Mercredi 15 juillet 2020

Politique

ENTRETIEN

Aurore Bergé : « Saisissons ces mois d’été pour expérimenter ! »

Députée des Yvelines, porte-parole de La République en Marche

Par Jean-Christophe Castelain · Le Journal des Arts

Le 5 juin 2020 - 1008 mots

PARIS

La députée pilote un groupe de travail sur la culture au sein du mouvement LRM. L’Éducation artistique et culturelle figure en bonne place dans le dispositif « Reconstruire ensemble ».

Aurore Bergé. © Photo Jean-Luc Hauser, 2017
Aurore Bergé.

Membre de la commission des Affaires culturelles et de l’éducation à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé a remis au Premier ministre le 17 février son rapport compilant « 60 propositions pour l’émancipation par la culture ». Elle anime le groupe de travail sur la culture dans le cadre du dispositif « Reconstruire ensemble » mis en place par La République en marche.

Quel premier enseignement tirez-vous de la gestion de la situation d’urgence concernant les artistes-auteurs ?

La crise a mis en lumière des difficultés qui préexistaient. Du fait de l’absence d’unicité d’un statut de l’artiste-auteur, des dispositifs de soutien sectoriels ont été déployés au détriment parfois de l’efficacité. Les artistes-auteurs doivent commencer par repérer quel est le dispositif le plus avantageux pour eux alors même qu’ils peuvent exercer dans plusieurs champs de disciplines artistiques. Parfois c’est l’administration qui « bugge », comme avec l’obligation jusqu’à peu de temps d’indiquer un numéro Siret pour faire une demande d’aide au fonds de solidarité. Cela a été modifié et j’en profite pour dire aux artistes-auteurs qu’ils peuvent demander à en bénéficier de manière rétroactive pour les mois de mars et avril. Au-delà du champ des artistes-auteurs, il faut aussi se mettre d’accord sur les mots. Le chômage partiel n’est pas admis pour les reports de manifestations, mais une manifestation annuelle qui est reportée à l’année suivante, c’est une annulation, pas un report. Les artistes et techniciens du spectacle ne pourront pas se produire deux fois plus, c’est donc bien une perte sèche.

Les OGC [organismes de gestion collective (l’ADAGP pour les arts plastiques)] ont-ils été utiles dans cette période ?

C’est un sujet de réflexion. L’État leur demande de collecter et redistribuer les droits, mais leur confie aussi l’aide à la création, et la crise leur a permis de faire de l’action sociale avec leur budget d’action culturelle. Il faut clarifier les choses en gardant en tête l’essentiel : la mission première des OGC est de gérer les droits à moindre coût et de la manière la plus transparente possible.

Quelles sont les opportunités offertes par la crise ?

Les grands lieux patrimoniaux (château de Versailles, Musée du Louvre..) vont souffrir de l’absence de touristes internationaux comme de l’impossibilité de la privatisation d’espaces pour des événements, et vont donc perdre une grande partie de leurs visiteurs et de leurs ressources. Pourquoi ne pas en profiter pour accueillir les publics qui sont d’ordinaire les plus éloignés de ces lieux ? Les théâtres, les salles de spectacle, les cirques, les opéras vont rouvrir, mais on sait bien qu’il faut deux à trois mois pour relancer une programmation, une billetterie, organiser des répétitions, réhabituer les corps : comment valoriser ces mois de travail en permettant aux publics d’y avoir accès, notamment les plus jeunes ? C’est le sens de l’« été apprenant » que le président appelle de ses vœux.

Les annonces du président après la visioconférence avec les artistes le 6 mai n’ont pas très bien été comprises !…

Les choses sont pourtant simples : les artistes ont envie de se produire, de renouer avec le public, et en même temps de nombreux Français ont été fragilisés par la crise, je pense notamment aux enfants ; donc on devrait tous pouvoir s’entendre pour utiliser le levier de l’Éducation artistique et culturelle [EAC] pour l’épanouissement des enfants. Saisissons ces mois d’été pour expérimenter ! Ce serait une erreur de ne pas saisir cette opportunité.

Justement, l’EAC est encore peu appréhendée par les Français, et même par les villes dont bien peu ont obtenu le label « Objectif 100 % EAC ».

L’EAC ne peut pas se limiter à faire une sortie par an. L’EAC, dans ce qui avait été lancé dans le plan Lang-Tasca [2000-2003], c’est bien la rencontre avec les œuvres, la rencontre avec les artistes et la pratique artistique. Il y a une tension à résoudre entre, d’une part, la nécessité de massifier ces programmes afin de ne plus reposer sur la seule volonté individuelle, et, de l’autre, celle de favoriser le foisonnement des initiatives sans que l’institution ne les écrase.

Le président de la République veut mettre en place un grand programme de commandes, mais en le limitant aux artistes de moins de 30 ans. N’est-ce pas gênant ?

La commande publique peut être un levier fort de la relance. Nous devons adapter le critère de l’art aux spécificités de la sociologie des artistes plasticiens.

Où en est votre proposition de crédit d’impôt pour les annonceurs publicitaires ?

Il est nécessaire de trouver un mécanisme puissant de soutien aux médias dès le troisième projet de loi de finances rectificative [pour 2020], qui sera examiné par le Parlement à la mi-juin. Nous devons aider les médias qui souffrent de la chute des recettes publicitaires car il y va de la pluralité et de la diversité. Je connais les réticences à l’égard de la publicité, mais quels sont les modèles alternatifs ? Tous les Français ne pourront pas s’abonner à plusieurs titres de presse. Et c’est aussi une façon de positionner les médias comme des acteurs de la relance économique.

Le Pass culture a-t-il un avenir ?

Oui, plus que jamais. La société qui gère le Pass culture réfléchit à une généralisation du Pass afin de permettre enfin une communication massive. Et cela aiderait à la relance culturelle. Elle réfléchit aussi à un mécanisme de soutien financier aux opérateurs culturels qui mettraient en place des actions de médiation. On s’accorde tous pour dire que l’on ne change pas les pratiques culturelles sans un accompagnement, uniquement parce qu’il y a une monétisation. Des lieux ou des acteurs culturels pourraient ainsi, en plus de vendre une place, organiser des rencontres avec les artistes, accompagner les publics. [L’ex-ministre de la Culture] Françoise Nyssen parlait de « GPS culturel » ; elle avait raison : il faut que le Pass devienne un service national de géolocalisation des lieux culturels. Une application qui serait utile cet été pour connaître les lieux ouverts !

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°547 du 5 juin 2020, avec le titre suivant : Aurore Bergé, députée des Yvelines, porte-parole de La République en Marche : « Saisissons ces mois d’été pour expérimenter ! »

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