2019

Le chantier du château de Berlin à mi-parcours

Tandis que la reconstruction du château de Berlin avance à bon train, la destination des lieux pour laquelle Neil MacGregor a été sollicité n’est pas encore arrêtée.

BERLIN - 12 juin 2015 : sous un soleil de plomb, vêtu d’un costume traditionnel, le contremaître du chantier du château de Berlin avale son verre de « champagne allemand », puis le lance sur le bâtiment, à la manière dont on baptise les navires qui s’apprêtent à voguer. La Richtfest, cérémonie traditionnelle allemande, célèbre l’achèvement du gros œuvre du bâtiment. Devant un parterre de mécènes et d’officiels, la ministre fédérale de la Construction, Barbara Hendricks, se félicite : le chantier respecte les délais et le budget. Fait qui mérite d’être souligné étant donné les difficultés rencontrées par les autres grands chantiers berlinois et allemands : rénovation de l’opéra Staatsoper, aéroport de Berlin, Philharmonie de l’Elbe… Tous ces chantiers font face à une explosion des coûts et un retard de plusieurs années.

La reconstruction du château de Berlin a débuté en 2012 et s’achèvera en 2018, avec une inauguration prévue en 2019. Le projet est doté d’un budget de 590 millions d’euros, financé par l’État fédéral à hauteur de 478 millions. Le Land de Berlin contribue à hauteur de  32 millions. Ces contributions étatiques serviront à construire le bâtiment même. Le reste du budget – 80 millions – sera financé par des dons et utilisé pour la reconstruction historique des éléments baroques du château, parmi lesquels trois des quatre façades. L’Association du château de Berlin, chargée de lever les fonds, souhaite obtenir 25 millions supplémentaires afin de reconstruire la coupole historique, ainsi que trois portails intérieurs, soit lever un total de 105 millions. À la mi-août 2015, l’association annonce une récolte de 50 millions d’euros. Loin du compte donc, mais elle précise que l’afflux de dons a pratiquement triplé entre 2012 et 2014.

Le Forum Humboldt prend ses quartiers
Alors que le chantier physique est à mi-parcours, il est désormais temps de s’attaquer à la destination de ce château sans roi. De vifs débats avaient initialement porté sur l’opportunité de reconstruire l’édifice, conçu comme une forteresse en 1443, puis transformé en château baroque par le roi Frédéric Ier de Prusse au XVIIIe siècle, brûlé pendant la Seconde Guerre mondiale avant d’être détruit en 1950 au temps de la RDA, puis remplacé par un Palais de la République. Une fois le projet de reconstruction adopté, il a fallu décider de l’aspect du futur château, qui sera une construction hybride : moderne, mais avec trois façades reconstruites selon les modèles historiques. La quatrième façade – la moins documentée – sera contemporaine, sur la proposition de l’architecte Franco Stella. Ces débats houleux avaient occulté ceux sur l’utilisation du château. Celui-ci hébergera un centre culturel, le Humboldt Forum, dédié aux rencontres et dialogues entre les cultures du monde. Le Humboldt Forum hébergera les collections extra-européennes des musées étatiques de Berlin, qui se taillent la part du lion en termes d’espace d’exposition, puisqu’elles occuperont 23 000 m2 des 41 000 m2 disponibles. Les autres occupants seront l’université Humboldt et le Land de Berlin. Ce dernier devait initialement présenter une exposition consacrée aux langues du monde. Le Land avait exprimé à la fin de l’année dernière son souhait de se désengager du projet du château. Mais le nouveau maire de Berlin Michael Müller a finalement réaffirmé l’engagement du Land, tout en modifiant radicalement le projet ; donnant ainsi un petit coup de canif au concept d’ensemble dédié aux cultures du monde, avec un projet d’exposition consacrée à l’histoire des idées de Berlin intitulé : « Welt.Stadt.Berlin » (en français « Monde.Ville.Berlin »)

Réécrire l’histoire de l’humanité
Afin de préciser les contours du  projet du Humboldt Forum, la ministre de la Culture Monika Grütters salue l’arrivée d’une « star mondiale de la scène des musées », Neil MacGregor, actuel directeur du British Museum jusqu’à la fin 2015. Il prendra en octobre la tête d’un groupe d’experts aux côtés d’Hermann Parzinger, président de la Fondation du patrimoine culturel de Prusse et Horst Bredekamp, historien de l’art en charge de projet de l’Université Humboldt. Leur mission consistera à préciser le concept d’ensemble du Humboldt Forum, les relations entre les différents acteurs, ainsi qu’à élaborer le programme et le fonctionnement des espaces d’expositions temporaires. « Il n’y a peut-être au monde que cinq collections où l’on peut explorer et raconter toute l’histoire de l’humanité : Saint-Pétersbourg, New York, Paris, Londres et Berlin », déclare Neil MacGregor dans un allemand parfait. Mais il n’y a qu’à Berlin où il est possible actuellement de réécrire cette histoire. Avant de conclure : « Le chantier intellectuel ne sera jamais achevé ».

Légende photo

Le projet de reconstruction du château de Berlin. © Stiftung Berliner Schloss/Humboldtforum/Franco Stella.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°440 du 4 septembre 2015, avec le titre suivant : Le chantier du château de Berlin à mi-parcours

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