Mardi 18 décembre 2018

Fondation

Arles

Maja Hoffmann s’éloigne des Rencontres d’Arles

Par Christine Coste · Le Journal des Arts

Le 3 janvier 2017 - 809 mots

Le retrait de la Fondation Luma du prix Découverte annonce en pointillé le désengagement progressif de la mécène des Rencontres d’Arles.

Maja Hoffmann
Maja Hoffmann
Photo Michael Alberry

ARLES - « Prix Découverte 2017 Nouvelle formule » affiche l’organisateur des Rencontres de la Photographie d’Arles sur son site internet, sans pour autant avoir envoyé de communiqué de presse. Et pour cause. Le changement est de taille, puisqu’il induit le retrait de Maja Hoffmann de ce prix qu’elle a pourtant créé en 2002 en soutien à François Hébel, lorsqu’il avait repris en main un festival en difficultés financières. Ce changement n’est pas le seul, les Rencontres ne disposeront pas en 2017 de la Grande Halle dans le Parc des Ateliers, marquant une évolution des relations de la créatrice de la Fondation Luma avec le festival. Le lieu est un symbole dans l’histoire du festival, puisque qu’il est la matrice du renouveau en 2002 de sa programmation et de son développement. Certes la mise à disposition par la Fondation Luma des 4 000 m2 de l’Atelier de la Mécanique contre 5 000 m2 pour la Grande Halle compense la perte de surface. Deux décisions qui ne sont pas neutres, alors qu’au fur et à mesure de la construction de la Tour de Frank Gehry et de la rénovation du Parc des Ateliers attenant, la programmation de Luma monte en puissance, en particulier l’été.

Sam Stourdzé, directeur des Rencontres d’Arles, se préparait au retrait de Maja Hoffmann du prix Découverte. « Elle nous avait prévenus, dit-il. Nous-même avions de notre côté envie de faire évoluer ce prix en y associant les galeries, souvent les premières à repérer les talents de demain. Cette nouvelle formule leur permettra de proposer un projet inédit d’un artiste qu’elles défendent ». Et il revient au festival de contrebalancer aussi une partie du désengagement financier de la Fondation Luma (qui n’a pas fait suite à notre demande d’entretien), en changeant de partenaires, puisque chaque projet retenu (dix au total comme auparavant) engagera la galerie qui l’a proposé, à le financer. Les Rencontres prendront à leur charge le reste, c’est-à-dire le transport des œuvres, l’assurance, le montage et démontage de l’exposition et l’hébergement pour deux nuits du photographe, du commissaire et désormais du galeriste. Des dépenses déjà inscrites au budget de l’organisateur, auxquelles s’ajoutera le montant de la dotation du prix de 20 000 euros, financé jusque-là par Maja Hoffmann pour un montant d’ailleurs légèrement supérieur de 25 000 euros. Pour repère, la subvention totale en 2012 de la Fondation Luma, alors au début du bras de fer avec François Hébel pour le contrôle du Parc des Ateliers, s’élevait à 180 000 euros répartis entre la production, l’organisation de l’exposition du prix Découverte, de la soirée, et les prix du Livre historique et du Livre d’auteur.

Le transfert du financement de ces deux prix lors de l’arrivée de Sam Stourdzé à la tête du festival, passé en 2015 de la Fondation Luma à la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature de Vera Michalski (sœur de Maja Hoffmann) a été le premier indice de la remise en cause du soutien de Luma aux Rencontres, bien que Maja Hoffmann via sa Fondation ait lancé de manière concomitante le Luma Rencontres Dummy Book Award – un prix doté de 25 000 euros pour l’aide à la publication d’une maquette de livre. Aujourd’hui son retrait du prix Découverte exprime le souhait de bien délimiter la programmation de chacun l’été ; surtout à un an et demi à peine de l’inauguration de la Tour Gehry et de l’achèvement des travaux du Parc des Ateliers programmés courant 2018.

Rachat d’un salon d’art
Le rachat par la Fondation Luma en 2015 d’Offprint à son créateur Yannick Bouillis – désormais salarié de la fondation –, pour l’organisation de ce salon consacré à la microédition en art, et le lancement la même année du Luma Rencontres Dummy Book Award positionnent plus que jamais la Fondation sur ce type de création artistique. Organisé au moment du salon Paris Photo à l’École nationale des beaux-arts de Paris et à Londres à la Tate Modern pendant Photo London, ce salon âgé de cinq ans devrait d’ailleurs connaître un développement à Arles, « mais en dehors de la période de Paris Photo », comme le précisait en novembre 2015 Yannick Bouillis.

Le soutien de Maja Hoffmann, engagée avant la création de sa Fondation, pendant quatorze années aux Rencontres d’Arles reste son plus long partenariat, du moins en France. Associée pendant trois ans à la « Plateforme » de Paris Photo, un cycle de conférences lancé lors de l’installation de la foire au Grand Palais, elle est désormais aux côtés de Photo London. Si Londres est la ville de résidence de sa famille, Zurich, Gstaad, New York, ou dans une moindre mesure Bâle constituent d’autres points d’ancrage, tandis qu’Arles reste la ville qui aura vu naître sa fondation.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°470 du 6 janvier 2017, avec le titre suivant : Maja Hoffmann s’éloigne des Rencontres d’Arles

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