Ventes publiques

Ivoire, le groupement d’études qui résiste au temps

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 1 avril 2021 - 817 mots

La coalition rassemble douze maisons de ventes en région.

France. Crée en 2002 à l’initiative de plusieurs commissaires-priseurs établis en région, le Groupe Ivoire – nommé ainsi en référence au marteau d’ivoire du commissaire-priseur – a été fondé suite à la loi du 10 juillet 2000 qui libéralisait les enchères, permettant notamment l’implantation en France des grandes maisons anglo-saxonnes Christie’s et Sotheby’s. « Nous voulions unir nos forces pour mieux contrer les ogres annoncés. Finalement, nous sommes toujours là et bien là », lance le commissaire-priseur Bertrand Couton (Ivoire Nantes), co-gérant du groupe. « L’idée de la réforme était d’ailleurs de faire émerger des regroupements, ce qu’Ivoire a su concrétiser en région », se souvient Thierry Pomez (Ivoire Troyes), l’un des fondateurs. 

Agréé par le Conseil des ventes volontaires (CVV) en novembre 2002, le groupement réunit à l’époque douze maisons indépendantes les unes des autres, implantées à Avignon, Aix, Cannes, Chartres, Clermont-Ferrand, La Rochelle, Lyon, Marseille, Reims, Saumur, Toulouse et Troyes. Depuis, certaines ont quitté le groupe, souhaitant voler de leurs propres ailes, comme Clermont-Ferrand ou Lyon ; et d’autres l’ont rejoint (Manosque ou Besançon). « Intégrer Ivoire nous a apporté une certaine visibilité et une notoriété car le groupe est connu et composé de maisons sérieuses bien établies », commente Jean-Paul Renoud-Grappin (Ivoire Besançon), dernier entrant. Dès les origines, le groupe a oscillé entre douze et quatorze membres. « C’est une société ouverte. Si notre maillage régional doit rester homogène, notre groupement n’a pas vocation à rassembler quarante maisons. Si nous sommes trop nombreux, il risque d’y avoir trop d’idées divergentes et des tensions », estime Bertrand Couton.

À ce jour, il n’existe pas d’autres regroupements – Actéon n’est pas considéré comme un groupe, c’est une société qui a des antennes dans plusieurs villes, et le Groupe Gersaint a été dissout à la fin des années 1990. « C’est peut-être à cause de l’esprit trop indépendant de chacun. Se regrouper signifie pour certains une perte d’autonomie. Il est vrai que le métier de commissaire-priseur est très lié au nom de celui qui tient le marteau », confie Florian d’Oysonville, co-gérant (Ivoire Angers).

Des outils mis en commun
Le but de cette alliance est la promotion de leurs ventes aux enchères. « Nous avons mis en commun la publicité, un site Internet et la communication. Chaque maison de ventes garde son autonomie mais le vecteur qui permet de communiquer est la bannière Ivoire », précise Bertrand Couton. Les membres se réunissent une fois par mois, l’occasion d’échanger sur la profession. « Je ne voulais pas rester seul dans mon coin – à plusieurs, on est plus forts –, alors j’ai rejoint le groupe, raconte Jérôme de Colonge (Ivoire Besançon). On se soutient, on se conseille, il y a une émulation. Si on est seul, on ne peut pas échanger avec un autre commissaire-priseur car on est concurrents ! Là, nous avons un intérêt commun. » En revanche, Ivoire n’organise pas de ventes communes (hormis des collaborations ponctuelles pour un objet), « car grâce à Internet, ce n’est plus le lieu qui compte mais l’objet », lance Bertrand Couton. D’ailleurs, le bureau de représentation du groupe à Paris a fermé.
Le groupement est à l’origine de plusieurs initiatives qui ont contribué à asseoir sa notoriété et sa crédibilité : les Journées nationales de l’expertise (en janvier depuis 2014), « une occasion qui fait sortir les timides et nous permet de faire des découvertes, parfois même à plus de 100 000 euros », explique Florian d’Oysonville, tandis que depuis 2003, est publié Tour d’Ivoire, un magazine annuel qui recense les résultats de l’année. « Cela attire les vendeurs, qui, si nous n’étions pas membre de ce groupe, avec ces résultats-là, iraient à la concurrence. Cela les rassure », confie Jérôme de Colonge. 

Cet ancrage régional, conjugué à la communication d’Ivoire, a donné une certaine visibilité au groupe, lui permettant d’obtenir des prix similaires à ceux de Paris. En 2014, c’est un vase Qianlong [voir ill.] qui partait pour 2,1 millions d’euros (Ivoire Saint-Étienne), quand en 2018, Le Départ de Télémaque, de Charles Meynier obtenait un record mondial avec 2,2 millions d’euros (Ivoire Nantes). « Les vendeurs ont intégré le fait que nous n’avons pas besoin de vendre à Paris pour faire un record », souligne Florian d’Oysonville. Quant aux acheteurs, Internet a permis de faire exploser la demande. « Aujourd’hui, nous avons tous les mêmes grâce aux plateformes Drouot Digital et Interencheres », affirme Bertrand Couton.
En 2020, le Groupe annonce un volume de ventes de 60 millions d’euros, comme en 2019 – une prouesse en ces temps de pandémie. Lors des confinements de l’an passé, les membres ont réalisé des ventes en huis clos live – un avantage par rapport à Drouot qui est resté fermé. « Les acheteurs étaient et sont au rendez-vous, et encore plus massivement qu’auparavant, au moins 30 % en plus », constate Florian d’Oysonville.
 
Pour les mois à venir, le groupe projette de renforcer ses liens et sa présence sur les réseaux sociaux – en augmentant la communication vidéo. Le maintien et le renforcement d’un maillage géographique dynamique est également à l’ordre du jour.
 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°564 du 2 avril 2021, avec le titre suivant : Ivoire, le groupement d’études qui résiste au temps

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