Archéologie

En Espagne, le public pourra bientôt découvrir la plus grande mosaïque romaine connue

Par Sindbad Hammache · lejournaldesarts.fr

Le 17 juin 2019 - 607 mots

NOHEDA / ESPAGNE

Découverte dans les années 1980, elle fait partie des vestiges d’une immense villa dont seul 5 % ont été fouillés à ce jour.

Le triclinium de la Villa del Casale en Sicile contenait jusqu’à présent la plus grande mosaïque romaine connue. © Photo José Luiz Bernardes Ribeiro
Le triclinium de la Villa del Casale en Sicile contenait jusqu’à présent la plus grande mosaïque romaine connue.

Dans la campagne castillane, près de Cuenca, les vestiges romains de la Villa de Noheda ont des proportions dignes d’un palais : un bâtiment s’étendant sur 10 hectares, au cœur d’un domaine de 80 km², dans lequel se trouve, entre autres découvertes, une mosaïque unique par son état de conservation comme par sa taille. Ce site exceptionnel est resté enfoui durant plus de 20 ans après sa découverte, près du village de Villar de Domingo, dans les années 1980. 

Datés du IVe siècle, ces vestiges laissent deviner un richissime propriétaire, dont on ne sait pour l’instant rien : « Cet homme a vraiment existé. On ne connaît pas son nom pour l’instant, mais tôt ou tard, nous le trouverons », affirme Miguel Angel Valero, qui fouille ce site depuis dix ans. Les découvertes des archéologues témoignent de l’opulence des lieux. On y trouve un triclinium – salle de réception de la domus romaine – de 300 m². Des débris de marbres, venus d’Orient ou de Carrare, dessinent les contours de la plus large collection de statues romaine retrouvée sur la péninsule ibérique.

Mais c’est surtout la mosaïque du triclinium qui attire l’attention des chercheurs. Dépassant de quelques mètres carrés celle retrouvée à la Villa del Casale, en Sicile, elle est la plus grande mosaïque historiée connue à ce jour. Outre ses dimensions hors normes, elle se révèle être d’une finesse remarquable : sur un échantillon de 25 cm², les chercheurs ont dénombré plus de 1 200 tesselles, certaines grandes de seulement quelques millimètres. Des fresques murales, représentant un cortège nuptial et des scènes bacchiques, complètent ce programme décoratif fastueux.

Pour l’instant, les chercheurs n’ont excavé que 5 % du site, s’attendant encore à d’autres découvertes exceptionnelles. « Quand je montre des photos dans des congrès internationaux, les spécialistes des autres pays sont époustouflés. Et le meilleur reste à venir ! » se réjouit Miguel Angel Valero. Enthousiaste également, le maire de Villar de Domingo souhaite ouvrir ce site au public le plus rapidement possible : « Tout est prêt, ou presque, pour une ouverture du site et d’un centre d’information dans le village. L’idée est que les visiteurs profitent des lieux, tout en regardant les archéologues au travail ». Les touristes pourront contempler la mosaïque, dans quelques semaines.

Mais pourquoi 35 ans après sa découverte ?
Au milieu des années 1980, le propriétaire du terrain, un agriculteur nommé José Luis Lledo, découvre des tesselles de mosaïques en essayant de percer une rigole. Prenant la mesure de sa découverte, il recouvre la mosaïque, et veut avertir les autorités compétentes. Mais n’arrivant pas à identifier un interlocuteur à qui en faire part, il dissimule le vestige pendant près de 20 ans. Les fouilles archéologiques ne commenceront qu’en 2005, à l’initiative de l’agriculteur. Une histoire qui ne tient pas trop debout.

Cet attentisme pourrait coûter cher à José Luis Lledo, qui réclame aujourd’hui 49 millions d’euros pour la découverte de la mosaïque sur son terrain. Pour l’instant, il n’a touché que 7 500 €, en dédommagement de son expropriation du site archéologique par la municipalité, en 2013. Bien qu’une commission ait évalué la valeur du site à six millions d’euros, il ne touchera probablement rien de tout cela : la loi espagnole établit clairement que « l’inventeur doit communiquer sa découverte à l’administration compétente, dans un délai maximum de 30 jours, et immédiatement lorsqu’il s’agit d’une découverte fortuite ». A Villar de Domingo, le seul millionnaire reste, pour l’instant, un illustre inconnu du IVe siècle avant notre ère.

 

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