Ventes aux enchères

VENTES PUBLIQUES

Ventes aux enchères, la France bat record sur record

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 15 septembre 2022 - 900 mots

FRANCE

Les dix premiers opérateurs en France affichent une croissance de 36 % en regard du premier semestre 2021, et de 86 % par rapport à 2019, avant la pandémie.

Le commissaire-priseur Matthieu Fournier adjuge le Panier de fraises de Chardin pour la somme record de 24,4 millions d'euros, le 23 mars 2022. © Artcurial
Le commissaire-priseur Matthieu Fournier adjuge le Panier de fraises de Chardin pour la somme record de 24,4 millions d'euros, le 23 mars 2022.
© Artcurial

France. Les ventes publiques atteignent des sommets. En France, les dix premières maisons affichent presque toutes des bilans records pour les six premiers mois de l’année 2022. Avec un total cumulé de 856 millions d’euros – un chiffre jamais égalé pour un premier semestre – et une croissance de 36 % par rapport à 2021, elles dépassent largement les chiffres d’avant-pandémie. En 2019, elles avaient enregistré 461 millions d’euros au premier semestre. Le chiffre d’affaires historique de Christie’s, mais aussi l’arrivée de Bonhams Paris sur l’échiquier ont notamment stimulé ce semestre et modifié le paysage. Fait rare, ces dix premiers opérateurs (sauf un) enregistrent une croissance (entre 2 % et 47 %) ce premier semestre, voire une très forte hausse si on la compare avec le premier semestre 2019.

Avec ses 300,5 millions d’euros récoltés en vingt et une ventes, Christie’s arrive de nouveau en tête et réalise son meilleur semestre (hors 2009, année de la dispersion de la collection Pierre Bergé - Yves Saint Laurent), avec une hausse de 47 %. La maison de ventes a enchaîné les succès dans quasiment toutes les spécialités, avec pour point d’orgue, la collection Hubert de Givenchy, qui a totalisé 118 millions d’euros. Parmi les lots, Femme qui marche I, d’Alberto Giacometti, adjugée 27,2 millions d’euros – œuvre la plus chère vendue en France ce semestre.

Sotheby’s arrive en deuxième position, avec un total de 165 millions d’euros (+ 13 %) son meilleur premier semestre depuis son installation à Paris [ce chiffre a été calculé par Le Journal des Arts car l’opérateur ne communique plus de chiffres semestriels]. Elle enregistre quelques beaux succès, comme sa première vacation consacrée aux surréalistes à Paris (33 M€). Si elle a manqué de grosses collections depuis janvier, ce ne sera pas le cas au second semestre car elle a décroché la dispersion de la collection Al Thani de l’hôtel Lambert à Paris.

Artcurial conserve la troisième place et réalise également son meilleur premier semestre depuis sa création il y a vingt ans, avec 140 millions d’euros (+37 %). À son actif, Le Panier de fraises des bois, de Jean Siméon Chardin vendu 24,4 millions d’euros.

Bonhams Cornette de Saint-Cyr, depuis la fusion en juin des deux opérateurs, fait une entrée remarquée à la quatrième place avec un total cumulé de près de 60 M€. Installée, depuis 2005 en France, la maison britannique n’a commencé à orchestrer des ventes de manière régulière à Paris qu’au deuxième semestre 2021. « Grâce à notre réseau européen très fort, nous avons pu obtenir un chiffre solide en un temps record », a commenté Catherine Yaiche, directrice générale de la maison de ventes. Et d’ajouter : « Cette volonté de s’inscrire dans le paysage français démontre que la place parisienne est très dynamique. »

Le nouvel opérateur est suivi d’Aguttes avec un produit d’adjudications de 51,5 millions d’euros (+ 62 %) – son meilleur résultat semestriel depuis sa création en 1974 ; puis de Millon, qui rapporte 49,7 millions d’euros (+41 %), son plus haut total pour un premier semestre, à l’instar de ses concurrentes.

Viennent ensuite Ader à la septième place (28 M€), Piasa (24 M€), Osenat (20 M€) et Tajan (17,4 M€) qui ferme la marche. Quant au groupe Drouot, il enregistre 295 millions d’euros pour ce premier semestre (contre 275 en 2021), tandis que la plateforme Interencheres annonce un produit adjugé « live » de 266 millions d’euros en un seul semestre alors qu’elle affichait 218 millions pour l’ensemble de l’année 2019.

Comment expliquer que le marché se porte si bien alors que le contexte économique et sanitaire est morose, que le conflit en Ukraine s’enlise et que certains secteurs économiques sont à la peine ? Au début de la crise sanitaire, les vendeurs étaient un peu hésitants, inquiets de savoir si leurs œuvres allaient trouver un public. Progressivement, ils ont repris confiance quand ils ont compris que beaucoup de collectionneurs avaient gagné énormément d’argent pendant la crise. Selon Cécile Verdier, présidente de Christie’s France, « tous les feux étaient au vert pour ce premier semestre avec beaucoup de liquidités dans le monde, mais avec un risque d’inflation. Nous avons donc conseillé à nos clients vendeurs d’y aller, de vendre maintenant. Ils se sont rendu compte que les acheteurs étaient bien présents et que les ventes marchaient très très bien, alors ils nous ont fait confiance. Et ça a marché ! » Et quand les vendeurs sont rassurés, les collections sortent.

« C’est un peu comme les Années folles »

Par ailleurs, « la transformation numérique, accélérée par la crise sanitaire, a permis une globalisation du marché à laquelle nous ne nous attendions pas et a amené une clientèle qu’on ne pouvait pas imaginer en 2019 », ajoute Catherine Yaiche. La base d’acheteurs s’est donc élargie – un fait qui mérite d’être souligné dans un marché qui peine souvent à renouveler sa clientèle. « L’année dernière, nous étions encore dans l’expectative, mais cette année, c’est un peu comme les Années folles, les gens ont la sensation de sortir du tunnel », remarque Catherine Yaiche.

Pour le deuxième semestre, le marché devrait se maintenir, « à condition que les maisons de ventes continuent à mettre des estimations raisonnables », met en garde Cécile Verdier. Et que la possible récession et les pénuries d’énergie provoquées par la guerre en Ukraine ne refroidissent pas les acheteurs, a-t-on envie d’ajouter.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°594 du 9 septembre 2022, avec le titre suivant : Ventes aux enchères, la France bat record sur record

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