Jeudi 13 décembre 2018

La participation française

Un César de 520 tonnes

Tandis que César investit le pavillon français, hommage lui est rendu, de Naples à Turin

Par Le Journal des Arts · Le Journal des Arts

Le 1 juin 1995 - 713 mots

César présentera dans le pavillon français la plus grande compression qu’il ait jamais réalisée. Anticipant cet événement, six jeunes sculpteurs lui rendront hommage dans les Instituts culturels français, de Naples, Rome, Florence et Turin. Une \"Histoire de l’infamie\" présentera un panorama de la création française au Circolo Recreativo.

Longtemps, le pavillon français des Giardini a présenté des expositions collectives, cherchant par là à assumer une mission d’information qui, pour de multiples raisons, n’avait plus lieu d’être au début des années quatre-vingt. Une stratégie de représentation et de promotion y a donc été substituée en 1982, sur l’exemple de la plupart des autres pavillons nationaux, quand Dominique Bozo proposa Simon Hantaï et Toni Grand. Après Jean Dubuffet, Daniel Buren, Claude Viallat et Jean-Pierre Raynaud, c’est au tour de César d’occuper le pavillon français.

Un geste radical
Sculpteur "classique" jusque-là, César eut en 1960 un geste radical qui allait dès lors être étroitement associé à sa signature : tirant parti des gigantesques presses des ferrailleurs, il réalisa ses premières Compressions. Ce discours immédiat des métamorphoses toujours recommencées de la matière, qu’il développa en parallèle aux Expansions, lui valut une spectaculaire célébrité que son association aux Nouveaux Réalistes ne pouvait que conforter. Depuis, César a décliné ses Compressions sans se lasser, n’hésitant pas à les réduire à la taille de statuettes pour les cérémonies répétitives du cinéma, dites cérémonies des Césars.

La Biennale de Venise lui donne l’occasion de renouer enfin avec la grandeur de son intuition : il recréera dans les Giardini un immense mur de tôles froissées et comprimées, qui atteindra des dimensions extrêmes, intitulé 520 tonnes. Le catalogue comprendra des textes de Philippe Sollers et de Catherine Millet, directrice de la rédaction d’Art Press et commissaire de cette exposition.

Coordonnée par la rédaction d’Art Press, la présence française à la Biennale est appuyée par six expositions de jeunes artistes dans les Instituts culturels français aux mois de juin et juillet, regroupées sous le titre "L’Image dans la sculpture". Hélène Agofroy à Turin, Richard Baquié (en mai) et Alain Séchas (en juin) à la Galerie française de la piazza Navona à Rome, Richard Fauguet à Florence, Gilles Touyard à Naples et Xavier Veilhan à la galerie Autori Messa de Rome, sont présentés sous une même enseigne, "Autour de César", qu’ils ne revendiquent pas nécessairement. Mais il n’était pas inutile, pour donner tout son relief à cette entreprise, de prendre quelques libertés avec l’histoire.

L’infamie
Depuis 1984, l’Association française d’action artistique (AFAA) produit dans Venise une autre exposition officielle, complémentaire de celle des Giardini, et qui vise généralement à donner un aperçu de la jeune création. Intitulée "Histoire de l’infamie", celle-ci présentera au Circolo Recreativo (Arsenal) Gilles Barbier, Michel Blazy, Jean-Baptiste Bruant, Fabrice Hybert, Saverio Lucariello, Joachim Mogarra, Philippe Parreno, de nouveau Alain Séchas et Gilles Touyard, Olivier Zabat et, enfin, Gérard Gasiorovski en père putatif.

Ces artistes, écrit notamment le commissaire Jean-Yves Jouannais, "rendent compte du basculement de l’héroïsme dans l’infamie" et "abattant le masque des apollinismes de convention, expérimentent la violence de l’immaturité comme l’excellence de l’idiotie". Tout un programme, dont on ne doute pas qu’il sera strictement observé. Il sera, en outre, augmenté d’autres œuvres, au Musée du château de la Louvière à Montluçon, du 7 juillet au 31 octobre.

L’exposition "On Board", produite par l’AFAA et le ministère des Affaires étrangères autrichien, est plus atypique puisqu’elle se tiendra sur un bateau amarré à proximité de l’Arsenal et présentera une vingtaine d’artistes de toutes nationalités. Organisée par Jérôme Sans et Karin Schorm, elle ambitionne de "créer un espace d’exposition convivial où l’art et la vie ne font qu’un".

- "César", Pavillon français : Giardini di Castello.
- "Histoire de l’Infamie" : Cercle de l’Arsenal, Circolo recreativo, Campo de la Tana 2169/B Castello, 30122 Venise ; ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 11h à 19h.
- "L’image dans la sculpture" : six expositions individuelles d’artistes français en Italie, renseignements au Casino Venier, San Marco 4939, 30124 Venise ; ouvert de 15h à 19h30, tél. : 39 41 522 70 79.
- "On Board", deux voiliers en bois, l’un ancré dans la baie de San Marco et l’autre à quai près de l’entrée des Giardini.
Expositions produites par l’AFAA : 244, bd St-Germain, 75327 Paris Cedex 07 ; tél. : 43 17 83 00.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°15 du 1 juin 1995, avec le titre suivant : Un César de 520 tonnes

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