Mercredi 18 septembre 2019

Insolite

En Corée, la restauration d’une installation de Nam June Paik est un casse-tête

Par Antonin Gratien · lejournaldesarts.fr

Le 12 septembre 2019 - 554 mots

GWACHEON / COREE DU SUD

Un musée va restaurer une installation de l’artiste coréen avec à des écrans d’époque malgré le risque d’obsolescence.

Nam June Paik , « The more the better »  (1988) , Séoul - Copyright photo Pierre-Yves HK
Nam June Paik , « The more the better » (1988) , Séoul
© Pierre-Yves HK

Faut-il remplacer les écrans défectueux composant The More The Better (1988) avec des modèles récents et durables, ou ceux identiques aux originaux mais moins fiables ? Le Musée national d’art contemporain de Corée du sud (MMCA) a tranché. Mercredi 11 septembre, l’établissement basé à Gwaechon, près de Séoul, a annoncé que l’installation numérique réalisée par Nam June Paik (1932-2006) serait restaurée d’ici 2022 avec des modèles d’époque. Le musée justifie son choix par un souci de « fidélité », mais reconnaît que cette solution n’est pas optimum.

Haute de 18,5 mètres, The More The Better est la plus grande œuvre du pionnier de l’art numérique, Nam June Paik (1932-2006). Cette tour circulaire placée dans le hall d’entrée du MMCA est constituée de 1 003 écrans à tube cathodique (CRT) empilés sur 5 étages. Problème : alors que ces modèles ont une faible durée de vie, les moniteurs étaient continuellement allumés durant les jours d’ouverture.

En 2003, soit 15 ans seulement après la création de l’œuvre, le MMCA avait déjà dû en réparer des centaines. Au total, entre 2010 et -2015, le musée a dû intervenir sur 850 postes pour les refaire fonctionner ou les remplacer. À la suite d’un court-circuit survenu en 2018 dans l’installation, la Korea Electrical Satefy Corp a alerté le musée sur des risques d’incendie et l’œuvre a été débranchée. 

Comme à l’accoutumée dans la restauration d’art numérique, il a fallu choisir, pour remettre l’installation en marche, entre l’utilisation de pièces récentes « trahissant » l’œuvre d’origine, ou le recours à des modèles d’époque, souvent peu fonctionnels et difficilement trouvables sur le marché.

Avant de se décider, le MMCA a consulté 40 experts dont des électriciens, des artistes, des commissaires ainsi que des musées ayant déjà restauré des installations de Nam June Paik, à l’exemple du Whitney Museum of American Art avec Fin de siècle II (1989).

C’est finalement le respect des pièces initiales qui a été favorisé. « Les écrans CRT reflètent l’époque où Nam Paik June vivait […] ; dans 100 ans, il faudra pouvoir regarder l’œuvre et s’imaginer avec exactitude le contexte dans lequel elle a été créée. C’est le devoir d’un musée de préserver cette mémoire », a expliqué Park Mi-hwa, l’une des chercheuses chargées de la restauration.

La tâche s’annonce toutefois ardue. La production d’écrans CRT a cessé en Corée. Le musée a bien trouvé d’autres fournisseurs à l’étranger, en France et aux Etats-Unis notamment, mais il est probable que le format des postes ne soit pas identique à celui utilisé par Nam Paik June. Le cas échéant, le MMCA devra s’approvisionner auprès de vendeurs d’occasion, et donc utiliser des appareils à longévité réduite. 

Le musée s’est dit prêt à utiliser des composants récents en ultime recours. « Nam June Paik était ouvert à l’adoption de nouvelles technologies pour ses œuvres » a rappelé un représentant du MMCA, selon l’agence de presse coréenne Yonhap, avant d’ajouter : « Il était favorable à cette méthode si les produits utilisés de son vivant n’étaient plus fabriqués. »

La restauration débutera en mars 2020, et le MCCA espère qu’elle fera fonctionner l’installation pendant au moins 10 ans. Durant cette période, le musée a indiqué qu’il chercherait une solution de long terme pour sauvegarder l’œuvre. 
 

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