Jeudi 12 décembre 2019

Photographie

Droits d’auteur : Arles ouvre timidement son porte-monnaie

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 18 mars 2019 - 1010 mots

PARIS

Sous la pression des photographes, les Rencontres d’Arles ont doublé la somme allouée aux exposants. Un geste encore insuffisant au regard de son budget et des pratiques des autres festivals.

Affiche pour Les Rencontres de la Photographie d'Arles 2018
Affiche pour Les Rencontres de la Photographie d'Arles 2018

Paris. Les Rencontres de la photographie d’Arles ont présenté le 13 mars au ministère de la Culture la programmation de leur cinquantième anniversaire. L’ambiance était à la fête. Le festival a le vent en poupe. L’édition 2018 s’est clôturée en septembre sur un nouveau record de fréquentation, avec 140 000 visiteurs, soit une augmentation de 12 % par rapport à 2017.

Une ombre au tableau cependant.Les Rencontres, qui jusqu’à l’an dernier ne versaient aucune rémunération aux photographes exposés, ont été récemment interpellées sur le sujet. La pétition « Paye ta photo » lancée en 2018 durant la semaine d’ouverture du festival par des collectifs de photographes et des auteurs indépendants avait ainsi rappelé que, « si la photographie ne s’est jamais aussi bien portée en France, la situation des photographes n’avait jamais été aussi critique ». Dans leur message adressé à Françoise Nyssen, alors ministre de la Culture, ces derniers constataient « le nombre croissant de lieux ou d’événements photo qui ne prévoient aucuns droits d’auteurs pour les photographes alors que tous les autres postes sont rémunérés, du menuisier qui construit les cimaises au directeur du festival ».« Cet état de fait est d’autant plus inacceptable que nombre de ces événements reçoivent des subventions publiques », relevaient-ils en demandant qu’« un pourcentage non négligeable des subventions versées soit obligatoirement alloué aux droits d’auteurs des photographes invités à y participer ».

Comment un festival doté d’un budget de 7,2 millions d’euros en 2018, financé pour plus d’un tiers par les subventions publiques, à l’accès payant (42 € pour un billet plein tarif), pouvait-il continuer à ne pas payer les photographes alors que que d’autres festivals photo au budget bien plus modeste et à l’entrée libre rémunèrent les auteurs invités ?

De leur côté, dès leur création il y a vingt-cinq ans, les Rencontres de la jeune photographie internationale à Niort (Deux-Sèvres) ont ouvert une ligne budgétaire « droits d’auteur » pour chaque exposition, variable selon qu’il s’agit d’une création ou d’une exposition déjà produite, d’une commande ou d’une résidence. Dès sa première édition en 2009, ImageSingulières à Sète (Hérault) a alloué un montant forfaitaire identique pour tous : 1 500 euros par photographe, soit au total 15 % des 250 000 euros de budget. Il en va de même pour L’œil urbain à Corbeil-Essonnes (800 €) ou pour les Photaumnales à Beauvais (Oise) et Usimages (Picardie) organisés par Diaphane (500 €, soit 8,82 % du budget de 170 000 €). Les derniers-nés comme Portrait(s) à Vichy ou plus récemment le Festival du regard à Cergy-Pontoise n’ont pas dérogé au paiement de droits d’auteur, avec des niveaux de rémunérations différents selon que l’exposition est fournie clefs en main ou non.

Les Rencontres s’expliquent

Les 500 euros versés pour la première fois l’an dernier par les Rencontres d’Arles pour les monographies produites par le festival, une somme passée à 1 000 euros en 2019, apparaissent donc encore de peu de poids dans le budget global des 36 expositions au programme officiel de l’édition 2018. « La part de la rémunération des photographes représente entre 5 % et 10 % du budget de production d’une exposition », précise Aurélie de Lanlay, administratrice générale des Rencontres. « Il convient de rappeler, poursuit-elle, que lorsque nous produisons une exposition dont les tirages n’existent pas, le photographe a carte blanche pour le choix et le nombre de tirages, la technique de production et l’encadrement de ses photographies, et l’ensemble de l’exposition lui est cédé à la fin du festival, ce qui représente un budget de 10 000 à 15 000 euros en moyenne ». C’est vrai, mais cette forme de rétribution en nature n’a en elle-même rien d’exceptionnel, de même que le défraiement des photographes lors de l’ouverture de la manifestation. Les autres festivals mentionnés pratiquent aussi cette cession des tirages, certes dans des limites, sur le plan des coûts de production, souvent inférieures à ceux des Rencontres.

3 millions d’euros en frais de personnels

Le festival conditionne le passage de la rémunération de 1000 à 1 500 euros en 2020 au montant de son budget, encore hypothétique à ce jour. Les Rencontres d’Arles sont devenues une grosse machine sans équivalent en France ni ailleurs dans le monde. Ses dépenses sont élevées, que ce soit au niveau de la production, des encadrements, de la communication ou de la scénographie des différents espaces. À eux seuls, les frais de personnels sont supérieurs à 3 millions d’euros. « De quinze permanents en hiver, le nombre d’employés lors du festival monte à 350 personnes sous contrat, dont 230 agents d’accueil, de sécurité et de billetterie embauchés pendant sept mois, formés et, d’une année sur l’autre, renouvelés quasiment entièrement. L’embauche a augmenté avec le nombre de lieux d’exposition et avec les contraintes de gardiennage de ces espaces », précisait en 2016 Sam Stourdzé, le directeur des Rencontres, au Journal des Arts. La disparition des contrats aidés cette année pèsera à cet égard sur cette partie du budget. Une réduction du nombre d’expositions peut-elle être une solution pour indemniser ceux qui sont sa raison d’être ?

Visa pour l’Image plaide l’indulgence  

 

Budget. « Ce n’est pas du tout de la mauvaise volonté de ma part. Je ne peux absolument pas payer des droits d’auteur et en même temps financer la production des expositions, les coûts de transport et de séjour d’une semaine des photographes invités. Le budget voyage à lui seul revient à 80 000 euros », explique Jean-François Léry, directeur fondateur du Festival international de photojournalisme à Perpignan. Il est vrai que, comme tous les petits festivals de photo, Visa pour l’image dispose d’un budget modeste (1,3 M€ en 2018), alimenté principalement par des subventions publiques. Les entrées sont en effet gratuites et le mécénat de plus en plus aléatoire. Mais grâce à une aide de 21 000 euros du ministère de la Culture, le festival a pu l’an dernier, pour la première fois de son histoire, verser une contribution – certes modeste – de 1 000 euros par exposition monographique.

 

Christine Coste

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°519 du 15 mars 2019, avec le titre suivant : Droits d’auteur : Arles ouvre timidement son porte-monnaie

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