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Gratuité dans les musées nationaux italiens, un succès difficile à analyser

Par Anne-Sophie Gracieux · lejournaldesarts.fr

Le 26 janvier 2016 - 725 mots

ITALIE

ROME (ITALIE) [26.01.16] - Un an après l’entrée en vigueur de la mesure, 3,5 millions de personnes ont pu visiter gratuitement les musées et monuments nationaux italiens le 1er dimanche de chaque mois. Un succès apparent, dont les effets réels sont difficiles à mesurer.

190 000 visiteurs ont profité en juillet 2014 de la nouvelle gratuité d’accès dans les 420 monuments, musées, galeries, aires archéologiques, parcs et jardins nationaux, mise en place par Dario Franceschini, le ministre des Biens et Activités culturels et du Tourisme, chaque premier dimanche du mois. Un an après, ils sont 250 000 à 300 000 personnes à en bénéficier. En commentant ces résultats, le ministre s’est empressé d’ajouter que Domenica al museo a permis aux italiens « de se réapproprier leur patrimoine culturel ».

Sans surprise, les grands lieux patrimoniaux font le plein : le Colisée, qui a accueilli 6,5 millions de visiteurs en 2015 (même ordre de grandeur qu’au Château de Versailles, le Grand Trianon et le Domaine Marie-Antoinette), en a enregistré, ces jours-là, jusqu’à près de 30 000, contre une moyenne de 22 000 visiteurs par jour pendant l’année. Et parmi ces derniers, ce sont les aires archéologiques à ciel ouvert comme Pompéi ou le Colisée (couplé avec le forum et le Palatin) et des lieux où l’on peut se promener (Caserte, Jardins de Boboli) qui ont le plus séduit le public.

Concernant à peine 10 % du patrimoine culturel italien riche de plus de 4 000 lieux, l’opération Domenica al museo a aussi, par ricochet, incité certains musées municipaux à revoir leur politique tarifaire. Ainsi le Musée de Rome est gratuit le 1er dimanche du mois, pour les Romains uniquement : un succès, souligne-t-on à la direction du musée, en termes d’augmentation de la fréquentation, mais sans donner de chiffres. Et 8 musées à Rome sont à présent gratuits tous les jours.

Giovanna Melandri, ministre des Biens et Activités culturels de 1998 à 2001, aujourd’hui présidente de la Fondation MAXXI (Musée national des arts du XXIème siècle à Rome) approuve « cette ligne du ministère pour les dimanches gratuits ». Elle affirme que « la gratuité est un levier très important de politique culturelle. » Selon elle, si la gratuité est « compatible avec l’exigence d’institutions saines sur le plan économique, il est juste de la mettre en œuvre ». Y compris dans son musée, pourtant « cas un peu à part, puisque fondation de droit privé ». Le MAXXI a même choisi de « faire plus ou différent », car depuis le 10 octobre 2015, grâce au soutien de l’entreprise ENEL, l’accès à la collection permanente, n’est plus payant, du mardi au vendredi.

Révolution en Italie, l’offre Domenica al museo n’a pourtant rien de neuf en Europe. Testée en France dès 1996, elle existe aussi depuis plus de 10 ans, le dernier dimanche du mois, dans les musées les plus visités d’Italie (même s’ils ne figurent pas dans les chiffres italiens, puisque faisant partie d’un autre Etat) : les musées du Vatican.

Quel impact réel ?
Cependant, si le nombre de visiteurs paraît élevé, le ministère n’a pas indiqué le pourcentage d’augmentation d’entrées par rapport à la fréquentation habituelle le dimanche. Comme souvent en Italie, où les directions des publics n’existent quasiment pas au sein des musées, aucun chiffre précisant la typologie des visiteurs n’a été publié : difficile de savoir si cette mesure favorise l’accès à de nouveaux publics ou si c’est un effet d’aubaine pour le public habituel, et notamment les touristes.

A cette absence d’instruments pour mesurer la réelle efficacité de l’initiative, il faut également ajouter que la hausse de fréquentation soulève aussi de grandes interrogations quant à la conservation des œuvres : lors de l’édition de mai 2015, on a dénombré, en une journée, 35 000 personnes à Pompéi, soit 10 % de la fréquentation mensuelle en pleine saison touristique. Un numerus clausus d’accès au site, limitant l’accès à 15 000 le 1er dimanche du mois, a ainsi dû être mis en place rapidement.

Par ailleurs, cette politique de gratuité, très médiatisée, s’accompagne, dans le même temps, de certaines révisions tarifaires : le ministre vient ainsi d’annoncer son souhait de rendre payant le Panthéon, monument gratuit aussi visité que le Colisée. Probablement pour profiter de la manne touristique : comme au Louvre, qui a abandonné la gratuité des dimanches en haute saison.

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Vue du Palais de Caserte depuis le parc, région de Campanie, Italie © Photo Stanley-goodspeed - 2005 - Licence CC BY-SA 3.0

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