Mardi 22 septembre 2020

Vol

Vols à grande échelle : les "cols rouges" de Drouot attendent leur jugement

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 5 septembre 2016 - 487 mots

PARIS [04.09.16] - Où s'arrête la "récupération", où commence le vol ? Après trois semaines de procès au printemps, le tribunal correctionnel de Paris s'apprête à rendre mardi son jugement dans l'affaire des "cols rouges", déménageurs des objets d'arts destinés à être vendus à Drouot.

Ils sont 44 commissionnaires et cinq commissaires priseurs, quant à eux poursuivis pour recel, à attendre la décision de la justice. Le parquet a requis des peines allant jusqu'à cinq ans de prison, assorties en large partie d'un sursis et d'amendes pouvant aller jusqu'à 250.000 euros, ainsi que la dissolution de l'Union des commissionnaires de l'hôtel des ventes de Drouot (UCHV), cette institution dont les 110 commissionnaires étaient actionnaires à parts égales.

C'est lors des "enlèvements", quand les commissionnaires vidaient un appartement ou une maison lors d'une succession que les vols auraient été commis, mais aussi parfois en marge des ventes. Certains objets se sont avérés être de grande valeur. Ainsi, ces deux petits meubles, un guéridon et une coiffeuse art-déco Eileen Gray. Récupérés en juillet 2006, ils referont surface en octobre de la même année en salle des ventes. Ils seront adjugés pour un million d'euros.

Les commissionnaires en charge de cet "enlèvement" l'assurent, ils ignoraient qu'ils puissent avoir une telle valeur. Ils étaient destinés "à être récupérés par le chiffonnier", a assuré l'un d'eux.

La question de l'intention frauduleuse
Il y avait également un plateau chinois d'époque Ming adjugé 325.000 euros, des costumes de scène du mime Marceau...

Face au tribunal, les filles du mime, mort en 2007 avec une dette de plusieurs millions d'euros à l'égard du fisc, ont raconté, désabusées, la "foire d'empoigne" et les disparitions d'objets en masse.

Là où le commissaire-priseur, qui avait dit aux commissionnaires "d'y aller mollo sur la fauche", semblait satisfait du déroulement des opérations, elles ont déploré n'avoir récupéré sur les 15 à 20 caisses d'invendus qui devaient leur être restituées, que des "choses abimées" et des "cartons éventrés".

De pleines caisses seront retrouvées dans les containers des commissionnaires à Bagnolet (Seine-Saint-Denis). Des livres et des lithographies dédicacés à Marcel Marceau...

Lors des trois semaines de débats, les commissionnaires ont contesté la façon dont les enquêteurs de l'Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) ont recueilli et retranscrit leurs déclarations, écrivant à les en croire vol là où eux disaient récupération.

"Il y a eu des vols, sans aucun doute", a plaidé l'un des avocats de la défense, Me Thibaut Rouffiac, mais "ce n'est pas parce qu'il y a eu des vols, des dérives, que tous ont volé".

Pour Me Léon Lef Forster, avocat de neuf commissionnaires, se pose "la question de l'intention frauduleuse". Pour lui, on ne peut qualifier de vol la récupération de "choses abandonnées". "Tout le monde savait, mais pas nécessairement qu'il y avait des vols", a-t-il plaidé, "à force de dire que tout le monde est complice, c'est peut-être qu'il n'y a pas d'infraction".

Légende photo

Couverture du catalogue de la vente "Mime Marceau" à Douot Richelieu, les 26 et 27 mai 2009

Thématiques

Tous les articles dans Marché

Le Journal des Arts.fr

Inscription newsletter

Recevez quotidiennement l'essentiel de l'actualité de l'art et de son marché.

En kiosque