Vendredi 22 novembre 2019

Politique

INTERNATIONAL

Le retrait des Etats-Unis de l’Unesco ne tourmente pas trop les américains

L’étrange silence du monde culturel américain qui a suivi cette décision surprend. Seul le Metropolitan Museum of Art a fait part de sa désapprobation.

Washington. Ce ne sont pas les combats qui manquent, ces jours-ci, pour les acteurs de la Culture aux États-Unis. C’est dans ces moments-là que se choisissent les batailles et que sont sacrifiées les causes. L’Unesco semble être l’une d’elles. Lorsque les États-Unis ont annoncé jeudi qu’ils se retiraient de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture pour ses supposés partis pris « anti-israéliens » mais aussi pour son coût, une seule petite voix s’est élevée dans la grande famille américaine de l’art et de la culture.

Certes, il s’agit du Met, à New York, le plus grand musée du pays. Et sa voix porte. « Pendant plus d’un demi-siècle, le Met et d’innombrables autres musées se sont associés avec succès à l’Unesco, une organisation qui a gagné le respect des nations à travers le monde pour avoir su rassembler des commissaires, des conservateurs et toute une gamme de savants pour éduquer, préserver, protéger et soutenir les traditions intellectuelles et artistiques de notre héritage culturel commun », a dénoncé Daniel Weiss, P.-D.G. du Metropolitan Museum of Art, dans un communiqué. Le retrait décidé par Donald Trump, qui sera effectif à partir du 31 décembre 2018, « sape le rôle des États-Unis en tant que leader dans cet effort et affaiblit notre position », regrette-t-il.
 

Conserver un statut d’observateur

Mais aucune institution n’a publiquement emboîté le pas du géant new-yorkais. Pas un autre musée, pas une agence culturelle fédérale ou locale, pas la moindre association. « Peut-être y a-t-il trop de controverses dans le monde de l’art en ce moment, depuis le retrait des statues confédérées jusqu’à la défense du NEA (National Endowment for the Arts, la principale agence culturelle fédérale, menacée par Donald Trump, NDLR) », en passant par les accusations d’agressions sexuelles visant [le producteur de cinéma américain] Harvey Weinstein, estime Leila Amineddoleh, avocate spécialisée dans le droit de l’art. Celle-ci se dit « très déçue de la détermination américaine à sortir de l’Unesco ». « Heureusement, explique au Journal des Arts cette professeure du droit de l’art à l’université new-yorkaise Fordham, la décision n’affectera aucune obligation légale des États-Unis. » De fait, détaille-t-elle, cela ne changera rien au fait que le pays a ratifié la Convention pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel de l’Unesco, et adopté une loi sur la propriété culturelle. Les États-Unis restent par ailleurs engagés envers les pays avec lesquels ils ont signé des accords bilatéraux dans le domaine de la culture.

Washington tient d’ailleurs à apporter sa « vision » et son « expertise » en conservant un statut d’observateur au sein de l’Organisation, dont le siège se trouve à Paris et qui vient de désigner l’ancienne ministre française de la Culture Audrey Azoulay comme prochaine directrice générale. La décision « n’a pas été prise à la légère et reflète les inquiétudes des États-Unis concernant l’accumulation des arriérés à l’Unesco, la nécessité d’une réforme en profondeur de l’organisation et ses partis pris anti-israéliens persistants », avait justifié la diplomatie américaine. Elle n’est en tout cas pas une surprise : le plus fidèle allié d’Israël avait prévenu en juillet qu’il réexaminerait ses liens avec l’Unesco après sa décision de déclarer la vieille ville d’Hébron, en Cisjordanie occupée, « zone protégée » du patrimoine mondial. Sous la présidence de Barack Obama déjà, en 2011, l’Amérique avait arrêté de participer au financement de l’agence après que celle-ci eut admis la Palestine en tant qu’État membre.

Ce n’est même pas une nouveauté. Les États-Unis s’étaient déjà retirés de l’Organisation sous l’impulsion de Ronald Reagan en 1984, en pleine guerre froide. À l’époque, l’ennemi se nommait l’URSS et Washington trouvait l’Unesco trop complaisante envers l’Union soviétique.

 

Titre orginanl de l'article paru dans le Jda n°487

« Les États-Unis se retirent de l’Unesco »

Légende photo

Donald Trump, président des Etats-Unis © White House

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°487 du 20 octobre 2017, avec le titre suivant : Le retrait des Etats-Unis de l’Unesco ne tourmente pas trop les américains

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