Capitale culturelle

Marseille : clap de fin

Le Journal des Arts

Le 14 janvier 2014 - 744 mots

Grâce à Marseille-Provence 2013, dont le succès public est manifeste, la cité phocéenne a engagé une profonde rénovation urbaine et culturelle et gagné son pari de fréquentation.

MARSEILLE -  En 2008, lorsque Marseille a été désignée « Capitale européenne de la culture 2013 », beaucoup se sont étonnés de ce choix. La ville, il est vrai, ne brillait pas culturellement, faisant plus parler d’elle à la rubrique « Faits divers ». Le Conseil de l’Europe faisait alors le pari d’un réveil, en offrant un tremplin à ce territoire endormi depuis plusieurs dizaines d’années sur le plan culturel. Alors que l’année s’est terminée sur un feu d’artifice le soir du 31 décembre, quel bilan tirer de cette « année capitale » à plus d’un titre ?

Marseille-Provence 2013 (MP 2013) a surtout été le moteur d’une impressionnante rénovation urbaine à Marseille. Sans ce titre, difficile de croire que la municipalité aurait engagé plus de 250 millions d’euros dans des travaux d’infrastructures sur les équipements culturels, avec notamment trois musées d’envergure rouverts dans l’année. Depuis sa réouverture en septembre, le Musée d’histoire de la Ville de Marseille a ainsi accueilli 80 000 visiteurs en quatre mois, soit beaucoup plus qu’en une année entière avant sa fermeture en 2008. Le Château Borély, qui abrite depuis juin le tout nouveau Musée des arts décoratifs, longtemps souhaité en raison de la qualité des collections municipales, a enregistré 50 000 visiteurs, un chiffre très satisfaisant en regard de la faible communication de la Ville sur ce lieu, qui plus est éloigné du centre-ville. Le Palais Longchamp, musée des beaux-arts municipal, fermé depuis presque dix ans, a rouvert en juin pour la grande exposition « Le grand atelier du Midi » en accueillant 220 000 visiteurs, un chiffre un peu en deçà des espérances des organisateurs.

Le MuCEM et le Frac, principales réussites
La principale réussite de Marseille se trouve à la Joliette, à deux pas du port autonome : avec le MuCEM (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée) en tête de pont, ce quartier longtemps en friche a subi une profonde métamorphose. Installé non loin de là, le nouveau Fonds régional d’art contemporain Paca, ouvert fin mars (40 000 visiteurs), affiche une belle vitalité et redonne des couleurs à l’art contemporain dans une ville où le Musée d’art contemporain a été laissé dans l’ombre durant cette année « Capitale ».

La Villa Méditerranée, qui se cherche encore un axe programmatique, a joué sur ses « portes ouvertes » et profité de la locomotive du MuCEM auquel elle est accolée pour accueillir 250 000 visiteurs, selon ses responsables, tandis que la Fondation Regards de Provence, nouvelle institution privée, a reçu près de 90 000 amateurs tout au long de l’année. En 2014, l’ouverture du complexe commercial des voûtes de la Major dans les anciens entrepôts placés sous la cathédrale, devrait participer à la revalorisation de ce quartier dans une perspective touristique. Au total, les expositions de MP 2013 sur tout le territoire provençal auront attiré 5,3 millions de visiteurs, et, toutes manifestations et festivals confondus, 9,9 millions de visiteurs. De quoi parler de succès populaire et tirer la conclusion que ce sont les Marseillais, en première ligne, qui se sont réappropriés l’espace public et certains lieux de culture, trop longtemps oubliés.

Certes, sur le Vieux-Port rénové, tout n’est pas rose. Il reste de grands chantiers, notamment la refonte des musées de la Vieille-Charité. Le site, qui accueille les grandes expositions mais n’est pas adapté aux flux importants de visiteurs, abrite également le Musée d’archéologie méditerranéenne et le Musée des arts africains, océaniens, amérindiens. Lors de sa rénovation, le Musée d’histoire de la Ville a fortement pioché dans les collections du Musée d’archéologie, et les institutions de la Vieille-Charité souffrent d’un fort déficit de visibilité. La mutualisation est à l’ordre du jour : un pass musées a enfin été mis en place entre les musées municipaux, et le MuCEM pourrait s’y greffer.

En 2014, quelques grands événements devraient rythmer le calendrier culturel : en janvier, le raccrochage de la collection permanente du Palais Longchamp sera l’occasion de redécouvrir les œuvres du musée. En février, l’exposition « Visages » à la Vieille-Charité reviendra sur la figure humaine et son altérité, de Picasso à Warhol. Même si le flou règne encore sur l’avenir de MP 2013 et l’implication de son directeur, Jean-François Chougnet, dans une future programmation, les institutions culturelles de la ville comptent bien capitaliser sur les succès de l’année Capitale.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°405 du 17 janvier 2014, avec le titre suivant : Marseille : clap de fin

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