Musée

Nam June Paik, maître de l’art vidéo

L'ŒIL

Le 1 novembre 2002

Il ne serait pas exagéré de déclarer que l’artiste coréen Nam June Paik fait désormais figure de légende vivante dans la courte histoire de l’art vidéo. Acteur très actif du mouvement Fluxus avec entre autres John Cage et Joseph Beuys, Paik est en effet présent par ses actions et ses « télévisions sculptures » sur la scène artistique internationale depuis plus de quarante ans. Mais loin de vouloir brasser l’ensemble de sa production, l’exposition personnelle que lui consacre aujourd’hui le Palazzo Cavour à Turin s’efforce plutôt de montrer un pan particulier de ses expérimentations, à savoir les travaux qu’il a menés de concert, trente ans durant, avec la violoncelliste Charlotte Moorman. Certains ont d’ailleurs peut-être été attentifs à l’affiche de l’exposition « Electric Body » qui se tient actuellement à la Cité de la Musique à Paris et aperçu la musicienne jouant d’un instrument, mi-violoncelle, mi-écrans de télé, lors d’une performance. C’est donc précisément des projets ramifiés autour de cette image dont il est question à Turin. Tout juste diplômée d’un cursus musical classique, Moorman s’apprête à embrasser une carrière de violoncelliste soliste à l’American Symphony Orchestra lorsqu’elle fait la connaissance de Paik dans le courant les années 60. Dès lors, la jeune femme va devenir, au côté de lui, l’une des icônes les plus fascinantes de la scène expérimentale new-yorkaise des années 60-70. Tous deux vont ainsi revisiter l’exercice et l’univers du violoncelle, dont la forme ressemble de près à celui d’un corps humain et se livrer à toutes sortes de performances, concerts, films mais aussi travaux plus plastiques de sculptures et dessins. Après une approche intéressante, à base d’images d’archives et d’œuvres, de ces projets conceptuels, la seconde partie de l’accrochage peut laisser le spectateur sur sa faim tant il le ramène un peu trop vite vers la réalité marchande de l’œuvre de Paik. Sans chercher à remettre en question la démarche de l’artiste, on peut néanmoins s’interroger sur la pertinence de son travail lorsqu’il essaie de le faire rentrer dans le moule de la pièce de marché, perdant inévitablement de sa charge critique à l’égard de la société.

Cet article a été publié dans L'ŒIL n°541 du 1 novembre 2002, avec le titre suivant : Nam June Paik, maître de l’art vidéo

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