Dimanche 15 décembre 2019

Architecture

Les cultures de l’Islam ont leur lieu à Lyon

Par Gabriel Ehret · Le Journal des Arts

Le 11 décembre 2019 - 636 mots

LYON

Le bâtiment écrin de l’Institut français de civilisation musulmane réinterprète certains motifs décoratifs des terres d’Islam, au sein d’une architecture contemporaine.

L'IFCM de Lyon. © Photo Muriel Chaulet.
L'IFCM de Lyon.
© Photo Muriel Chaulet.

« Voilà plus de cinquante ans que nous rêvons d’un jour où Lyon, comme Paris ou Marseille, pourrait disposer d’une institution culturelle musulmane capable d’apporter à tous, quelles que soient les origines et les convictions religieuses, la connaissance des cultures de l’Islam. » Ainsi s’exprimait Kamel Kabtane, fondateur de l’Institut français de civilisation musulmane (IFCM), lequel vient d’ouvrir au public les portes de l’édifice qu’ont dessiné les architectes Dominique Gautier et Stéphane Conquet. Président de l’IFCM, Kamel Kabtane est aussi recteur de la grande mosquée de Lyon, sa voisine, les deux constructions donnant en balcon sur les arbres vénérables du parc Antonin-Perrin. Il tient donc à souhaiter publiquement que « l’IFCM, en tant qu’outil au service du vivre-ensemble, puisse inscrire dans la pierre et dans les actes la devise républicaine : liberté, égalité, fraternité ». Pour sa réalisation, qui a demandé 11,3 millions d’euros, État, Ville de Lyon et Métropole ont apporté trois millions à parts égales, à côté d’autres contributeurs comme la Ligue islamique mondiale, une organisation saoudienne. Deux millions de fonds ont été apportés par le canal de l’Association rituelle de la grande mosquée de Lyon.

Un bâtiment très moderne

Les équipes en lice lors du concours d’architecture, en 2015, avaient à imaginer un lieu où, dans une interaction entre patrimoine et actualité, se dérouleraient conférences, expositions, lectures, interventions artistiques, cours de langue et de calligraphie arabes. Ils disposaient pour cela, derrière la grande mosquée, d’un emplacement plus en recul par rapport au boulevard Pinel et son trafic. Lauréats, Gautier et Conquet ont fortement démarqué ce lieu de l’équipement cultuel inauguré en 1994 (Ballandras-Mirabaud architectes), qui en était resté à une vision passéiste de l’héritage architectural islamique, revivifié depuis par maintes nouvelles mosquées à travers le monde. Ils ont emprunté certains motifs à cet héritage ou aux calligraphies qui l’accompagnaient parfois, mais en ont fait des éléments parmi d’autres d’un tout qui est bien actuel. Quatre matériaux s’allient en façade : pierre, bois, métal, ainsi que le béton impeccablement réalisé constituant l’escalier en oriel monumental sur la façade nord. Pierre employée, le calcaire bourguignon de Massangis oscille chromatiquement entre soie grège et tabac ; il en résulte d’aléatoires effets de marqueterie. Ce matériau exprime la pérennité, sous forme de socles massifs et de portiques se superposant jusqu’à l’acrotère, ce qui met les espaces internes en retrait des rayons solaires. Les architectes n’en font pas mention, mais les portiques, par leur rythme et leurs enchaînements, peuvent évoquer ceux de la mosquée royale d’Ispahan, chef-d’œuvre du XVIIe siècle.

La filiation est, en revanche, revendiquée entre les entrelacs où brillaient menuisiers et stucateurs à Fès notamment, et les moucharabiehs de Lyon – d’acier découpé au laser et laqué brun rouge – que l’on a posés en façade pour ventiler l’intérieur, sauf auditorium et salle d’exposition. Cette dernière, s’extrayant en partie du volume principal, arbore des lames verticales, placées de biais pour laisser filtrer le soleil du matin, mais bloquer celui du soir avec les surchauffes qu’il peut causer. Également découpées au laser, ce sont de séduisantes relectures de calligraphies arabes, transposées dans un métal aux reflets mordorés, alliage de cuivre et aluminium. Leur préciosité se confronte à la rigoureuse orthogonalité des portiques de pierre. Ombres et reflets qu’elles propagent dans l’espace d’exposition se goûtent sans retenue.

L’atrium qui s’élève sur toute la hauteur du bâtiment produit une indéniable majesté avec son architecture contemporaine. Ici, la pierre de Massangis, ouvragée d’incisions, répond au béton des passerelles de communication, lesquelles se superposent jusqu’au sommet, sans toutefois s’aligner l’une sur l’autre. Contrepoint de légèreté, les échappées vers les espaces latéraux qu’offrent des percements dans les parois. Au niveau 3, la médiathèque peut à accueillir 7 000 documents, dont les ouvrages précieux devant être peu à peu collectés.

IFCM,
146 boulevard Pinel, 69008 Lyon. www.ifcm-lyon.org

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°534 du 29 novembre 2019, avec le titre suivant : Les cultures de l’islam ont leur lieu à Lyon

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