée à devenir un nouveau « pivot » du tourisme bordelais.

À savoir

La Ville de Bordeaux est propriétaire de la Cité du vin. Elle en a confié l’exploitation et le développement à la Fondation pour la culture et les civilisations du vin, jusqu’en 2028. Le coût global est de 81 millions d’euros, dont 55 consacrés à la construction et à la scénographie.

À voir

La Cité du vin, 134-150, quai de Bacalan, Bordeaux (33), www.laciteduvin.com

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Cet article a été publié dans L'ŒIL n°692 du 1 juillet 2016, avec le titre suivant : L’œno-tourisme ou l’architecture du vain

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