Dimanche 20 septembre 2020

Société

Éditorial - 50 ans pour rien ?

Un rapport accablant sur la démocratisation culturelle dans les musées 

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 18 septembre 2020 - 424 mots

FRANCE

Un rapport officiel sorti en catimini cet été montre que le taux de Français allant dans les musées est le même qu’en 1973. 

Grande galerie du musée du Louvre. © Photo neocorreia / Pixabay License, 2015
Grande galerie du musée du Louvre.
© Grande galerie du musée du Louvre. © Photo neocorreia / Pixabay License, 2015

Pratiques culturelles. On attendait ce nouveau rapport depuis 2015, et on comprend pourquoi il n’a été produit que récemment et rendu public dans la torpeur de l’été, qui plus est en pleine crise du Covid-19. Le rapport, en théorie « septennal », sur les pratiques culturelles des Français révèle en effet des chiffres inquiétants sur la démocratisation culturelle dans les musées.

Le pourcentage de Français qui se sont rendus au moins une fois dans l’année dans un musée ou dans une exposition en 2018 est revenu presque à son niveau de 1973, soit 29 % (28 % en 1973). Autrement dit, cinquante ans de modernisation des musées, de construction de nouveaux équipements dans tous les territoires, de profusion d’expositions n’ont rien changé au fait que plus de deux Français sur trois ne vont pas au musée depuis la présidence de Georges Pompidou. La dynamique est même inquiétante, puisque, après une légère remontée en 1997 à 33 %, le taux a baissé au fil des enquêtes.

Un autre indicateur est encore plus cruel. Les écarts sociaux ne cessent de s’accroître. Alors qu’en 1973 les cadres étaient 1,6 fois plus nombreux que les employés et ouvriers à être allés au moins une fois dans un musée, une exposition ou dans un monument, ce rapport passe à 2,5 en 2018. Quel échec pour les politiques publiques (l’alibi de la gratuité), l’école, les médias, mais aussi les institutions patrimoniales qui n’ont pas su trouver les moyens d’attirer en masse les publics réfractaires ou intimidés… Cela ne remet pas en cause le travail des « directions des publics » qui multiplient les initiatives à l’égard des publics éloignés, mais il faut peut-être réinterroger le format des expositions, les synergies possibles avec les associations d’éducation populaire, le ciblage des visiteurs…

Certes, les théâtres, opéras, salles de concert de musique classique aimeraient recevoir autant de monde que les musées. Certes, on peut être cultivé sans aller au musée. Mais il y a un décalage entre l’augmentation des moyens alloués aux lieux d’art depuis cinquante ans, leur médiatisation, et leur impact sur la fréquentation. D’autant plus avec la montée en puissance des « membres de l’univers du tout-numérique », qui, accaparés (à 84 %) par les réseaux sociaux, ne sont que 10 % à être allés au musée.

Voilà en tout cas du grain à moudre pour Noël Corbin, le préfigurateur de la nouvelle direction du ministère de la Culture qui va précisément porter la politique nationale de démocratisation culturelle.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°551 du 18 septembre 2020, avec le titre suivant : 50 ans pour rien ?

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