Mercredi 18 septembre 2019

Boulogne-Billancourt

Les incertitudes de l’île Seguin

Par Roxana Azimi · Le Journal des Arts

Le 7 septembre 2010 - 754 mots

Sous la houlette de l’architecte Jean Nouvel, l’aménagement de l’île, à côté de Paris, prend forme avec beaucoup de conditionnels.

BOULOGNE-BILLANCOURT - « Imaginez sur l’île Seguin, dans l’enceinte actuelle, une petite cité au milieu du Grand Paris : rien ne l’empêcherait de s’organiser autour d’une grande place plantée, d’accueillir des immeubles-terrasses verdoyants. Imaginez ces grands murs avec des volumes en surplomb sur la Seine : restaurants, écoles, magasins, bureaux, logements. »
C’est en ces termes que l’architecte Jean Nouvel avait imaginé l’aménagement de l’île Seguin dans une tribune féroce publiée en mars 1999 dans le quotidien Le Monde. Une vision proche du plan d’aménagement de l’ancienne forteresse ouvrière que l’architecte a dévoilé en juillet dernier. On revient de loin ! Depuis la renonciation, en 2005, de l’homme d’affaires François Pinault d’y établir sa fondation, les projets les plus flous s’y sont succédé. Après l’idée d’une île des deux cultures, combinant axe culturel et cité scientifique, d’un centre de création contemporaine annoncé par l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin en 2005, remplacée par celle, paresseuse, d’un parc de sculptures, la vocation de l’île prend désormais forme autour de deux pôles, musical sur la pointe en aval, et arts plastiques sur la pointe en amont. « L’accouchement a été long, c’est un peu l’Arlésienne, admet Patrick Devedjian, président du conseil général des Hauts-de-Seine. Mais nous sommes à un commencement d’exécution. »

L’île conçue par Jean Nouvel a la forme d’un dauphin ou d’un paquebot arrimé par quatre ponts aux rives de la Seine. Pour l’architecte, la mixité est le maître mot. « Je veux un enchaînement des choses et pas juste une juxtaposition. Cette île devrait être une île de la cité, un quartier vivant de jour comme de nuit », affirme-t-il. Le portail « arts plastiques » devrait compter quelque 20 000 mètres carrés de galeries et d’ateliers d’artistes, et un espace sous douane peut-être financé par la compagnie suisse de transport Natural Le Coultre. La Fondation Cartier pourrait y établir ses quartiers, tout comme le Cube, un centre de création numérique actuellement situé à Issy-les-Moulineaux. La collection Renault pourrait aussi se loger dans un espace dont l’emplacement n’a pas encore été décidé. La partie centrale de l’île sera dotée d’un grand jardin sous verrière, dessiné par le paysagiste Michel Desvigne, d’une rue commerçante, d’un équipement cinématographique contrôlé par le groupe EuroPalaces-Pathé et, peut-être, du cirque numérique de Madona Bouglione. Le projet d’une nouvelle école supérieure dédiée aux arts numériques est aussi à l’étude. La municipalité de Boulogne-Billancourt imagine également avec force l’installation de la future Maison de l’histoire de France, sous la forme d’un grand vitrail le long de la Seine reprenant les grands événements nationaux. La pointe en aval abritera, quant à elle, un équipement musical, doté d’une salle de 600 à 800 places dédiée à la musique classique et d’une autre de 3 000 places, extensible à 5 000, pour les musiques actuelles. Le début des travaux est programmé pour le premier semestre 2013.

Négociations en cours
Reste que le conditionnel domine. On peut se demander si Pierre-Christophe Baguet, député-maire UMP de Boulogne, n’est pas allé trop vite en besogne en annonçant l’arrivée de la Fondation Cartier et de la collection Renault. Les négociations en cours avec les deux institutions ne sont pas abouties. « Ce n’est absolument pas décidé, nous a déclaré Ann Hindry, directrice de la collection Renault. On travaille sur l’idée d’un lieu dévolu à la collection et à son conservateur, qui accueillera des expositions temporaires. Mais la collection voyagera tout autant dans les sièges de Renault que dans les musées du monde. Même si la collection allait sur l’île Seguin, il ne s’agirait pas d’un devenir définitif. Et en aucun cas il serait question de donner la collection à la ville ou au département. Celle-ci est inaliénable. » Même son de cloche du côté de la Fondation Cartier, dont on ne sait si l’ouverture éventuelle d’un espace sur l’île Seguin impliquerait la fermeture du bâtiment du boulevard Raspail, à Paris. « Un déménagement n’est pas prévu pour l’instant », nous a-t-on laconiquement indiqué.

Si le financement du pôle artistique, basé uniquement sur des fonds privés, reste en discussion, celui du pôle musical, évalué à 150 millions d’euros, doit être réglé par le conseil général des Hauts-de-Seine. Chiffré à 130 millions d’euros, le coût des éléments structurants devrait être assumé par la ville de Boulogne-Billancourt et la communauté d’agglomération. Où ces collectivités puiseront-elles l’argent, alors que la suppression de la taxe professionnelle promet d’écorner leur ambition culturelle ?

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°330 du 10 septembre 2010, avec le titre suivant : Les incertitudes de l’île Seguin

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