Condamnation requise contre les « cols rouges » de Drouot pour marquer la fin d'un « système » de vols

Par LeJournaldesArts.fr (avec AFP) · lejournaldesarts.fr

Le 1 avril 2016 - 617 mots

PARIS [31.03.16] - Requérant des peines de prison allant jusqu'à cinq ans, assorties en large partie d'un sursis, des amendes, des confiscations, le parquet a demandé jeudi au tribunal "d'acter" la fin du "système" des "cols rouges" de l'Hôtel des ventes de Drouot, déménageurs accusés de vols à grande échelle.

Contre la quasi-totalité des cinquante prévenus, la magistrate a requis des peines d'emprisonnement avec une partie ferme de deux ans, aménageable, qui peut être purgée sans aller en prison.

"Ça marchait comme ça". Nombreux sont les commissionnaires qui se sont justifiés ainsi devant le tribunal correctionnel de Paris, a rappelé le procureur Laura Tobelem.

Sorte d'élite des déménageurs manutentionnaires, les commissionnaires se sont targués d'appartenir à un monde particulier", mais se sont comportés comme s'ils évoluaient "dans une bulle hermétique", et ce "sans réflexion sur ces pratiques" qui ont perduré depuis si longtemps.

S'y ajoutait selon la magistrate du parquet une "omerta": "on ne dit rien des pratiques illicites, on ne dénonce pas" et en cas de problème, comme ce fut le cas pour le vol d'un baromètre de grande valeur au musée Marmottan, "on lave son linge sale en famille", reprenant les mots d'un col rouge passé gérant, en charge de la discipline interne.

Pour l'accusation, les objets étaient soustraits lors des "enlèvements" du mobilier, ou en salle des ventes.

Ils étaient ensuite stockés dans les containers dont disposaient les "cols rouges" dans l'entrepôt de l'UCHV (Union des commissionnaire de l'hôtel des ventes de Drouot) à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), avant d'être revendus aux enchères, pour le compte de l'équipe de trois qui avait procédé à l'enlèvement, sous le marteau de commissaires-priseurs. Cinq, ainsi qu'un assistant, sont poursuivis pour recel.

L'un a expliqué qu'il ne pouvait imaginer que l'origine des objets que les commissionnaires proposaient à la vente puisse être frauduleuse, un autre a défendu la rigueur de ses inventaires.

- Fonctionnement "perverti" -
La procureur a en outre requis la dissolution de l'UCHV, qui était "une belle institution", détenue à parts égales par ses 110 associés, qui "aimaient leur travail", mais dont le fonctionnement a "trop été perverti".

Parmi les objets évoqués lors des débats, deux petits meubles Eileen Grey adjugés près d'un million d'euros, un plateau chinois d'époque Ming adjugé 325.000 euros, des costumes de scène du mime Marceau.

Hormis quelques vols reconnus comme tels, les commissionnaires ont assuré qu'il s'agissait de récupération d'objets destinés au chiffonnier ou au débarras.

"Contorsions incessantes, peu crédibles", a estimé la magistrate du parquet.

Lors des trois semaines de débats, les commissionnaires ont contesté la façon dont les enquêteurs de l'Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) ont recueilli et retranscrit leurs déclarations, écrivant à les en croire vol là où eux disaient récupération.

Premier avocat de la défense à plaider, Me Thibaut Rouffiac a critiqué ces gardes à vue qui, avant la réforme, se faisaient sans l'assistance d'un avocat: "ceux-là ont vraiment été maltraités".

Dans ce dossier "fondé sur la rumeur, la notoriété publique", "il y a eu des vols, sans aucun doute", mais "ce n'est pas parce qu'il y a eu des vols, des dérives, que tous ont volé". Selon l'avocat, les peines requises l'ont été avec une lourdeur destinée à "donner un semblant de gravité à ce dossier".

Pour Me Léon Lef Forster, avocat de neuf commissionnaires, se pose "la question de l'intention frauduleuse", estimant que l'on ne peut qualifier de vol la récupération de "choses abandonnées". "Tout le monde savait, mais pas nécessairement qu'il y avait des vols", a-t-il plaidé, "à force de dire que tout le monde est complice, c'est peut-être qu'il n'y a pas d'infraction".

Le procès se poursuit jusqu'à lundi. Le tribunal devrait ensuite mettre son jugement en délibéré.

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Léon Lef Forster, avocat de neuf commissionnaires, au Palais de justice de Paris le 14 mars 2016 © THOMAS SAMSON / AFP

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