Analyse

Pourquoi les grandes galeries sont aux abonnés absents

Par Pauline Vidal · Le Journal des Arts

Le 14 mars 2017 - 869 mots

Art Paris ne parvient pas à attirer les galeries françaises comptant parmi les plus dynamiques sur la scène de l’art. Principal reproche qui lui est fait : la foire n’est pas assez sélective.

Depuis son arrivée en 2012 à la direction d’Art Paris, Guillaume Piens se bat sur deux fronts pour tenter de donner une identité à la foire. C’est ainsi qu’il a coloré différemment chaque édition depuis 2013 en invitant des scènes peu ou mal connues. Ce qui apporte à la foire une fraîcheur renouvelée et constitue un attrait pour les galeries qui représentent des artistes originaires de la scène mise à l’honneur. Son deuxième axe réside dans la présentation de galeries et d’artistes contemporains qui échappent au réseau des grandes foires internationales. Mais pour l’instant, cette stratégie a donné lieu à une inégalité de propositions… qui constitue un frein pour un certain nombre de galeries à leur participation. Et notamment pour celles de l’association Metropolitain Art Paris (ex-Galeries Mode d’emploi), qui regroupe 72 galeries parisiennes. Si l’on a pu croiser par le passé Laurent Godin, Jean Brolly, Christian Berst, et en 2016 Éric Dupont et la Galerie RX, ce n’est pas le cas cette année. « C’est malheureusement une occasion ratée pour la reconnaissance de la scène artistique française et de ses galeries, malgré un moment dans l’année qui reste très intéressant sur le plan du calendrier, et malgré l’écrin exceptionnel [du Grand Palais], souligne Hervé Loevenbruck, président de  Metropolitain Art Paris. Ce salon n’expose pas assez de galeries dont nous partageons la vision de l’art. La proposition est trop éloignée des enjeux de l’art contemporain et des institutions. Art Paris n’est pas assez sélective. […] Tout comme le Comité professionnel des galeries d’art de Paris, nous avions essayé de nous rapprocher des organisateurs et de la direction artistique, mais cela n’a jamais abouti. »

Question de vision
Pour les jeunes galeries et celles de dimension moyenne, la question du coût est aussi cruciale. « Pour une galerie de notre taille, il n’est pas possible de participer à deux foires au Grand Palais », poursuit Isabelle Alfonsi, codirectrice de Marcelle Alix, implantée dans le quartier de Belleville. « Et comme il faut faire un choix, nous sommes à la Fiac [Foire internationale d’art contemporain]. À la Fiac, il y a des galeristes proches de notre programmation, d’un point de vue générationnel comme esthétique. Ce sont les galeries de notre réseau avec lesquelles je partage la même vision de l’art. La semaine de la Fiac est en outre extrêmement dense. La foire s’est fortement institutionnalisée et internationalisée. »

Des enseignes très établies, à l’instar des galeries Perrotin, Lelong ou de l’antenne parisienne de Gagosian, qui disposeraient des équipes et des moyens nécessaires, et actives dans les foires du monde entier, sont aussi absentes. « Une galerie est obligée de mener un travail d’arbitrage entre toutes les foires en France et à l’étranger,  renchérit Anne-Claudie Coric, de la Galerie Daniel Templon, présente, elle, à Art Paris depuis de nombreuses années. Chaque galerie a sa propre problématique d’ancrage dans le territoire, de projection internationale. Nous, nous sommes très européens et nous pouvons nous permettre d’être très présents à Paris. » Mais ce n’est pas la stratégie de ses confrères de même taille qui ne souhaitent pas s’exprimer.

La reconnaissance acquise par le salon parisien du dessin contemporain Drawing Now ne joue pas non plus en faveur d’Art Paris. « Art Paris a des qualités et quelques défauts. Le principal étant celui d’avoir lieu aux mêmes dates que Drawing Now, que je suis depuis le début, déclare Christian Berst. On ne peut pas participer en même temps à deux foires qui ont un rayonnement réduit. Drawing Now était au départ perçue comme une foire de niche, mais elle a finalement accompagné la redécouverte du dessin. Elle a réussi à attirer des galeries de très grande qualité en sélectionnant des choses difficiles à montrer sur une foire généraliste. De plus, le modèle économique n’est pas le même. Il est difficile de faire une foire rentable au Grand Palais. D’où peut-être un manque de participants crédibles et des choix parfois par défaut. Ce qui provoque une perte en intensité. En ce qui me concerne, je présente beaucoup de dessins, ce qui m’a poussé très naturellement vers le salon du dessin. »

Retour à la galerie
Pour d’autres, l’heure est au recentrage sur leur galerie. La Galerie RX, qui a fait un passage éclair l’an dernier, ne participe pas à l’édition de 2017. « Je viens d’acquérir un nouvel espace dans le Marais, explique Eric Dereumaux. Jusqu’à l’automne prochain, je ne participe à aucune foire. On sera à Paris Photo, mais je vais me poser la question des foires auxquelles je souhaite participer. » Pour Christophe Gaillard, présent à Art Paris en 2013, les choses sont claires. « Les foires ne représentent que 15 à 20 % de notre chiffre d’affaires. Nous avons fait le choix d’investir beaucoup de temps dans notre espace. Nous ne participons ni à Drawing Now ni à Art Paris. Nous sommes plus sélectifs que dans le passé où nous nous cherchions encore. Je ne trouve pas sur les foires les ingrédients pour cristalliser de vraies relations comme cela est possible en galerie. » 

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<b>Légende Photo</b><br />
Les stands de Art Paris sous la verrière du Grand Palais © photo <a href=Ludosane 

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°475 du 17 mars 2017, avec le titre suivant : Pourquoi les grandes galeries sont aux abonnés absents

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