Mercredi 18 septembre 2019

Entretien

Julien Brunie : « Les diamants roses sont très à la mode »

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 15 février 2012 - 850 mots

PARIS [17.02.12] - Julien Brunie est directeur général international en charge des ventes de gré à gré de joaillerie chez Christie's. Il fait le point sur un secteur en hausse de 200 % cette année chez la maison de ventes.PAR ARMELLE MALVOISIN

Armelle Malvoisin : Quel a été votre parcours avant votre arrivée à Christie’s ?
Julien Brunie : J’ai rejoint Christie’s en octobre 2010 en qualité de directeur général international en charge des ventes de gré à gré de bijoux, après plus de dix ans passés chez Boucheron où, depuis 2006, j’étais en charge de la direction commerciale pour la France et le Royaume-Uni. Ma mission chez Christie’s est de développer mondialement les ventes de gré à gré de bijoux. La récente modification de la loi française autorise depuis le 1er septembre 2011 les maisons de ventes à mener des transactions directes entre vendeurs et acheteurs qui souhaitent opérer en dehors du calendrier des ventes. Mon champ d’action est désormais étendu à la France. Je suis basé à Paris, mais je voyage tout le temps aux quatre coins du monde.

A. M. : Christie’s a annoncé un chiffre d’affaires global de 5,7 milliards de dollars pour l’année 2011, en hausse de 14 % par rapport en 2010. Le montant correspondant aux ventes privées, qui est de 808,6 millions de dollars, a connu un taux de progression de 50 % en une année. Qu’en est-il des ventes privées de bijoux ?
J. B. : Le secteur des bijoux en ventes privées a beaucoup progressé, de l’ordre de 200 % par rapport à 2010. Il représente une part importante des ventes privées globales. Dans les périodes de crise, le bijou devient une valeur refuge et de placement, à condition d’acheter les bonnes choses au bon prix. C’est ici que l’expérience de la maison Christie’s entre en jeu et que notre réseau unique au monde d’acheteurs et de vendeurs nous permet de faire des transactions intéressantes pour les deux parties. J’agis comme un courtier et non comme un revendeur. Lorsque nous avons un mandat de vente, nous cherchons à protéger les acheteurs et vendeurs et nous nous contentons d’une commission d’intermédiation et de conseil.

A. M. : Dans votre domaine, comment se détermine le choix de la vente publique ou de la transaction de gré à gré ?
J. B. : Autant que possible, nous orientons nos clients vers la vente publique. La vente privée reste une alternative qui n’a pas vocation à délocaliser ou à « cannibaliser » le business des ventes aux enchères. Elle est un service complémentaire offert à nos clients.

Beaucoup de gens, pour des raisons familiales, des questions de principe, de timing ou autres, ne veulent pas passer par les ventes aux enchères. Les ventes de gré à gré, dites aussi « ventes privées », permettent d’agir plus discrètement, plus rapidement, mais aussi de rechercher un bijou ou un objet qui, par sa rareté ou sa spécificité, ne peut être trouvé dans les ventes aux enchères. En vente privée, les contrats sont signés respectivement dans les lieux de résidence de l’acheteur et du vendeur.

A. M. : Certains bijoux de la collection Elizabeth Taylor auraient-ils pu vous être confiés en ventes privées ?
J. B. : Non, car pour cette vente organisée par un trust familial, il fallait une transparence totale. Il fallait faire appel au marché dans son ensemble et bénéficier de l’émulation et de l’excitation des acheteurs en raison de la prestigieuse provenance de cette collection. En dehors des très grands bijoux et pierres qui ont dû faire une fois et demi leur prix en raison de la provenance, le nom « Elizabeth Taylor » a pesé jusqu’à 90 % du prix dans les pièces de création plus accessibles, mais non moins iconiques.

A. M. : Comment s’organise le marché des transactions privées de joaillerie ? Que vendez-vous le plus ?
J. B. : C’est un marché mondial. Il est fort en Asie et aux États-Unis. Parallèlement, il se développe de manière importante sur les marchés émergents (Moyen-Orient, Russie, Amérique du Sud…). D’un pays à l’autre, les goûts diffèrent. Nous vendons en volume aussi bien des pierres précieuses que des bijoux. En valeur, majoritairement, nous vendons des pierres, à commencer par les diamants de couleur, qui sont toujours très recherchés. Les diamants rouges, verts et bleus sont particulièrement rares et très chers. Les diamants roses sont très à la mode, en particulier en Asie. Leur prix a considérablement évolué à la hausse ces dernières années, au point que la cote des diamants roses s’approche de celle des diamants bleus. On trouve un certain nombre de diamants roses sur le marché. Dans cette couleur, on peut trouver des pierres plus importantes en carats, d’où l’emballement des amateurs. Les beaux diamants jaunes sont aussi très prisés – la qualité de la pierre est un critère qui prévaut sur le poids. Nous avons vendu le plus beau qui soit jamais apparu sur le marché, le 18 octobre 2011 aux enchères à New York. Il s’agissait d’un diamant jaune vivid yellow, d’un vrai jaune très profond, gorgé de soleil, de 32,77 carats, adjugé 6,6 millions de dollars [4,9 millions d’euros].

Légende photo

Julien Brunie. © Christie's.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°363 du 17 février 2012, avec le titre suivant : Julien Brunie : « Les diamants roses sont très à la mode »

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