Allemagne

Le défi du fédéralisme culturel en Allemagne

Par Isabelle Spicer (Correspondante à Berlin) · Le Journal des Arts

Le 14 janvier 2014 - 736 mots

L’accord de coalition entre CDU et SPD comporte un chapitre sur la culture. Monika Grütters est la nouvelle ministre de la Culture allemande.

BERLIN - Il aura fallu près de trois mois à la chancelière allemande Angela Merkel (CDU), réélue pour un troisième mandat le 17 décembre, pour former un gouvernement de coalition avec le parti social-démocrate (SPD). Le contrat entre les deux partis a été scellé dans un accord de coalition, document de 185 pages qui comporte un chapitre dédié à la culture. Dans ce secteur, la nouvelle coalition aurait pu réaliser une petite révolution. En novembre 2013, la presse allemande a annoncé un accord sur un changement majeur : la Loi fondamentale, c’est-à-dire la constitution allemande, serait révisée pour inclure la culture en tant qu’objectif fédéral. Après la création du poste de ministre fédéral de la Culture en 1998, cette étape aurait constitué un pas de plus vers le basculement de cette compétence dans les prérogatives de l’État fédéral.

En réaction à l’expérience du nazisme, l’Allemagne de l’Ouest d’après guerre s’était dotée d’une constitution fédérale, conférant aux Länder les secteurs susceptibles d’alimenter la propagande nationale : l’éducation, la culture, le sport. Ce qui, au départ, avait une explication historique est devenu au fil du temps la chasse gardée des Länder. Mais le projet d’inscription de la culture dans la Loi fondamentale a été retiré en catimini en séance plénière. La Fédération ne pourra donc toujours intervenir que sur des projets ayant une portée nationale. Parmi les projets prioritaires de ce type figure le « musée du romantisme » à Francfort-sur-le-Main.

Monika Grütters, nouvelle ministre de la Culture depuis le 17 décembre, en est bien consciente : son premier défi sera d’établir des relations harmonieuses avec toutes les entités fédérales. Son prédécesseur, Bernd Neumann, ministre sous les deux premiers cabinets Merkel, n’était, à 72 ans, pas candidat à sa propre succession. Mais son principal succès avait justement consisté à légitimer la fonction. « Ma première tâche sera de coordonner la Fédération et les Länder dans le domaine de la culture, qui est une prérogative des Länder. La Fédération fournit 12 % du budget, les Länder y contribuent pour 43 % et les communes pour 44 % », a déclaré Monika Grütters lors de sa première déclaration télévisée à une chaîne locale. La coalition prévoit cependant de développer le budget fédéral de la Culture, déjà en augmentation depuis neuf années consécutives, et cela au-delà de 2019. Le projet de mise à niveau des institutions culturelles d’ex-Allemagne de l’Est sera également poursuivi.

Le poste de ministre de la Culture dépendant directement de la chancellerie, il n’est pas étonnant que le portefeuille reste au sein du parti chrétien-démocrate de la CDU. Monika Grütters, née en 1962 à Münster en Westphalie, est proche d’Angela Merkel. Historienne de l’art, elle dispose d’une expérience confirmée dans le secteur de la culture. Porte-parole de la CDU pour les affaires culturelles et scientifiques de 1995 à 2005, elle est députée au Bundestag depuis 2005, dans une circonscription de Berlin. Elle a présidé de 2009 à 2013 la commission parlementaire des Affaires culturelles et des médias du Bundestag.

La recherche sur la provenance sera renforcée
Autre projet majeur de la nouvelle coalition, le travail sur la mémoire concernant la « terreur nazie » et la dictature est-allemande sera poursuivi, en particulier à travers la conservation et la mise en place de monuments. Conséquence de l’affaire Gurlitt (lire p. 38), la recherche sur la provenance des biens culturels sera renforcée. La loi sur la protection des biens culturels sera révisée afin de rendre aux pays concernés les biens entrés illégalement sur le territoire allemand, et aussi de mieux protéger l’exportation de biens allemands. La coalition réaffirme également son intention de réclamer le retour du « butin de guerre » spolié par les soldats soviétiques à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Dernier point sur lequel les deux partis s’accordent, la nécessaire réforme de la caisse de sécurité sociale des artistes et professions artistiques. Le principal changement consistera à augmenter les contrôles des entreprises devant verser des cotisations à cette caisse. Toute entreprise ou institution (maisons d’édition, musées, galeries…) ayant recours aux services d’un artiste ou auteur y est soumise. L’objectif est de limiter l’augmentation des charges sociales pour les plus de 170 000 artistes, journalistes et autres personnes exerçant une profession libérale liée à la création qui sont rattachés à cette caisse de sécurité sociale.

Légende photo

Monika Grütters. © Photo : Christof Rieken.

Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°405 du 17 janvier 2014, avec le titre suivant : Le défi du fédéralisme culturel en Allemagne

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