Capitale culturelle - MP 2013 veut se pérenniser

Marseille-Provence 2013, premier bilan mitigé

Marseille-Provence 2013 dresse un premier bilan et prépare l'avenir

Le Journal des Arts

Le 26 novembre 2013 - 1187 mots

À un mois de la clôture de son année capitale, Marseille-Provence 2013 fait le bilan et réfléchit à l’après, dans un climat de tensions entre partenaires.

MARSEILLE - En saluant le « succès de Marseille-Provence 2013 » dans le discours tenu lors de sa venue à Marseille le 8 novembre, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault s’est voulu volontariste : Marseille-Provence 2013 aura bien un futur. « Une mission de préfiguration sur l’après 2013 sera mise en place pour poursuivre le travail entre État, collectivités, acteurs culturels et du monde économique. Il s’agira de concevoir un rendez-vous, de type biennale, de référence internationale », mentionne ainsi le Plan d’action sur l’agglomération Aix-Marseille dévoilé par Matignon début novembre.

Fin octobre, l’Association Marseille-Provence 2013 s’est saisie du projet à travers une note élaborée par Jacques Pfister, son président, intitulée « Bâtir l’après 2013 ou comment amplifier le succès de l’année capitale ». Dans cette note, l’association dresse un premier bilan de l’année capitale, en auto-évaluant les forces et les faiblesses de MP 2013. L’adhésion du public est le premier sujet de contentement de l’association : à la mi-octobre, on estimait la fréquentation des événements et des expositions à 7,3 millions de visiteurs (dont près d’un million de visiteurs pour le seul Pavillon M, sorte d’Office de tourisme éphémère sur le Vieux-Port de Marseille) : un succès populaire dont se félicitent tous les acteurs de l’année capitale. Parmi les faiblesses, la note pointe pudiquement « les difficultés de coordination, conséquence des hésitations des partenaires » : sans doute faut-il voir dans cet euphémisme le retrait de la ville de Toulon en 2011, l’inlassable défiance d’Aix-en-Provence, la méfiance des petites agglomérations face à Marseille, accusée périodiquement de vampiriser la programmation. La « faiblesse de l’approche marketing » et le manque d’une stratégie touristique sont également pointés par le rapport. « Un contenu jugé par certains peu glamour » : Jacques Pfister ne s’est jamais caché de ses doutes face à une programmation qu’il a de longue date jugée trop élitiste et pas assez grand public : en décembre 2012, il s’exclamait déjà au sujet du programme : « il faut bac 8 pour le comprendre ! ». Une des grandes lacunes de l’année capitale, que reconnaît l’association, aura été de ne faire que peu de place au monde du rap, une gageure dans la cité phocéenne, où le vivier historique de musiciens est très actif : ainsi le groupe IAM, contacté tardivement, avait pris d’autres engagements pour 2013.

Un bilan financier déficitaire
Ce que ne mentionne pas la note, en revanche, c’est que l’association MP 2013 est déficitaire sur son budget de l’année 2013, voté en décembre 2012 pour un montant de 46,6 millions d’euros. Un rapport au conseil de la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole détaille un besoin de financement de 3,1 millions d’euros, issus du manque à gagner de plusieurs événements.

Chronologiquement, le week-end d’ouverture de l’année capitale, qui a réuni plusieurs centaines de milliers de spectateurs sur le Vieux-Port à Marseille, a creusé le déficit de 619 000 euros, dû en partie à une programmation enrichie à la dernière minute dans le domaine des arts de la rue. TransHumance, événement-phare de l’année entre mai et juin, se voulait un parcours ponctué de bivouacs dans les territoires ruraux, une rencontre entre traditions équestres et cultures provençales, avec, en point d’orgue, une traversée de Marseille par 4 000 chevaux, vaches et moutons. Contraintes administratives, tracas sanitaires et intempéries ont transformé l’entreprise en une usine à gaz dont le dérapage financier s’élève à plus d’1 million d’euros pour un budget initial de 3,7 millions d’euros. Il faut ajouter à cela le manque à gagner sur les recettes de deux grandes expositions : l’exposition inaugurale « Méditerranées », au J1, accuse un déficit de 917 000 euros, à mettre sur le compte de visiteurs moins nombreux que prévus (112 000 visiteurs) et une grille tarifaire qui proposait des réductions étendues : l’entrée moyenne s’est établie à 3,50 euros contre 5,75 attendus. La fréquentation de l’exposition-diptyque « Le Grand Atelier du Midi » entre Aix et Marseille, qui sera en deçà de l’objectif fixé de 600 000 visiteurs, creuse également le déficit de l’Association : sur une moins-value de 1,7 million d’euros, MP 2013 prendra en charge 675 000 euros.

L’addition de ces 3 millions d’euros sera réglée par les partenaires publics. Ce déficit n’est pas démesuré, au vu de l’ampleur des projets développés par l’association tout au long de l’année. Mais son règlement est révélateur du climat qui règne entre les partenaires, depuis les « hésitations » du début. En effet, si la Ville de Marseille, l’État, le Conseil général, la Région et Marseille Provence Métropole ont déjà accepté d’accorder une rallonge, les autres partenaires se font tirer l’oreille : les communes de Martigues, Istres, Salon, Gardanne et Aubagne ont déjà répondu qu’elles ne remettraient pas au pot et Aix-en-Provence réserve encore sa décision. Le refus est plus symbolique qu’autre chose, le manque à gagner s’élevant à seulement 5,8 % de la somme totale.

Le défi de l’après MP 2013
Le problème se situe à un autre niveau, celui de la Métropole en préfiguration censée être mise en place en janvier 2016, et réunissant toutes ces communes autour de la « Métropole Aix-Marseille-Provence ». Le futur de Marseille-Provence est lié à ce projet de métropole, et doit être un point d’ancrage entre les différents acteurs : « constituer un appui au projet métropolitain initié par le Premier ministre » est une des orientations majeures de l’après 2013.
Pour 2014, Jacques Pfister envisage, après la dissolution de l’association Marseille-Provence 2013, une structure plus pérenne que la simple coordination entre partenaires. Selon lui, la formule de l’association peut « s’avérer également fragile et critiquable ». Le groupement d’intérêt public (GIP) à l’image de la formule choisie pour les événements de Normandie impressionniste, semble remporter ses faveurs, en intégrant partenaires publics et privés. Dans quel objectif ? « Créer un événement réunissant le territoire » à l’image du week-end d’ouverture, en utilisant l’espace public semble avoir sa préférence, à côté d’une ou plusieurs grandes expositions. Dans l’immédiat, quelques opérateurs sont mentionnés : le Centre national lieux publics à qui l’on doit Métamorphoses dans le cadre de MP 2013, l’association Karwan, active dans les arts du cirque en PACA, ou encore le festival Marsatac, sur lesquels pourrait venir s’adosser un événement populaire. Beaucoup de questions demeurent en suspens, notamment le devenir du J1 qui accueille l’exposition « Le Corbusier », dernier temps fort de l’année. Ce hangar de 6 000 m2 a été mis à disposition par le Port maritime de Marseille durant l’année : le Port a lancé un appel à projet et la municipalité y verrait bien une discothèque pour dynamiser la vie nocturne du quartier.

Le 31 décembre, un spectacle pyrotechnique du Groupe F ajouté à la dernière minute fin octobre et financé par la Ville de Marseille, clôturera l’année capitale. Istres, où le même Groupe avait prévu de longue date de finir l’année en apothéose, s’est offusqué de n’avoir pas été mise au courant de cet épisode supplémentaire. L’après 2013 ne s’annonce décidément pas simple.

Légende photo

Marseille, le MuCEM. © Photo : Lisa Ricciotti.

Marseille, la Villa Méditerranée et la cathédrale de la Major en arrière-plan. © Photo : Paul Ladouce.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°402 du 29 novembre 2013, avec le titre suivant : Marseille-Provence 2013, premier bilan mitigé

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