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Le patrimoine britannique souffre déjà du changement climatique

Un rapport du National Trust révèle les effets déjà visibles de l’anthropocène sur les bâtiments historiques.

Le château de Chirk au Pays de Galles doit fermer lors des épisodes venteux à cause de la menace représentée par les chutes d'arbres. © Llywelyn2000, 2023, CC BY-SA 4.0
Le château de Chirk au Pays de Galles doit fermer lors des épisodes venteux à cause de la menace représentée par les chutes d'arbres.
© Llywelyn2000, 2023

Royaume-Uni. Les sites historiques et naturels britanniques sont affectés par les conditions météorologiques extrêmes et le gouvernement doit agir. Tel est le cri d’alarme lancé par le National Trust, l’organisme de conservation du patrimoine outre-Manche. Alors que des élections générales ont lieu l’année prochaine, l’organisme exige que le prochain gouvernement agisse dès la première session parlementaire. « Nous demandons la rédaction d’une loi sur la résilience climatique avec des obligations juridiques claires et des objectifs d’adaptation, comme ce qui existe déjà pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 », indique Keith Jones, consultant national principal sur le sujet.

Car si le gouvernement a financé des programmes de recherches pour comprendre les risques, il ne propose aucune solution. « Il ne s’agit pas forcément d’obtenir plus d’argent, mais d’utiliser l’argent existant en intégrant les effets de l’évolution du climat dans toutes les prises de décision », précise Keith Jones. L’organisme souhaite aussi la création d’un poste consacré à ce sujet au sein du cabinet du gouvernement.

Des outils pour évaluer les risques

Pour souligner l’urgence de la demande, le National Trust vient de publier un rapport alarmant. 71 % des 28 500 bâtiments dont il a la charge pourraient être exposés à des risques climatiques moyens ou élevés d’ici 2060. Mais, selon l’expert, la menace sur le patrimoine est sûrement plus importante. « Ce résultat provient d’une étude de bureau qui se penche seulement sur les risques », indique-t-il. Elle a été réalisée par le biais de la technologie de Hazard Map, lancé en 2021 et perfectionné depuis, qui identifie le risque d’incendies de forêt, de pluies battantes, de vents violents et de la sécheresse sur les sites. « Nous venons de lancer un programme d’évaluation qui va permettre d’identifier l’impact du changement climatique sur le terrain en croisant les données de Hazard Map avec les observations actuelles des communautés locales. »

Ces impacts sont en effet déjà visibles sur de nombreuses propriétés. « Le restaurant et le salon de thé de la Cliveden House au nord-ouest de Londres, par exemple, ont subi une surchauffe inhabituelle l’été dernier. Ils ont dû être fermés alors que c’est ce qui génère un revenu au site », illustre Keith Jones. Autre exemple : le château de Chirk [voir ill.], au Pays de Galles, doit fermer lors d’épisodes très venteux à cause du danger présenté par les chênes centenaires qui bordent la route d’accès. « En ce moment, cela se produit plus en hiver, mais nous nous attendons désormais à des épisodes venteux même au printemps. C’est très mauvais pour le tourisme, alors que Pâques est un moment important pour les propriétés du National Trust. »

La nécessité d’une loi

Conscient de cette situation, l’organisme a développé son propre système de solutions et de directives. Appelé « Voie d’adaptation », il a été construit sur la base d’un processus de contrôle détaillé, salle par salle, des différentes propriétés de l’organisation. « Nous comprenons la menace, nous comprenons l’impact, notre système d’adaptation permet de comprendre les options disponibles pour y faire face », détaille Keith Jones. Il peut s’agir d’actions très simples, telles que le fait d’ajuster les gouttières des bâtiments conçus à l’origine en fonction d’un schéma météorologique qui ne correspond plus à la réalité.

Mais le National Trust estime ne pas pouvoir agir seul. « La loi proposée consisterait à se donner les moyens, au niveau collectif, de prendre des décisions toujours en lien avec les évolutions des conditions climatiques et de leur impact », explique Keith Jones.

Cette prise en compte permettrait aussi d’optimiser la gestion du patrimoine et des visites, alors que les sites du National Trust reçoivent plus de 20 millions de visiteurs par an. « Nous avons fait des recherches sur ce que les gens font en fonction de la météo, indique le consultant. En été, sur certains sites, nous savons que nous aurons moins de visiteurs à cause de la chaleur. En revanche, le printemps et l’automne sont des saisons qui vont se développer, mais le Royaume-Uni ne reconnaît pas cette opportunité. »

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°622 du 1 décembre 2023, avec le titre suivant : Le patrimoine britannique souffre déjà du changement climatique

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