Dimanche 19 janvier 2020

Les ventes publiques tiennent bon

Par Armelle Malvoisin · Le Journal des Arts

Le 18 janvier 2012 - 1180 mots

PARIS [20.01.12] - Entraînées par plusieurs belles vacations, les maisons de ventes, en France, font mieux que résister. 

Alors qu’en 2008 le marché de l’art avait connu un revers, le bilan de l’année 2011 est positif. Dans l’ensemble, il a été supérieur sur le premier semestre, le second ayant été plus difficile. Le classement 2011 des meilleures maisons de ventes françaises réserve peu de surprises. Christie’s s’impose en tête, avec près de 200 millions de chiffre d’affaires, en hausse de 12,7 %. Son année a été favorisée par la vente de la collection d’art décoratif du château de Gourdon (Alpes-Maritimes) du 29 au 31 mars au Palais de Tokyo, pour un total de 42 millions d’euros (21,1 % de son chiffre d’affaires). La dispersion, le 16 novembre, pour 9,4 millions d’euros, de 22 œuvres médiévales provenant de la collection Marquet de Vasselot a été bénéfique à la maison de ventes. Sotheby’s, qui affiche mollement 8,5 % d’augmentation, se maintient derrière sa rivale, à 190 millions d’euros. La dispersion de la collection Fabius Frères les 26 et 27 octobre pour 10,2 millions d’euros a été l’un des temps forts de l’auctioneer à Paris l’an dernier. Sotheby’s a aussi enregistré d’excellents résultats en art contemporain (40,3 millions d’euros/ 46,5 %), en arts premiers (24,5 millions d’euros/ 18,3 %) et en art d’Asie (30,4 millions d’euros/ 17,3 %), trois spécialités qu’elle domine.

Les deux coups d’Artcurial
Bien qu’en retrait par rapport à Christie’s et Sotheby’s, Artcurial s’enorgueillit d’être le seul opérateur français à afficher un résultat annuel à neuf chiffres. Celui-ci est de 127 millions d’euros en 2011, avec un taux de progression remarquable de 23,5 %, proche de son rythme de croisière de l’an dernier. Artcurial doit sa fortune à deux formidables coups (de marteau) en art moderne et d’après-guerre, soit la vente de deux tableaux majeurs de Lyonel Feyninger et de Nicolas de Staël pour un montant cumulé de 12,7 millions d’euros (10 % de son chiffre d’affaires annuel), ce qui est inhabituel pour la place parisienne. « Grâce à nous, Paris défend ses couleurs et sa place dans la compétition internationale », claironnent ensemble Francis Briest et François Tajan, coprésidents de la maison de ventes. Le 6 décembre, le tableau Santo (1985) de Jean-Michel Basquiat a été disputé jusqu’à 2,6 millions d’euros, soit le prix le plus haut jamais atteint pour l’artiste aux enchères en France. Avec 32 millions d’euros de ventes en 2011 ( 55 %), le département d’art contemporain reste le nerf de la guerre d’Artcurial. Mais son succès tient aussi à une sélectivité accrue des œuvres à vendre. « Dans un nouveau contexte de repli d’intérêt sur les œuvres courantes, notre stratégie de sélection drastique des lots proposés nous a permis d’afficher un taux de vendus satisfaisant de 71,3 % », déclare la maison de ventes.

Compétition derrière les trois majors
Quatre maisons de ventes parisiennes se disputent généralement la « première place » derrière les trois majors françaises. Cette année, Tajan a repris sa place d’honneur avec 42,3 millions d’euros ( 7,9 %), notamment grâce à la collection Jorge de Brito qui a atteint 7,3 millions d’euros le 22 octobre. Au cours de cette vacation, l’huile sur toile Saint-Fargeau (1961-1965) de Maria Helena Vieira da Silva s’est envolée au prix record mondial de 1,5 million d’euros.

La maison de ventes Millon obtient quant à elle 38,6 millions d’euros de produit ( 16 %), en comptabilisant sa quote-part du tableau de Feininger vendu avec Artcurial. En 2011, deux commissaires-priseurs ont rejoint Alexandre Millon : Julie Ceccaldi, en charge de l’art contemporain, et Nathalie Mangeot, à la direction des départements Art nouveau, Art déco, design et arts extra-occidentaux. Claude Aguttes, présent sur trois sites (Drouot, Neuilly et Lyon), cumule 36,3 millions d’euros ( 8,3 %). Il tire aujourd’hui avantage de son double positionnement entre Paris et la province. Ses vendeurs lyonnais ont contribué à hauteur de 9,6 millions d’euros ( 80 % par rapport à 2010) à son chiffre d’affaires global, tant pour des ventes à Paris que sur place, à l’hôtel des ventes de Lyon-Brotteaux, dans des proportions égales. Un outsider vient s’intercaler entre Millon et Aguttes : la SVV Gros-Delettrez, avec la vente de l’ancienne collection Paul-Louis Weiller pour 23,7 millions d’euros du 5 au 8 avril, l’événement phare de l’année à Drouot. Cette dernière a donc terminé l’année 2011 sur un chiffre exceptionnel de 38 millions d’euros ( 169,5 %).

Avec 38,3 millions d’euros de produit annuel, la maison Pierre Bergé & associés (PBA) n’apparaît pas dans ce classement français, car seulement 32,8 % de ce montant a été réalisé en France, soit 12,6 millions d’euros. La maison de ventes franco-belge prévient qu’elle « a commencé à modifier sa stratégie en 2011 en ne conservant à Paris que les ventes d’archéologie et de livres, toutes les autres spécialités étant dispersées dans ses propres locaux à Bruxelles, place du Grand Sablon ». Avec 30,7 millions d’euros, la maison Cornette de Saint Cyr pourrait se révéler à l’avenir un sérieux adversaire, si elle poursuit sa progression de 19 %.

Toulouse 9e
La queue du Top 10 est un peu surréaliste. La SVV toulousaine Labarbe, dont le produit annuel avoisine 3 millions d’euros, se retrouve propulsée à la 9e position avec 24,6 millions d’euros ( 693,5 % !), pour avoir vendu un rouleau de peinture chinoise au prix exceptionnel de 22 millions d’euros, le 26 mars. Piasa, qui joue des coudes habituellement avec Tajan, Millon et Aguttes, se retrouve à la 10e position (juste devant la SVV Beaussant-Lefèvre, 21,3 millions d’euros) avec seulement 23,5 millions d’euros (– 47,7 %), marquant une année très difficile pour la maison de ventes, à contre-courant de la tendance. Même en réintroduisant le montant intégral de la dispersion de la collection Fabius (soit 10,2 millions d’euros), qu’elle a co-organisée avec Sotheby’s, son produit de vente chuterait tout de même de 25 %. La maison de ventes, qui poursuit sa réorganisation, espère bien tourner la page et rebondir dès 2012.

L’hôtel Drouot, enfin, qui organise les vacations de 74 SVV, tire son épingle du jeu avec une augmentation de 9,2 % de son activité à Drouot-Richelieu et Drouot-Montaigne, soit 474 millions d’euros de produit art déclaré en 2011, contre 434 millions d’euros en 2010. Mais contre 516 millions d’euros totalisés par le triumvirat Christie’s-Sotheby’s-Artcurial en 2011 ( 13,5 % par rapport à 2010). L’année a été moins facile sur le moyen et bas de gamme. « Sans enchères extraordinaires, mais avec un flux continu d’objets à vendre en 2011 (12 890 adjudications), j’ai fait une bonne année », témoigne David Nordmann, dirigeant de la SVV Ader : 12,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2011 ( 19 %), et, grâce à une politique d’estimations raisonnables, 76 % de taux d’objets vendus. Le commissaire-priseur est moins optimiste pour le premier semestre 2012. « Une période de crise est une période d’incertitude, les gens sont dans l’attente. » À moins que de belles successions ne tombent dans l’escarcelle…

Légende du graphique

Top 10 des sociétés de ventes volontaires en France (cliquer sur la vignette pour agrandir le graphique).

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°361 du 20 janvier 2012, avec le titre suivant : Les ventes publiques tiennent bon

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