Dimanche 19 janvier 2020

Galerie

Pari réussi pour le Gallery Weekend de Berlin

Par Isabelle Spicer (Correspondante à Berlin) · lejournaldesarts.fr

Le 2 mai 2017 - 806 mots

BERLIN (ALLEMAGNE) [02.05.17] - Le conflit de calendrier inédit entre le Gallery Weekend et la foire Art Cologne s'est transformé en opportunité : les collectionneurs américains, parmi lesquels les méga-collectionneurs Mera et Don Rubell, se sont déplacés pour assister aux deux événements.

Tout a démarré par un conflit pour aboutir finalement à une opportunité et une collaboration. L'annonce l'an passé de la tenue du Gallery Weekend de Berlin et de la foire Art Cologne aux mêmes dates en 2017 avait mécontenté collectionneurs allemands qui n'ont pas le don d'ubiquité, et galeristes berlinois pour qui la participation concomitante aux deux événements annonçait une logistique délicate. Finalement, la collaboration entre Daniel Hug, directeur d'Art Cologne, et Maike Cruse, directrice du Gallery Weekend et de la foire ABC de Berlin, a porté ses fruits. Les deux organisations sont en cours de négociations pour créer une nouvelle foire, Art Berlin, en septembre.

Mais la collaboration entre les deux directeurs a également contribué au succès du Gallery Weekend qui s'est déroulé du 28 au 30 avril 2017, avec un nombre resserré de 47 galeries participantes. Art Cologne a avancé d'un jour la journée dédiée aux professionnels et VIP, pour permettre aux collectionneurs de se rendre ensuite à Berlin. La possibilité de visiter deux grands événements en une semaine a ainsi attiré de nombreux collectionneurs internationaux, notamment américains. Les méga-collectionneurs Don et Mera Rubell avaient fait le déplacement, mais aussi de nouveaux collectionneurs new-yorkais qui n'étaient encore jamais venus au Gallery Weekend.

La galerie Wentrup, qui présentait Olaf Metzel et Zanele Muholi dans leurs deux espaces distincts, s'est de son côté félicitée de la présence de collectionneurs asiatiques, grâce à des contacts noués lors de la participation de la galerie à Art Basel Hongkong. La galerie Esther Schipper inaugurait ses nouveaux locaux avec un changement radical de concept. Depuis la fusion avec Johnen et l'accroissement du nombre d'artistes représentés, le modèle du galerie-appartement ultra intimiste n'était plus adapté. La galerie a opté pour un white cube en investissant un ancien espace industriel de 540 m2, dans les anciennes cours du quotidien Tagesspiegel sur la Potsdamerstrasse. L'installation monumentale d'Anri Sala, Take over, y trouvait un parfait écrin. Sur deux gigantesques écrans dos à dos, l'artiste Albanais présentait une œuvre brûlante d'actualité à une semaine du deuxième tour des élections présidentielles françaises. Un piano tantôt mécanique et fantomatique, tantôt actionné par une main anonyme, déconstruit la Marseillaise et l'Internationale pour mettre en relief les points de similitude et de divergence des deux mélodies.

Autre changement, la galerie Mehdi Chouakri quitte Mitte et rejoint Max Hetzler et Contemporary Fine Arts dans les beaux quartiers de Berlin ouest qui connaît un regain d'intérêt après avoir été délaissé dans les années 1990. Les deux nouveaux espaces de la galerie Mehdi Chouakri à Charlottenburg exposaient l'artiste allemande Charlotte Posenenske décédée en 1985. Comme plusieurs autres galeries, Mehdi Chouakri présentait également un showroom soigné des autres artistes de la galerie. Deux autres galeries présentaient des artistes décédés, Michel Majerus chez Neugerriemschneider et Otto Piene chez Sprüth Magers, qui exposait en outre Pamela Rosenkranz.

La galerie Michael Fuchs offrait un très bel hommage à Isabelle Huppert, qui s'était déplacée pour l'occasion. Elle est revenue sur sa coopération avec l'artiste Roni Horn, qui lui avait demandé de tirer au sort des titres de ses films. Sur les quelques 100 photos qui composent l'œuvre réalisée en 2005, l'actrice devait revivre les sentiments que lui inspirait son ancien rôle. Un travail très différent d'une collaboration avec un metteur en scène, explique Isabelle Huppert, soulignant le caractère « obsessionnel » de l'artiste.

Oda Jaune, Christian Jankowski et Douglas Gordon participaient également à l'exposition, ainsi que l'Italien Marco Brambilla qui livre une magnifique et méditative installation vidéo composée d'extraits de films de l'actrice. Il y montre l’ambivalence de chaque personnage qu’elle a incarné, tantôt victime, tantôt agresseur.

Mais si la venue d'Isabelle Huppert a fait couler beaucoup d'encre dans la presse allemande, c'est toutefois la galerie Blain Southern qui a réalisé la grande sensation de ce Gallery Weekend, en exposant une star montante, le peintre allemand Jonas Burgert. La foule s'est pressée sans discontinuer tout au long du weekend pour admirer un tableau de 22 mètres de long qui figure la vision du chaos par l’artiste. La galerie annonçait être en négociations pour la vente de l'œuvre à plusieurs musées et collections privées, notamment américaines. Le reste de l'exposition était entièrement vendu avant la fin du weekend.

La galerie König avait exprimé l’an passé des doutes quant à la simultanéité d'Art Cologne et du Gallery Weekend, mais avait finalement décidé de participer aux deux événements avec le grand retour d'Anselm Reyle. Johann König, comme plusieurs autres galeristes, a déclaré au Journal des Arts être satisfait du résultat de cette édition du Gallery Weekend. Un succès de bon augure pour la foire Art Berlin qui s’annonce en septembre prochain.

Légende photo

Jonas Burgert, Zeitlaich, 2017, Courtesy the artist and Blain|Southern, Photo: Trevor Good

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