Mercredi 12 décembre 2018

Cisjordanie - 2014

Un premier musée palestinien à Ramallah

Un musée dédié à l’histoire, la culture, et la société palestiniennes ouvrira l’an prochain près de Ramallah. Il veut être un lien pour la diaspora

Le Journal des Arts

Le 26 mars 2013 - 764 mots

Dans un écrin conçu par le cabinet d’architectes Heneghan Peng, un musée palestinien doit ouvrir ses portes à l’automne 2014 près de Ramallah, en Cisjordanie. Créé à l’initiative d’une organisation humanitaire et culturelle, The Palestinian Museum, dont la collection se constituera au fil des projets, veut être un « lien » entre les membres de la diaspora.

Ramallah - C’est Antonia Carver, la directrice d’Art Dubaï, qui a convaincu Jack Persekian de venir présenter son futur musée palestinien aux collectionneurs, conservateurs, galeristes, artistes, et donateurs potentiels, venus participer à la foire la plus dynamique du Moyen-Orient (lire p. 27). « C’est la première fois que nous donnons une conférence sur ce musée et nous avons choisi symboliquement de faire cette annonce ici, dans le Golfe », souligne le directeur et curateur du « Palestinian Museum » recruté il y a dix-huit mois. Initialement épaulé d’une seule responsable des relations publiques, il bénéficie désormais d’une équipe de préfiguration d’une dizaine de personnes pour relever ce défi pas banal.

Cette nouvelle institution, qui ouvrira ses portes à l’automne 2014, à Ramallah (Cisjordanie) traitera en effet de l’histoire, de la culture, et de la société palestiniennes, principalement sur une période allant du XIXe siècle à nos jours. « Il s’agit de fédérer, mettre en réseau, reconnecter, les Palestiniens restés au pays avec la diaspora internationale », poursuit Jack Persekian. Pas moins de 750 000 arabes palestiniens ont en effet été expulsés en 1948 des territoires contrôlés par Israël. Depuis, ils sont des millions en exil, en Jordanie, au Liban, en Syrie, dans le Golfe, aux États-Unis, et ailleurs dans le monde. « Nous voulons toucher les Palestiniens où qu’ils soient, car cette diaspora compte sa troisième génération et il faut reconstituer le lien entre l’histoire et la situation actuelle », commente le directeur.

The Palestinian Museum sera donc à la fois physique et virtuel sur Internet. « C’est indispensable car la Palestine est un territoire difficile d’accès ; y entrer comme en sortir, est compliqué », insiste-t-il, en avançant prudemment le chiffre de 6 000 visiteurs par an au début (même s’il est probable que le musée pourra intéresser les touristes venus découvrir Bethléem, distante d’une trentaine de kilomètres). Ainsi le bâtiment de 11 millions de dollars, dont les travaux vont débuter à Birzeit, ville universitaire située à 14 kilomètres de Ramallah, en Cisjordanie, ne sera que l’un des maillons de cette institution culturelle atypique à bien des égards. Cette dernière compte travailler en réseau avec de nombreux centres d’art et musées dans le monde.

Une collection en devenir
Créé à l’initiative de la Welfare Association – une organisation caritative qui apporte son assistance économique et humanitaire aux Palestiniens depuis 1983 –, le musée est totalement privé, financé par divers donateurs. Il ne possède pas à ce jour de collection. Celle-ci sera constituée au fil des projets, en fonction des programmes de recherche, des archives, documents, œuvres, acquis ou donnés par la diaspora, des échanges établis avec d’autres établissements muséaux. Les arts plastiques y auront toute leur place, puisque Jack Persekian, par ailleurs fondateur de la galerie Anadiel à Jérusalem – la première galerie indépendante en Palestine – est aussi à la tête depuis 1998 de The Al-Ma’mal Foundation for Contemporary Art à Jérusalem, qui abrite notamment des résidences d’artistes. « Nous avons volontairement planifié la construction du musée en deux phases, avec l’inauguration de 3 000 mètres carrés l’an prochain, puis de 6 000 mètres carrés supplémentaires environ cinq ans plus tard, pour se laisser le temps de monter en puissance », explique ce commissaire et producteur d’expositions réputé.

La première phase comportera un espace d’exposition, des salles de cours et de conférences (le musée est situé sur un campus de 40 000 mètres carrés, adjacent à l’université de Birzeit), un amphithéâtre, une cafétéria, une boutique, et des lieux de stockage. La seconde inclura de nouveaux espaces d’expositions temporaires et permanentes, un auditorium, une bibliothèque, et des salles de cours. Le cabinet d’architectes, la firme irlandaise Heneghan Peng, aux références prestigieuses (Grand Egyptian Museum, Pavillon irlandais à la Biennale de Venise d’architecture en 2012, Neues Bauhaus Museum Weimar…) a rendu sa copie : un édifice de pierres et de verre entouré de jardins en terrasses dédiés aux plantes locales. Si le projet était depuis 1997 dans les tuyaux et a nécessité un certain temps de gestation, The Palestinian Museum semble aujourd’hui sur de bons rails. « Je suis venu à Art Dubaï pour donner ces assurances et tenir ces engagements devant la presse internationale », martèle Jack Persekian, visiblement très courtisé lors de la soirée de présentation.

Légende photo

Le projet du futur musée palestinien, en Cisjordanie. © Palmuseum

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°388 du 29 mars 2013, avec le titre suivant : Un premier musée palestinien à Ramallah

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