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La Cité du vin, un projet hybride

Ouverte au public depuis le 1er juin, la Cité du vin doit affirmer Bordeaux en tant que capitale culturelle du vin. Elle mise sur l’alliance du numérique et de la dégustation, entre site de loisirs et équipement culturel

Par Francine Guillou · Le Journal des Arts

Le 7 juin 2016 - 992 mots

BORDEAUX

La Cité du vin, qui vient d’ouvrir à Bordeaux, ne ressemble à aucun autre équipement. À mi-chemin entre centre d’interprétation et site de loisirs, ce parcours permanent sur le vin fait un usage massif de dispositifs numériques, que complètent boutiques, cave et espaces de dégustation. Des expositions temporaires doivent lui apporter une dimension plus culturelle. Quelque 450 000 visiteurs sont attendus chaque année.

BORDEAUX - La Cité du vin sera mon Guggenheim ! » : le maire de Bordeaux, Alain Juppé, a longtemps œuvré à la réussite du projet architectural bordelais pour assurer le développement économique de la région, à l’image de Bilbao avec son musée d’art contemporain souvent citée en exemple. Avec 81 millions d’euros investis dans la construction, dont 39 venant de la municipalité girondine, la Cité du vin est un vrai pari, inédit dans son fonctionnement et son offre culturelle.
La Cité appartient à la Ville de Bordeaux, mais un contrat délègue pour douze ans sa gestion à la Fondation pour la culture et les civilisations du vin, créée pour l’occasion. Ne percevant aucune subvention publique, elle est censée s’autofinancer, grâce à sa billetterie, ses activités culturelles et sa recherche de mécénat. Pour ce dernier aspect, qui représente déjà 19 % du financement de la construction, la présidente, Sylvie Cazes, pourra s’appuyer sur son réseau (lire l’encadré).
La direction est assurée par Philippe Massol, venu du Futuroscope de Poitiers. Son profil n’est pas anodin : la Cité du vin se situe à cheval entre centre d’interprétation et site de loisirs. Pour attirer les quelque 450 000 visiteurs attendus chaque année (le nombre de touristes visitant le Bordelais oscille entre 4 et 6 millions), il s’agit de jongler entre spectaculaire et pédagogie. Avec en ligne de mire une clientèle d’œnotouristes internationaux et une clientèle d’affaires, l’offre est nécessairement grand public et la politique tarifaire, à la carte.

Au rez-de-chaussée, la Cité dispose d’une boutique-librairie, d’un espace d’information géré par l’office du tourisme, d’une cave à vin contenant plus de 800 références provenant de 80 pays, assortie d’un bar à vin avec droit de bouchon ainsi que d’un espace « snacking ». Des prestations complétées par un restaurant semi-gastronomique au 7e et dernier étage. Au premier, trois ateliers proposeront des dégustations, grâce à une vingtaine de médiateurs. À ces espaces s’ajoute un auditorium de 250 places, baptisé « Thomas-Jefferson » en remerciement du mécénat apporté par les American Friends de la Cité du vin ; il vient renforcer la programmation culturelle mais est aussi destiné à la privatisation.
Au deuxième étage, le parcours permanent se déploie sur plus de 3 000 m2. Entièrement tourné vers le numérique et le multimédia, il a été conçu par les scénographes de l’agence londonienne Casson Mann, qui collabore aussi au projet de « Lascaux IV ». Le parcours modulaire, composé de 19 espaces thématiques, est accessible via un « compagnon de voyage », audioguide interactif traduit en 8 langues. Les productions audiovisuelles et multimédias ont coûté pas moins de 4,8 millions d’euros, auxquels s’ajoutent une partie des 6,5 millions consacrés à la scénographie de la Cité. Pour ce montant, le résultat final en met littéralement plein la vue, à la limite de l’excès, entre dispositifs immersifs, tables numériques, installations sensorielles…

Les scénographes ont conçu une visite d’en moyenne 2 heures 30 minutes, sans sens de visite imposé. Cela donne un parcours parfois en dents de scie, mais si copieux qu’on en oublierait presque que la Cité ne dispose pas de collections. La partie « centre d’interprétation » constitue à ce titre une belle réussite, à ceci près que le tout-numérique et l’obligation de passer par un appareil électronique risque de bousculer les moins initiés aux nouvelles technologies.

Expositions temporaires
La Cité du vin dispose également d’un large espace d’expositions temporaires, d’une surface de 700 m2. Laurence Chesneau-Dupin, conservatrice du patrimoine et directrice de la culture à la Fondation, a souhaité un espace autonome respectueux des normes internationales de conservation préventive. Il s’agit de garantir aux futures institutions prêteuses la bonne préservation de leurs œuvres lors d’expositions que la directrice veut internationales et de qualité muséale et patrimoniale. Pour l’inauguration, une exposition photographique revient sur l’histoire du chantier. Dès 2017, deux expositions annuelles sont prévues : la première sur l’histoire du café, lieu de convivialité et d’échange ; la seconde sur les liens entre musique et vin. Des catalogues seront édités pour chaque exposition, dont l’accès a été fixé à 8 euros. Le billet d’entrée global s’élevera alors à 28 euros. Un tarif plus proche de celui des petits sites de loisirs que des établissements culturels français. Un positionnement inédit.

Le gotha des vins de Bordeaux est à la Cité

La présidente de la Fondation pour la culture et les civilisations du vin, Sylvie Cazes, est une figure du secteur viticole bordelais. Celle qui fut l’adjointe d’Alain Juppé à la Mairie de Bordeaux, chargée de la valorisation de la filière viticole et de l’œnotourisme, est issue d’une grande famille de viticulteurs. Elle est elle-même propriétaire d’un vignoble sur les coteaux de Saint-Émilion. Sa fine connaissance des deux rives de la Garonne et des grands crus classés explique en partie la forte présence de personnalités du vignoble bordelais au conseil d’administration de la Fondation et au comité scientifique et culturel, et la profession s’est fédérée pour la construction du bâtiment. Parmi les mécènes, les Châteaux se bousculent, de Petrus à Yquem, en passant par Vinexpo, grande foire du vin. Mais avec 15 % de la construction financée par le fonds européen Feder, la Cité se veut internationale et ouverte sur le monde. la Cité se veut internationale et ouverte sur le monde. Seuls 2 des 19 espaces du parcours permanent sont ainsi tournés vers Bordeaux. Francine Guillou

La Cité du vin

1, esplanade de Pontac, 33300 Bordeaux, tél. 05 56 16 20 20

Jusqu’au 30 septembre, tlj 9h30-19h ; du 1er au 31 octobre, lundi au vendredi 10h-18h30, samedi et dimanche, 9h30-19h

entrée : 20 €

www.laciteduvin.com

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°459 du 10 juin 2016, avec le titre suivant : La Cité du vin, un projet hybride

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