Samedi 28 novembre 2020

Art contemporain

Un idéal, des vidéos

Par Henri-François Debailleux · Le Journal des Arts

Le 26 avril 2018 - 758 mots

PARIS

Pour inaugurer sa nouvelle adresse, la galerie W réunit les œuvres de douze artistes autour du précurseur de l’art vidéo, l’artiste coréen Nam June Paik et de son robot « Sister ».

Paris. De la même manière que Nam June Paik accueille le visiteur de l’exposition « Artistes & robots » au Grand Palais avec son œuvre Olympe de Gouges (de 1989), c’est également lui qui ouvre le parcours à la galerie W, avec cette fois Sister (de 1988). Et cela de façon évidente : dès lors qu’il est question de robots ou de vidéo, l’artiste sud-coréen (né à Séoul en 1932, installé à New York dès 1964 et décédé à Miami en 2006) est incontournable, car pionnier de la discipline. Et c’est bien la vidéo qui est à la fois le point de départ et la colonne vertébrale de cette exposition intitulée « V.I.E. V.ideo I.mage E.volution », montée en collaboration avec Albert Benamou et qui inaugure de façon conséquente la galerie d’Éric Landau depuis qu’il s’est installé en septembre dernier à l’ancienne adresse d’Yvon Lambert, après avoir quitté la rue Lepic.

Exposée dès l’entrée, l’œuvre de Paik se veut être le tronc d’une arborescence que la scénographe, Charlotte Fontaine, a figurée au sol avec un ruban adhésif turquoise, sans doute un peu trop présent, pour relier entre elles toutes les œuvres des « douze artistes plus un », comme le précise Éric Landau. Car à côté de Sister, est accrochée une affiche lacérée, Passion en bleu, blanc, rouge (1968) de Raymond Hains pour rappeler la complicité entre les deux artistes et la formule du second qui disait : « Il n’y a pas de hasard, que des coïncidences louches. » Ce qui se vérifie sur les murs, puisqu’à côté, on retrouve les trois couleurs dans les discrètes larmes que Paik a peintes sur les masques africains collés sur une autre œuvre célèbre présentée ici, Casablanca, où l’on peut découvrir sur deux écrans des images du film éponyme de Michael Curtiz (avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman). Voilà pour l’histoire.

 

 

De Bill Viola à Fabien Chalon

Le parcours démarre sur les chapeaux de roue. D’autant qu’est posée au sol, dans la même première salle, Materia prima (1989), de Fabrizio Plessi, un téléviseur entouré de plaques de travertin brisées et qu’est projetée, juste après, l’édition n° 2 (sur un total de cinq) de la vidéo aujourd’hui difficilement trouvable de Bill Viola The Tempest, étude pour the Raft (2005) soit sa version du Radeau de La Méduse de Géricault. Le parcours se rajeunit par la suite avec notamment une œuvre de Fabien Chalon dans laquelle on peut lire en lettres de néons bleus « Lis tes ratures » surmontant des pages froissées de L’Éducation sentimentale (de Flaubert) ; ou la vidéo d’Agnès Guillaume, revisitant, entre conte et scène théâtrale (la présence d’un rideau rouge de chaque côté, à l’intérieur des deux écrans verticaux en témoigne), le mythe de la Génèse avec un Adam et Ève marchant de dos sur un chemin de Toscane, lui en pantalon bleu et chemise jaune, elle en rose, comme des taches de couleurs vives dans un paysage ocre jauni par le soleil. Adam et Ève voisinent avec d’autres visages, ceux des œuvres interactives de Catherine Ikam et Louis Fléri. Dans l’escalier David Bersanetti, habitué des objets quotidiens, projette ici poétiquement l’image d’un oiseau sur un ventilateur. Donc il vole dans le vent. Au sous-sol, on découvre d’autres œuvres de Fabien Chalon : d’étonnantes machines – comme s’il s’agissait de constructions complexes en Meccano – dans lesquelles une boule roule, tombe, glisse, fait tout un périple savamment orchestré et filmé par de petites caméras.

On retrouve aussi cinq mises en scène burlesques et magiques de Pierrick Sorin : notamment Chorégraphie au savon, spécialement recrée pour l’exposition, où il danse et glisse sur un savon ; ou ses trois « Théâtres », dont Hommage à Tati, où c’est sur un mange-disques qu’il danse cette fois, Les visualisateurs de rêves et Le Magicien… Dans un tout autre registre, Eduardo Gil a fixé sa caméra sur un danseur de hip-hop dans le métro et la Kazakhe Almagul Menlibayeva évoque aussi bien la situation contemporaine de l’Asie centrale que la culture ancestrale des steppes de Mongolie, habitées du dieu du ciel Tengri et de rituels chamaniques. La boucle est bouclée, puisque le parcours de la galerie, repensé en circuit, ramène au rez-de-chaussée pour retrouver cet autre chaman qu’est Nam June Paik et nous rappeler les multiples visages de la vidéo.

 

 

 

 

V.I.E. V.IDEO I.MAGE E.VOLUTION,

 

 

jusqu’au 8 mai, Galerie W, 5, rue du Grenier-Saint-Lazare, 75003 Paris.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°500 du 27 avril 2018, avec le titre suivant : Un idéal, des vidéos

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