Mercredi 22 septembre 2021

Disparition

Christo s’en est allé

Par Anne-Cécile Sanchez · Le Journal des Arts

Le 3 juin 2020 - 551 mots

Avec son épouse Jeanne-Claude, il métamorphosa plusieurs sites et monuments dans le monde. Il s’est éteint, à quelques semaines de l’inauguration de son exposition au Centre Pompidou et sans avoir vu l’Arc de triomphe empaqueté.

Christo dans son atelier devant un dessin préparatoire pour le Mastaba - Photo: Wolfgang Volz / © Christo 2012
Christo dans son atelier devant un dessin préparatoire pour le Mastaba
Photo Wolfgang Volz, 2012
© Christo

New York. Décédé le 31 mai à l’âge de 84 ans à New York, Christo (Christo Vladimirov Javacheff) aura consacré sa vie à bâtir une œuvre monumentale et éphémère. Cet artiste d’origine bulgare fut singulier à plus d’un titre. Marié à Jeanne-Claude (Jeanne-Claude Marie Denat de Guillebon), née comme lui le 13 juin 1935, et disparue en 2009, il partagea tout au long de son existence ses visions et ses projets avec elle, constituant un couple artistique fusionnel hors du commun.

Leur premier fait d’armes, en réaction à la construction du Mur de Berlin, consiste à obstruer une rue parisienne avec un mur provisoire constitué de tonneaux métalliques empilés – Le Rideau de fer, rue Visconti, Paris, 1961-1962. La portée politique de ce geste tient aussi à la façon dont ce travail s’affranchit très vite des galeries et des institutions, investissant aussi bien l’environnement urbain – de Berlin, pour L’Emballage du Reichstag (1995), à New York avec The Gates, (2004-2005) – que les paysages naturels, depuis les îles de la baie de Biscayne, à Miami, où se déploient Surrounded Islands (« Les îles entourées », 1980-1983) jusqu’au lac d’Iseo en Italie avec The Floating Piers (« Les jetées flottantes », 2016).

Après son installation à New York en 1964, le couple revient à Paris pour emballer le Pont-Neuf en 1985, selon un protocole devenu emblématique de la démarche : par la durée des préparatifs et des négociations préalables, étalés sur dix ans ; par son modèle économique – Christo finança chacun de ses projets dans l’espace public sans jamais demander un centime à l’État ; par sa complexité technique ; enfin par son caractère inouï, associant l’empaquetage d’objets à une approche sculpturale de l’espace.

Toile de polyamide, vinyle, polypropylène recouvert d’aluminium, nylon drapé, froissé, plié, argenté, orangé, rose fuchsia… : tout en concevant des projets à une échelle gigantesque, Christo n’a cessé d’expérimenter les effets de surface et de matière, comparant par ailleurs son usage du tissu à celui des peuples nomades, montant et démontant leurs tentes. Lui qui avait fui la Bulgarie communiste gardait sans doute l’âme d’un réfugié.

Cet homme de détermination « n’était jamais découragé », se souvient Bernar Venet qui entretint avec lui une longue amitié, nourrie de nombreux plats de pâtes partagés à la fin des années 1960, lorsque Christo recevait chez lui, dans un petit immeuble étroit de Soho dont il occupa les quatre niveaux jusqu’à la fin de ses jours. Plus tard, Christo et Jeanne-Claude tinrent table ouverte dans un restaurant de Broadway où ils avaient leurs habitudes. Ces travailleurs acharnés étaient alors à la tête d’un studio devenu une véritable entreprise.

L’exposition « Christo et Jeanne-Claude, Paris ! », qui ouvrira le 1er juillet au Centre Pompidou, est centrée sur la période parisienne du duo (1858-1975) et l’histoire du projet The Pont-Neuf Wrapped (« Le Pont-Neuf empaqueté »), Paris, 1975-1985. Elle annonce également le projet L’Arc de triomphe empaqueté(Projet pour Paris, place de l’Étoile - Charles-de-Gaulle) reporté à l’automne 2021. Près de soixante ans après que Christo eut caressé l’idée de sa réalisation, cette œuvre temporaire lui survivra, avant de disparaître pour ne laisser qu’un souvenir, extraordinaire.
 

Christo, L'Arc de Triomphe empaqueté, 2019, 38 x 165 cm et 106.6 x 165 cm. © André Grossmann
Christo, L'Arc de Triomphe empaqueté, 2019, 38 x 165 cm et 106.6 x 165 cm.
© André Grossmann

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°547 du 5 juin 2020, avec le titre suivant : Christo s’en est allé

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