Ventes publiques

Le confinement a dopé les ventes aux enchères en ligne

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 19 mai 2020 - 1120 mots

Plusieurs maisons de ventes ont organisé avec succès des vacations sur Internet. Mais ce n’est pas le cas de tous les opérateurs.

France. Contraints de fermer leurs salles de ventes, plusieurs commissaires-priseurs se sont rabattus sur Internet, en recourant aux ventes à huis clos live ou exclusivement en ligne (les time sales avec compte à rebours). Entre le 16 mars et le 11 mai, la plateforme Drouot Digital a ainsi enregistré 154 ventes online only contre 95 en 2019 sur la même période, notamment parce qu’elle a eu davantage de maisons de ventes clientes pendant ce laps de temps, avec deux fois plus de nouveaux enchérisseurs inscrits. Cependant, seule une minorité de maisons de ventes a misé sur le numérique ; la grande majorité d’entre elles – dans l’impossibilité de basculer leurs ventes physiques en ligne – ont donc été forcés de reporter leurs vacations à une date indéterminée.

Les opérateurs qui sont sortis du lot pendant le confinement sont ceux qui étaient déjà au point techniquement parlant. « Parmi les maisons qui n’ont pu poursuivre leur activité pour une raison ou pour une autre, beaucoup n’ont pas encore opéré la transition digitale. Il fallait être réactifs et déjà bien outillés, avec une structure qui ne soit pas trop imposante, pour sortir son épingle du jeu », a observé Romain Monteaux-Sarmiento, directeur de la communication et du marketing chez Tajan. En effet, les grosses structures comme Sotheby’s, Christie’s ou Artcurial sont restées discrètes.

Tajan, Millon, FauveParis parmi les plus dynamiques

Parmi les plus actives figure justement Tajan, qui a organisé 16 ventes entre le 23 mars et le 27 avril, pour un produit de 2 millions d’euros, « soit l’objectif que nous nous étions fixé avant la crise, pour les mois de mars et avril ; pour nous, le confinement n’a donc pas affecté notre chiffre », a noté le directeur, avant d’ajouter « nous avons eu plus de 1 600 nouveaux clients à nos ventes en ligne (soit +300 % de clients par rapport à la même période en 2019) ». L’opérateur a même adjugé une huile sur toile de Kees van Dongen 374 800 euros, le 14 avril.

Mais c’est Millon qui se démarque le plus avec 40 ventes organisées sur son site entre le 16 mars et le 22 mai, pour un produit de 2,5 millions d’euros – un chiffre en hausse de 375 % pour les ventes en ligne par rapport à la même période l’année dernière. L’opérateur a ainsi vendu 189 000 euros une aquarelle sur papier, Sans titre, de Zao Wou-Ki (1967), le 8 avril. FauveParis a également pris part au mouvement et a même été la première à appliquer la formule des ventes en huis clos live. Ses locaux, son stockage en sous-sol et son commissaire-priseur, Cédric Mélado, habitant juste au-dessus de la salle de ventes, lui ont été utiles. Aussi, pendant deux mois, le samedi, FauveParis a orchestré 9 ventes. Jusqu’au 6 mai, 613 lots ont été adjugés pour un total de 726 911 euros, enregistrant même un record mondial pour une lithographie de 1964 de Pierre Soulages (25 244 €). « En reprenant strictement les 7 ventes de 2019, notre volume d’adjudications total augmente de 10 % », a analysé Dimitri Joannidès, expert associé de la maison de ventes. Une hausse, certes, qui n’est pas spectaculaire en temps normal, mais qui, au vu des circonstances, mérite d’être soulignée.

Outre Vermot et associés, Pierre Bergé, De Baecque et associés, Ader a également tiré son épingle du jeu, avec 1,2 million d’euros réalisés, dont un lingot d’or vendu 48 234 euros. « Généralement, nous avons 150 inscrits par vente sur Internet. Or là, nous en avions jusqu’à 500. Quant aux prix, je n’ai pas noté de différence entre une vente physique et une vente online », a précisé le commissaire-priseur David Nordmann.

Dans l’attente des ventes physiques

Si les ventes en ligne ont bel et bien eu la cote ces deux derniers mois, il ne faut pas oublier pour autant que de nombreux opérateurs sont restés en panne. Drouot Digital a comptabilisé 112 ventes en huis clos live contre 432 ventes physiques en 2019, soit deux tiers en moins. D’ailleurs, selon une enquête du Symev (le Syndicat national des maisons de ventes volontaires) révélée le 28 avril, les maisons de ventes ont accusé une baisse de chiffre d’affaires de 70 % en mars et de plus de 90 % en avril, avec 80 % des salariés au chômage partiel. Par ailleurs, ces vacations en ligne n’ont globalement guère dépassé les 200 000 euros d’estimation globale, tout comme elles n’ont concerné que des spécialités se prêtant davantage à ce format de ventes tels que les multiples, les bijoux, les photographies, la mode… – les pièces uniques ou importantes étant plutôt réservées aux ventes physiques précédées d’une exposition.

Pour autant, le nombre de ventes numériques va croître à l’avenir. « Nous étions à 2/3 de ventes physiques et nous allons passer à 50/50 », annonce Romain Monteaux-Sarmiento. Cependant, le jour où toutes les ventes physiques basculeront en ligne n’est pas prêt d’arriver. « Les ventes en ligne sont, certes, sur une courbe ascendante, beaucoup de maisons de ventes vont y prendre goût, car il y a un côté pratique ; mais nous n’allons pas renoncer aux ventes physiques pour autant, car c’est notre cœur de métier », affirme David Nordmann (Ader).

les maisons de ventes ont multiplié les ventes caritatives

Solidarité. Un vent de solidarité a soufflé sur le monde des enchères ces derniers temps en France. Vingt ventes de charité pour soulager les soignants, encourager la recherche ou soutenir les artistes ont ainsi été menées, pour un total de 4,9 millions d’euros. La plus retentissante d’entre elles a été celle de Piasa. Composée de 370 lots réunis en à peine 48 heures, la vente en ligne organisée au profit du collectif #ProtegeTonSoignant (3-5 avril) a permis de récolter 2,4 millions euros. Du 21 au 27 avril, c’est Tajan qui a atteint en 200 lots 255 000 euros lors d’une vente en ligne dont les profits ont été reversés à SOS Ehpad. Un croquis haute couture de Marie-Laure de Noailles offert à Christian Dior en 1951 a été adjugé 10 500 euros. Rouillac a également apporté son aide, avec #SoutiensUnArtiste (30 avril-6 mai), organisée en collaboration avec Artension, le Centre de création contemporaine Olivier Debré, Puls’art et la Fondation Taylor. La vente a totalisé 212 000 euros en 258 lots ; cette somme sera entièrement reversée aux artistes. Drouot Estimations, Millon, Ivoire (Troyes), mais aussi Yellow Peacock ont participé à ce mouvement solidaire, tandis que d’autres ventes sont prévues dans les prochains jours, comme celle d’Artcurial, le 26 mai : 5 planches d’Uderzo seront mises aux enchères ; les fonds collectés seront reversés à la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France.

 

Marie Potard

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°546 du 22 mai 2020, avec le titre suivant : Le Confinement a dopé les ventes aux enchères en ligne

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