Foire

FOIRE D’ART ET D’ANTIQUITÉS

« EX.Paris », le nouveau salon qui remplace la Biennale

Par Marie Potard · Le Journal des Arts

Le 18 mars 2021 - 985 mots

PARIS

Après soixante ans d’existence, la foire parisienne historique des antiquaires est remplacée par une nouvelle manifestation qui se tiendra fin novembre, organisée par une société distincte du SNA.

Ex.Paris - Arts & Haute Facture - Grand palais éphémère - 2021
© Ex.Paris

Paris. « EX.Paris » – « EX » comme « EXcellence », « EXigence », « EXceptionnel »… – est le nouveau salon consacré aux arts et à la haute facture, qui vient remplacer La Biennale Paris ; il se tiendra du 27 novembre au 5 décembre 2021 au Grand Palais éphémère.

La cessation de La Biennale Paris annoncée le 8 mars a secoué le Landerneau des antiquaires, même si des signaux laissaient penser à une fin proche. La Biennale était organisée par le Syndicat national des antiquaires (SNA) depuis 1956. Son annualisation en 2017, les départs successifs de grands marchands internationaux, les querelles internes et les conséquences des déficits successifs sur la trésorerie du SNA lui ont porté un coup fatal. Aussi, le syndicat a préféré passer la main. « Ce n’est pas la mort de la Biennale. Elle reste dans le giron du syndicat. La présidente du SNA, Annisabelle Berès, et son conseil d’administration ont le droit, dans l’intérêt de la profession, de promouvoir un nouveau salon, dont le syndicat est partie prenante », souligne Mathias Ary Jan, vice-président du SNA.

À l’origine du projet de ce nouvel événement, Alexis Cassin, fondateur de Procept, une agence d’événementiel. « Depuis que j’ai découvert la Biennale en 2008, j’ai toujours eu le rêve – quand je l’ai vu se paupériser – de faire quelque chose pour redynamiser ce secteur. Je réponds à une attente qui existe depuis longtemps. » Au terme d’une réflexion menée avec Patrick Bazanan, architecte scénographe et ancien directeur général de l’agence Décoral, les deux hommes se rapprochent de Fabienne Lupo, ancienne présidente et directrice générale de la Fondation de la haute horlogerie (FHH), à Genève, puis d’Henri Jobbé-Duval, qui a participé aux développements, entre autres, des foires d’art moderne et contemporain Fiac et Art Paris. « Nous nous sommes ensuite adossés au SNA, qui partage notre rêve et qui cherche avant tout à valoriser ses membres », raconte le jeune homme âgé de 35 ans, qui a précédemment collaboré avec Christian Deydier lorsque celui-ci envisageait de lancer le salon « Sublime ». Pour autant, le marchand d’art chinois n’a pas souhaité rejoindre la nouvelle équipe.

Trois parties prenantes

Une organisation bicéphale régira la nouvelle manifestation : d’une part, une structure à but commercial, « Manufactura » (créée par Alexis Cassin), sera chargée notamment de la construction des stands ; d’autre part, l’« Arts & Fine Crafts Foundation », créée pour l’occasion, apportera une vision philanthropique à l’ensemble. Quant au SNA, représenté par son vice-président Mathias Ary Jan, il est partenaire de l’événement – sans être ni actionnaire de Manufactura ni membre de la Fondation – et sera l’interlocuteur privilégié avec la RMN-GP (Réunion des musées nationaux-Grand Palais).

À cette nouvelle formule,« nous souhaitons apporter de l’impartialité, de la légitimité et de la neutralité, afin de faire table rase de toutes les querelles passées », affirme Alexis Cassin. La partie « arts », pour laquelle Mathias Ary Jan et Henri Jobbé-Duval sont co-commissaires, rassemblera des antiquaires, des galeries d’art moderne (et d’art contemporain historique), d’arts décoratifs, de design historique, mais aussi des institutions. « Un musée ou une école, comme l’École du Louvre, pourra avoir un stand. Les valeurs que nous souhaitons défendre dans cet événement sont aussi celles de la transmission. Le nerf de la guerre, c’est l’économie du projet, mais aussi la formation de nouveaux collectionneurs », explique Henri Jobbé Duval. Le secteur « haute facture » (sous-entendu « haute manufacture »), supervisé par Fabienne Lupo, regroupera la haute joaillerie et la haute horlogerie, avec des exposants comme Cartier, Hermès (à l’exception de la maroquinerie), des entreprises d’arts décoratifs mais aussi liées à la haute gastronomie. Les surfaces du Grand Palais éphémère étant réduites de 33 % environ par rapport à celles du Grand Palais historique, la sélection, réalisée par un comité d’arbitrage, sera ardue. « Il faudra un juste équilibre dans la répartition de chacun des secteurs », souligne Henri Jobbé-Duval. Entre 90 et 115 stands devraient pouvoir être montés, dont moins d’une quarantaine dévolus aux antiquaires et marchands d’art. Quant à la scénographie, c’est Patrick Bazanan qui en est responsable.

Ce nouveau rendez-vous dans le calendrier dispose de quelques atouts : son lieu prestigieux – le Grand Palais éphémère puis le Grand Palais – et le soutien des membres du SNA qui ont tout intérêt à voir la réussite de ce salon. Quelques inconnues subsistent cependant, dont l’évolution de la situation sanitaire n’est pas des moindres. « Effectivement, c’est gonflé de lancer un événement dans le contexte actuel ! Mais c’est dans ces moments de perdition qu’il faut aller de l’avant. Et s’il faut annuler en novembre, les exposants seront remboursés à 100 % », annonce Alexis Cassin. Autre inconnue dans l’équation : le salon Fine Arts Paris prévu du 17 au 21 novembre aux Invalides, soit une semaine avant Ex.Paris. « La Biennale et Fine Arts Paris ont déjà coexisté par le passé. La concomitance dans les dates est seulement liée à la crise du Covid. En temps normal, cela ne se produira pas. De surcroît, les marchands ont besoin d’exister à travers plusieurs salons », réplique Alexis Cassin.

« Ce qui va compter, c’est la qualité du contenu. Pas de remplissage inutile. Mais on ne pourra réussir ce nouveau pari qu’avec les acteurs. S’ils ne se mobilisent pas pour défendre leur secteur, leur image, l’image de Paris, nous aurons beaucoup de difficultés », prophétise Henri Jobbé-Duval.

Déclaration de Christian Deydier - 18 mars 2021

« Je tiens à préciser que Monsieur Alexis CASSIN ne m’a contacté qu’après la parution du communiqué de presse annonçant la création de ce nouveau salon et la composition de l’équipe "d’experts chevronnés" dont il s’est entouré au nombre desquels je ne figurais pas. Il s’est donc sans doute agi pour lui, plus de se donner bonne conscience compte tenu des relations que nous entretenions, plutôt que de vouloir m'associer à l’organisation d’un évènement dont je n’avais d’ailleurs jamais entendu parler. Il ne pouvait ignorer le sens de ma réponse. »

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°563 du 19 mars 2021, avec le titre suivant : « EX.Paris », le nouveau salon qui remplace la Biennale

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