Mercredi 26 janvier 2022

Ventes publiques

Les ventes publiques ont terminé l’année en beauté

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 5 janvier 2022 - 908 mots

Lors des temps forts de la fin d’année 2021, en novembre et décembre, les adjudications sont restées très soutenues, la qualité et la provenance étant largement récompensées.

Monde. Crise sanitaire ou pas, les ventes aux enchères organisées à la fin de l’année 2021 ont démontré que si la qualité est là, la demande ne faiblit pas. Le marché a atteint son acmé lors des ventes de New York, mi-novembre, avec 2,6 milliards de dollars engrangés en seulement quelques jours. Point d’orgue de la session, la collection Macklowe chez Sotheby’s (676 M$), avec un Rothko vendu 82,5 millions de dollars [73 M€] et la collection Cox chez Christie’s (332 M$), dont Cabane de bois parmi les oliviers et cyprès, de Van Gogh (1889) adjugé 71,3 millions de dollars [63 M€].

À Paris, le 3 novembre, la collection de design de Daniel Lebard chez Christie’s a récolté 31,6 millions d’euros, soit plus du double de son estimation, avec en pièce phare une paire de fauteuils Boule de Royère adjugée à près d’1,3 million d’euros, plus haut prix enregistré pour ce modèle. Le lendemain, la collection Dorothée Lalanne chez Sotheby’s faisait des étincelles avec 81 millions d’euros, contre une estimation de 14,5 millions. Clou de la vente, un rare Léopard I en bronze [voir ill.], daté de 2005, par François-Xavier Lalanne s’envolait à 8,3 millions d’euros – nouveau record pour l’artiste. En décembre, la maison de ventes de Patrick Drahi a poursuivi sur sa lancée avec la première partie de la succession Karl Lagerfeld, qui, estimée de 2 à 3 millions d’euros, en a atteint 12 à Monaco (puis 6,2 à Paris).

Force est de constater que les collections, captées par les grandes maisons anglo-saxonnes, ont enchaîné les succès, avec dans tous les cas 100 % des lots vendus. « Les ventes de collections auxquelles un nom est associé marchent mieux que jamais car la demande est très forte, assez homogène géographiquement et très focalisée sur certains domaines (Lalanne, Design, XXe siècle, Art déco, arts premiers), la qualité et la rareté ne passant jamais inaperçues », a remarqué le conseiller en art Thomas Seydoux. « Ceci étant, ces collections doivent correspondre à l’un de ses domaines de prédilection, sinon le marché s’avère moins généreux. Une claire évolution du goût et un regard décidément très XXe siècle », a-t-il ajouté.

Hors collections, à travers le monde, des prix remarquables et des records ont émaillé cette saison – toutes spécialités confondues. « L’ambiance du marché, comme dopée, fait régner une odeur de soufre inflammable à chaque vente, à chaque coup de marteau », a observé le commissaire-priseur Alexandre Millon.

Einstein bat les records

Chez Christie’s, mais vendu par Aguttes, un manuscrit d’Albert Einstein posant les bases de la relativité générale [voir ill.] a atteint 11,6 millions d’euros le 23 novembre – un record mondial pour un document autographe scientifique. Toujours chez Christie’s, le même jour, un tapis Ming, XVIe siècle, qui ornait les salles du palais impérial de la Cité interdite, a été adjugé en ligne 6,8 millions d’euros – lot le plus cher acheté via les enchères en ligne pour l’antenne française.

La peinture ancienne s’est également distinguée : il y a eu une Vue du Megamendung, du peintre javanais Raden Saleh (1861) chez Daguerre, le 2 décembre (2,2 M€) ; Femme à la fontaine, de Jean Siméon Chardin, issu de la collection Marcille, vendu chez Christie’s, en collaboration avec Tajan, et qui a enregistré un record du monde pour l’artiste (7,1 M€) ainsi qu’un Saint Pierre repentant, de Jusepe de Ribera, le 13 décembre chez Gros & Delettrez (1,4 M€).

À Londres, lors des traditionnelles ventes de maîtres anciens, Sotheby’s a récolté 26,6 millions de dollars, portant le total annuel dans la catégorie à 224 millions de dollars – le plus élevé en une décennie, avec en lot phare, une paire de portraits de Van Dyck (8,2 M$, soit 7,2M€). Chez Christie’s, c’est le Massacre des innocents, de Pieter Brueghel Le Jeune qui a remporté la plus haute enchère.

Les œuvres modernes et contemporaines n’ont pas été en reste. Lors d’une vente « So Unique » – une vacation ne comportant qu’un seul lot –, Millon a adjugé une œuvre majeure de Domenico Gnoli (1933-1970). Restée en main privée depuis plus de 45 ans, Unbuttoned Button (1969) s’est envolée à 8 millions d’euros – un record pour l’artiste en France mais aussi le tableau d’après-guerre le plus cher vendu dans l’Hexagone en 2021. Chez Tajan, l’œuvre Untitled (Man and Woman) de Willem de Kooning a été emportée 5,6 millions d’euros le 1er décembre. Elle avait été exposée au MoMA lors de la rétrospective sur l’expressionniste abstrait américain en 2011-2012. Chez Artcurial, le 7 décembre, un Portrait de David D. Bourliouk, de Mikhaïl Larionov (vers 1910) a atteint près de 3 millions d’euros – le deuxième plus haut prix pour le peintre russe. Le 28 novembre, à Hongkong, chez China Guardian, Bassin aux nymphéas, les rosiers de Claude Monet (1913) est devenue l’œuvre occidentale la plus chèrement adjugée en Chine (21,2 M€). « Le choix de l’enchère devient un système de vente de plus en plus naturel pour les vendeurs à mesure que la visibilité des plateformes de ventes augmente. Le marché se déplace rapidement sur son flanc numérique, tout en conservant ses bastions physiques traditionnels, New York, Hongkong, Londres et Paris. Mais le parallèle avec le haut de la falaise des années 1980 revient de plus en plus. Une question domine : encore combien de temps ? », se demande Alexandre Millon.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°580 du 7 janvier 2022, avec le titre suivant : Les ventes publiques ont terminé l’année en beauté

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