Mercredi 30 septembre 2020

Musée

Lyon réinvente son musée d’histoire

Par Sindbad Hammache · Le Journal des Arts

Le 9 janvier 2020 - 899 mots

LYON

Le Palais Gadagne qui abrite deux musées dont le Musée d’histoire de Lyon a entrepris de refondre progressivement la muséographie et le récit de celui-ci.

Vue de l'exposition Portraits de Lyon au Musée d’histoire de Lyon © MHL Gadagne.
Vue de l'exposition « Portraits de Lyon » au Musée d’histoire de Lyon
© MHL Gadagne

Adieu musée de collection, bienvenue au musée de ville. Voilà comment l’on pourrait résumer le chantier du Musée d’histoire de Lyon abrité dans l’hôtel de Gadagne. Si l’appellation de « musée d’histoire » est conservée, l’établissement se recentre désormais sur la ville de Lyon, son histoire, son architecture et son présent. Finies les trente salles organisées en un parcours classiquement chronologique de son exposition permanente. Le projet piloté par le directeur du musée, Xavier de la Selle, se construit autour de quatre thématiques, connectées mais indépendantes, qui se découvriront peu à peu au fil des travaux.

« On entre dans une phase hybride, explique Xavier de la Selle, les salles de l’ancien parcours seront toujours accessibles pendant qu’on ouvre les nouvelles. » Une configuration qui pourra en déconcerter certains, mais qui permet au musée de rester actif durant ces deux années de travaux. Le chantier concerne uniquement les dispositifs d’exposition, aucun gros œuvre sur l’hôtel particulier du XVIe siècle n’est prévu.

Attirer un large public

Cour du Musée Gadagne. © Photo S. Serrad / Musée d’histoire de Lyon (MHL) Gadagne
Cour du Musée Gadagne
© Photo S. Serrad / MHL Gadagne

Première étape du projet, le parcours « Portraits de Lyon », ouvert en décembre dernier. Avant-goût prometteur, ces trois salles mettent en scène six personnages fictifs qui racontent l’histoire de la ville. « Les musées sont trop facilement didactiques, déplore Xavier de la Selle, ils se présentent comme une leçon, un apprentissage. » Le musée mise au contraire sur une présentation moins savante pour toucher un public plus large. L’exhaustivité n’est plus le maître mot, et d’autres voies sont explorées pour que les visiteurs s’emparent de l’histoire de la ville. Ainsi, les portraits photographiques de six personnages lyonnais créés pour représenter les époques clés (voir encadré) constituent la porte d’entrée et le fil rouge des espaces d’exposition. En costume d’époque, chacune de ces figures porte un détail anachronique qui interpelle le visiteur – une manière de détourner le portrait, support incontournable de tout musée d’histoire. Une métaphore qui en dit long du projet de rénovation, une muséographie plus attrayante, qui sacrifie un peu à l’exactitude historique.

La collection s’adapte à la nouvelle muséographie

Il a fallu opérer une sélection drastique pour résumer les 2 000 ans d’histoire de la ville en six îlots d’exposition et un film d’animation, tout comme pour choisir les thématiques qui seront abordées dans la future exposition permanente. Les fleuves, le travail et le commerce, puis le pouvoir sont les trois axes retenus pour compléter « Portraits de Lyon ». La collection du musée, riche de 100 000 pièces, s’adaptera à ces thèmes : beaucoup d’œuvres vont donc retourner en réserve pour « se reposer », et seules seront retenues les plus pertinentes au regard des thèmes choisis. Le musée souscrit ainsi au principe de moins exposer pour mieux raconter, auquel de nombreux musées s’essayent désormais.

Pour autant, la collection s’enrichit d’une pièce maîtresse, qui lui faisait défaut jusqu’alors : une maquette interactive de la ville de Lyon de 9 m2, réalisée grâce aux relevés topographiques de la Métropole du Grand Lyon. Véritable matrice du parcours, cette ville en miniature s’anime grâce à des panneaux de commande, qui mettent en lumière des lieux d’intérêts de la ville à partir de scénarios de découverte proposés. Elle recourt à la technique du vidéo mapping pour relater la construction de Lyon de l’Antiquité au XXIe siècle. Un outil évolutif qui pourra être augmenté à chaque nouvelle ouverture d’un parcours. Cette acquisition, portée par les élus de la métropole, est significative de la direction prise par le projet : un musée dont le sujet est une ville, et plus seulement son histoire.
 

« Portraits de Lyon » : la ville vue par ses habitants  

Muséographie. Le parcours de l’espace « Portraits de Lyon » s’ouvre sur une large photographie rappelant les portraits de groupes hollandais ; six personnages sont réunis autour d’une table recouverte d’objets typiquement lyonnais, tarte aux pralines, saucisson, une tasse aux couleurs de l’Olympique lyonnais. Ces six Lyonnais, témoins imaginaires, racontent chacun une partie de l’histoire lyonnaise et servent de guides : Saïd, ouvrier immigré des chantiers de la Part-Dieu dans les années 1970, Jeanne, cheffe d’un atelier des soyeux du XIXe siècle, ou Johan, l’un des constructeurs de la cathédrale de Lyon… Le travail des équipes des Musées Gadagne, de l’atelier « Scénorama », et du studio de photographie « Un jour dans le temps », a abouti à un parcours rythmé grâce à un principe d’îlots. En deux salles, on retrouve six petits « cabinets de curiosités », chacun composés de la même manière : un grand portrait photographique qui présente le personnage et l’époque qui le concerne, un petit haut-parleur pour l’entendre narrer son histoire, une carte pour visualiser les évolutions de la ville, puis un texte explicatif doublé d’infographies à feuilleter pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet.Comme on est dans un musée d’histoire, chaque îlot présente des objets en vitrine qui ont été mûrement choisis pour toucher le public. Dans chaque module, une chaussure et des paires de clés sont présentées, des objets usuels, familiers au visiteur. Ce ne sont pas les pièces les plus remarquables de la collection du musée, mais ainsi agencés, les objets quotidiens s’inscrivent dans la narration incarnée par des personnages. Dans une dernière salle, on retrouve ces deux artefacts dans leur version actuelle : une paire de baskets Stan Smith et un digicode. L’histoire ici n’est pas figée, et sa suite ne demande qu’à être racontée.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°536 du 3 janvier 2020, avec le titre suivant : Lyon réinvente son musée d’histoire

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