Vendredi 20 septembre 2019

Joaillerie

Parures de stars

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 7 septembre 2010 - 893 mots

En vente publique, le pedigree d’un bijou a une importance imprévisible qui s’évalue au cas par cas et à posteriori.

Bien que certaines pièces de joaillerie puissent être appréciées comme de véritables œuvres d’art, la valeur d’un bijou est étroitement liée à celle des pierres précieuses qui le composent. Dans ce domaine, quatre paramètres font loi : la couleur, le poids en carat, la pureté et la taille des pierres. Les diamants ont même une cote officielle dont l’évolution est constamment suivie par le marché. À ces critères s’ajoutent la marque joaillière, mais aussi la provenance qui est devenue « durant les trente à quarante dernières années un facteur essentiel, bien que difficilement quantifiable », remarque-t-on au département bijoux de Christie’s France.

En novembre 1995, chez Christie’s à Genève, lors de la dispersion de la collection de la princesse Salimah Aga Khan, se présentait une bague par Van Cleef & Arpels, sertie d’un diamant poire de 16,66 carats, de couleur D et de pureté VS1, cadeau du prince à son épouse lors de leurs fiançailles. À la surprise de la maison de ventes, le bijou réalisa un prix quatre fois supérieur à son estimation. L’enchère finale atteignit 1,7 million de dollars (1,3 million d’euros), soit 105 000 dollars le carat, alors qu’une pierre de ce calibre et de cette qualité valait au mieux 70 000 dollars le carat sur le marché à l’époque.

Selon Gabriella Mantegani, spécialiste en bijoux chez Sotheby’s France, « il est impossible de mesurer l’importance de l’impact de la provenance sur le prix d’un bijou avant son adjudication. Aussi, quand nous estimons une pièce de joaillerie, nous ne tenons pas compte de sa provenance ». Une provenance prestigieuse peut avoir une influence sur le prix atteint en ventes aux enchères, mais tout dépend du bijou, de son intérêt esthétique et du degré d’intimité avec son ancien propriétaire. Le 27 juillet dernier à Monaco chez Tajan, une parure royale offerte à la reine Victoria pour son couronnement par le roi des Belges Léopold Ier n’a pas rencontré le succès escompté. L’ensemble comprenant un bracelet en or jaune et argent, portant le monogramme de la reine Victoria et daté 1837, d’une bague d’homme et d’une épingle assorties, s’est vendu 28 200 euros, sous son estimation basse. Il est vrai que ces bijoux étaient difficilement portables aujourd’hui. Preuve que la provenance ne fait pas tout.

Prix fous
Dans de rares cas cependant, la notoriété d’une personnalité peut faire des miracles là où on ne l’attendait pas. Le 25 avril 1996 à New York chez Sotheby’s, la vente des bijoux de Jackie Kennedy a créé l’émulation. Une enchère de 101 500 dollars (79 812 euros) a même été atteinte pour un charmant collier fantaisie, à double rang de perles noires d’imitation, estimé 200 dollars, pourtant sa juste valeur ! « Jackie Kennedy portait ce collier quand son mari a annoncé sa candidature à la présidence des États-Unis », précise Gabriella Mantegani. Le collier historique a été emporté par le créateur français Gérard Darel qui en a fait une réédition devenue un best-seller de la marque.

Ce n’est pas un hasard, non plus, si les bijoux de la duchesse de Windsor atteignent des prix fous aux enchères. « Le monde entier s’émeut encore de l’histoire romantique de ce roi qui renonça au trône d’Angleterre pour épouser la femme qu’il aimait et qu’il couvrit de bijoux magnifiques créés par les plus grands joailliers de l’époque. Chaque bijou représente un symbole lié à l’histoire personnelle de ce couple », souligne Gabriella Mantegani. Ainsi, lors de la dispersion des bijoux de la duchesse de Windsor, en avril 1987 chez Sotheby’s à Genève, un clip aux deux feuilles de houx par Van Cleef & Arpels, en rubis serti mystérieux et diamants, cadeau de Noël 1936 d’Édouard VIII, est parti à 1,65 million de francs suisses (1 million d’euros), presque dix fois l’estimation haute.

Exquise iris de Daisy Fellowes

Icône de la mode et de l’élégance dans les années 1920-1930, Daisy Fellowes, richissime héritière de l’industrie de la machine à coudre Singer, devint la mécène des plus grands joailliers de son temps, tels Cartier, Van Cleef & Arpels, Boivin, Verdura et Jean Schlumberger. Son nom est synonyme de qualité et d’originalité comme toutes les pièces de joaillerie exceptionnelles et uniques qu’elle portait. Aussi chaque rare apparition sur le marché d’un bijou ayant appartenu à Daisy Fellowes est-il un événement, d’autant plus que les bijoux Art déco jouissent d’un engouement exceptionnel.

Estimé autour d’un million de francs suisses, un ensemble composé d’un collier et de boucles d’oreilles Tutti Frutti d’inspiration indienne, créé par Cartier en 1936, a été adjugé 3,8 millions de francs suisses (2,3 millions d’euros), en mai 1991 à Genève chez Sotheby’s, soit un record à l’époque pour un bijou de Cartier aux enchères. Le 17 novembre 2005, une spectaculaire paire de bracelets en émeraudes et diamants, réalisée dans les années 1920 par Van Cleef & Arpels, a décroché l’enchère de 3,3 millions de francs suisses (2,1 millions d’euros), soit plus de trois fois l’estimation haute. Rebelote pour une sculpturale et unique broche en forme d’iris, composée de saphirs, d’émeraudes et de diamants, création de Cartier en 1940, partie le 17 novembre 2009, toujours à Genève chez Sotheby’s, sur une enchère de 662 500 francs suisses (439 000 euros), alors qu’elle était évaluée autour de 200 000 francs suisses.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°330 du 10 septembre 2010, avec le titre suivant : Parures de stars

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