Art ancien

XVIIE SIÈCLE

Rembrandt, virtuose de la gravure

Par Margot Boutges · Le Journal des Arts

Le 13 mars 2019 - 772 mots

AMSTERDAM / PAYS-BAS

Le musée d’Amsterdam déploie toute sa collection du maître, en grande majorité des gravures. Un art qui n’a rien de mineur chez l’artiste hollandais, qui excelle à transmettre des œuvres pleines de vie.

Renbrandt, <em>Autoportrait avec un bras sur une pierre</em>, 1639, gravure et pointe sèche.
Renbrandt, Autoportrait avec un bras sur une pierre, 1639, gravure et pointe sèche.
© Rijskmuseum

Amsterdam. Sur la façade du Rijksmuseum, à Amsterdam, qui célèbre par une exposition événement le 350e anniversaire de la mort de Rembrandt, trône un vigoureux (et moustachu) autoportrait de l’artiste. Le fait d’avoir choisi une estampe plutôt qu’un tableau pour orner l’affiche de « Tout Rembrandt » annonce subtilement la couleur : cette rétrospective qui ambitionne de montrer pour la première fois toutes les œuvres de Rembrandt figurant dans les collections du musée donnera à voir beaucoup plus de gravures que de peintures. Pourquoi ? Car c’est ce que le « Rijks » – riche de 1 300 épreuves gravées – conserve en grande majorité. Aussi l’institution a-t-elle placé sur ses cimaises l’intégralité de ses 22 huiles (à l’exception de La Ronde de nuit restée dans le parcours permanent [lire encadré]) et de ses 60 dessins, mais n’a sélectionné que ses gravures les plus prestigieuses. Ce qui correspond tout de même aux trois quarts d’un parcours, qui mêle les médiums et déroule, thématique après thématique, les sujets de prédilection de l’artiste.

À première vue, le visiteur pourra être un peu déçu de la place prédominante tenue ici par l’estampe, un art souvent considéré comme austère (peu coloré et de petit format) et mineur (car associé à la reproduction en série). Mais un examen attentif de ces tirages sur matrices ne tardera pas à le convaincre que dans le cas de Rembrandt, la gravure peut ravir le premier rôle aux tableaux de chevalet.

Des portraits très expressifs

Il faut dire que Rembrandt (1606-1669) a toujours conféré à la gravure, à laquelle il fut initié en 1625 à Leyde, une place capitale dans son œuvre. Il la pratiqua toute sa vie et elle lui apporta un grand succès de son vivant. Ses estampes sont essentiellement des créations originales, indépendantes de ses toiles, qui témoignent d’une liberté de ton, de composition et d’exécution qui a souvent été louée. C’est sans doute avec le tracé mouvementé et fluide que permet l’eau-forte que son goût pour l’expressivité des visages se révèle le mieux. Cela est particulièrement frappant dans la section consacrée aux autoportraits qui inaugure le parcours. Bouillonnante d’émotions et de grimaces, les trognes gravées de Rembrandt s’imposeraient presque face à un chef-d’œuvre de la peinture placé en regard : l’autoportrait de l’artiste à 22 ans à moitié obscurci par la pénombre. Rembrandt a également utilisé la souplesse de l’eau-forte pour saisir de nombreux instantanés de la vie quotidienne. C’est avec une grande vivacité et une certaine tendresse que sa pointe métallique dessine une femme se soulageant au détour d’un sentier, une vieille concentrée sur la cuisson de ses crêpes, un aveugle jouant du violon, ou une scène de sexe à la troublante et émouvante intimité. Pour ses compositions tirées de la passion du Christ, il explore volontiers l’aspect velouté que permet l’usage de la pointe sèche rehaussée au burin et réalise de grands jeux d’ombres et lumières, qui accentuent la dimension dramatique de ses scènes (Les trois croix, 1653).

Si l’œil n’en finit pas de s’attarder sur ces estampes fourmillantes d’incisions et de détails, on peut cependant regretter que ces œuvres majeures, mais pas bien grandes, soient installées dans des espaces immenses qui ne valorisent pas les petits formats. Au sein de cet accrochage déséquilibré, il n’est guère étonnant que les tableaux – plus imposants et mis en exergue – reprennent la première place dans l’ordre de préséance.

En convalescence, La ronde de nuit reste à l’abri  


Restauration. Parmi les 22 tableaux de Rembrandt que conserve le Rijksmuseum, un seul n’a pas rejoint les salles d’exposition temporaire pour la rétrospective « Tout Rembrandt ». Il s’agit du célébrissime et imposant Ronde de nuit, resté à sa place dans le parcours permanent, à l’extrémité de la grande galerie, où convergent tous les regards. À partir de juillet 2019, l’œuvre doit faire l’objet d’une importante restauration, la dernière remontant à 1975, date à laquelle la toile avait été lardée de coups de couteau par un visiteur haineux. Les experts ont en effet constaté l’apparition d’un voile blanc sur certaines parties du tableau, notamment au niveau du petit chien placé en bas à droite de la composition. Ce désordre, qui est aujourd’hui largement visible à l’œil nu, doit faire l’objet de nombreuses études avant que les reprises sur l’œuvre ne soient entamées. Pendant cette restauration, qui pourra être suivie en ligne, l’œuvre, placée dernière une vitre spéciale conçue par l’architecte Jean-Michel Wilmotte restera accessible au public du Rijksmuseum.

 

Margot Boutges

Tout Rembrandt,
jusqu’au 10 juin, Postbus 74888, Rijksmuseum, Amsterdam (Pays-Bas).

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°518 du 1 mars 2019, avec le titre suivant : Rembrandt, virtuose de la gravure

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