Mercredi 19 décembre 2018

La réponse des centres d’art

"Aperto 95" s’éclate en Europe et aux États-Unis

Quand le danger fait naître l’esprit de corps…

Le Journal des Arts

Le 1 juin 1995 - 674 mots

Pour manifester leur désapprobation de voir la Biennale de Venise renoncer à \"Aperto\", une trentaine de centres d’art européens et nord-américains ont décidé d’apposer ce label à leurs expositions d’été. Une \"coordination\" qui ne rassemble qu’une minorité des lieux consacrés à l’art contemporain mais qui, pour la première fois, témoigne d’une volonté commune de réagir.

VILLEURBANNE (de notre correspondant) - La suppression cette année d’"Aperto", la section de la Biennale de Venise la plus ouverte à la création contemporaine, est apparue aux yeux des professionnels comme une nouvelle preuve de la frilosité du soutien institutionnel aux artistes en émergence. Pour certains, elle est même la démonstration des orientations conservatrices données par Jean Clair, directeur des Arts visuels de la Biennale.

"J’ai été offusqué que la première décision du commissaire, un Français de surcroît, consiste à supprimer "Aperto". C’est tout simplement scandaleux", tonne Alain Julien-Laferrière, directeur du CCC de Tours.

Joignant l’acte à la parole, il a pris l’initiative de lancer "Aperto 95" avec Jean-Louis Maubant, du Nouveau Musée de Villeurbanne, en proposant à ses confrères directeurs de centres d’art ou de musées d’art contemporain de placer leurs expositions d’été sous ce sigle. Au terme d’une consultation express, vingt-huit lieux participent à un "Aperto éclaté" en Europe, et jusqu’aux États-Unis. Pour la France, sept centres d’art sur trente et un, trois Frac sur vingt-trois, et deux musées se sont associés à l’opération.

Présenté comme une "manifestation symbolique" par Ami Barak, directeur du Frac Languedoc-Roussillon, et comme un "mouvement de solidarité et de résistance pour affirmer que l’art contemporain est bien vivant" par Madeleine Van Doren, directrice du Credac d’Ivry, "Aperto 95" ne sera qu’une juxtaposition, sous un label commun, des expositions programmées par les institutions qui y participent. "Le temps a manqué pour établir une programmation commune", se justifie Pascal Picque au Nouveau Musée.

Toutefois, l’esprit d’Aperto sera respecté puisqu’on y trouvera une multitude d’artistes, jeunes le plus souvent et en tout cas peu connus, choisis par plusieurs commissaires, sans souci d’organisation, mais plutôt comme un panorama, une photographie de la création contemporaine. "Il n’y a pas d’autre impératif pour participer que de programmer un événement représentatif de la jeune création en art contemporain ou correspondant à un esprit de découverte", tient à préciser Pascal Picque.

Bien que les organisateurs de la Biennale de Venise aient finalement proposé d’intégrer "Aperto 95" à leur programme, la coordination a refusé, "car nous ne voulons pas qu’Aperto soit délégué aux centres d’art à l’avenir, ça serait trop commode ! Aperto est une manifestation-clé de la Biennale, et elle doit y rester", explique Alain Julien-Laferrière.

Au-delà de l’aspect militant de cette coordination, on ne peut s’empêcher de remarquer que l’initiative s’avère être également une habile opération publicitaire puisque le nom d’"Aperto" est incontestablement un label, une marque qui évoque découverte et novation.

S’il n’est pas question pour ces lieux d’annexer durablement la notoriété d’Aperto, cette opération suscite néanmoins des réflexions : "Les directeurs ont pris conscience de la nécessité de sortir de leur isolement", remarque Nathalie Ergino au Frac Champagne-Ardenne. "à l’avenir, on pourrait éditer un programme et des publicités en commun, pour faire connaître nos activités de manière plus forte". Catherine Arthus-Bertrand, qui dirige un centre d’art isolé à Pougues-les-Eaux dans la Nièvre, tout comme Laurence Gâteau, du Creux de l’Enfer à Thiers, partagent ce point de vue et soulignent l’intérêt de se voir associées à d’importantes structures comme le Van Abbemuseum d’Eindoven ou le Centre d’art de Rotterdam.

Arrivant à point nommé pour attester que les structures de diffusion de l’art contemporain ne sont pas uniquement la cible de la Cour des comptes et autres cabinets d’audit, "Aperto 95" témoigne de la capacité de résistance des acteurs les plus engagés dans le soutien à la création contemporaine. Mais ce mouvement "ne dispensera pas les centres d’art de mener une véritable réflexion sur leur mission à l’égard de la création comme du public", insiste Laurence Gâteau.

Renseignements et affiche-programme : 47 66 50 00 au CCC de Tours, et 78 03 47 00 au Nouveau Musée de Villeurbanne.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°15 du 1 juin 1995, avec le titre suivant : "Aperto 95" s’éclate en Europe et aux États-Unis

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