Mercredi 29 janvier 2020

Société

L’Amérique renoue avec son sombre passé

Un nœud coulant et une potence exposés dans des musées font polémique

Etats-Unis. Un fait divers et une faute de goût. Deux incidents coup sur coup à Washington et Minneapolis ont fait resurgir les vieux démons de l’Amérique esclavagiste et colonisatrice.

Dans la capitale américaine, la police enquête sur un nœud coulant, symbole de l’esclavage, de la période des lynchages et des pendaisons arbitraires de Noirs, retrouvé au deuxième étage du Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaine (NMAAHC), celui consacré à la ségrégation. La découverte le 31 mai dans l’après-midi a entraîné la fermeture pendant près de trois heures d’une grande partie de ce musée situé à deux pas de la Maison Blanche et inauguré en septembre 2016 par le premier président noir des États-Unis, Barack Obama. Ce dernier y voyait le signe d’une Amérique délestée du poids de son passé raciste.

« L’incident d’aujourd’hui est un douloureux rappel des défis auxquels les Afro-Américains continuent de faire face, a déploré le directeur du musée, Lonnie Bunch. C’était un acte atroce, mais un saisissant rappel de la raison pour laquelle notre travail est si important. »

Le même jour, le Walker Art Center de Minneapolis décidait de retirer et démonter une œuvre de l’artiste américain Sam Durant. Échafaudages, imposante sculpture de bois et d’acier qui reproduit sept potences où ont été pendus des condamnés entre 1859 et 2006, devait pourtant être une pièce maîtresse des jardins rénovés du museé. Problème : l’une des potences représente un épisode douloureux de l’histoire des Amérindiens, lorsque 38 guerriers Sioux du Dakota, dans l’Amérique des Grandes Plaines, avaient été exécutés en 1862 pour s’être révoltés contre les colons. Un « génocide » tourné en dérision, ont dénoncé les Sioux locaux, qui ont obtenu gain de cause, malgré les excuses de la directrice du musée et de l’artiste. Dans un geste d’apaisement, ce dernier leur a transféré les droits de propriété intellectuelle liés à l’œuvre. Les Sioux n’en ont eu que faire et ont brûlé la sculpture, dans une cérémonie cathartique. Reste qu’à Washington, l’incident n’est pas isolé. Quatre jours plus tôt, un autre nœud coulant avait été accroché à la branche d’un arbre devant le Hirshhorn, musée de Washington consacré à l’art moderne et contemporain. Le musée afro-américain, lui, réfléchit à un pied de nez : exposer ledit nœud.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°481 du 9 juin 2017, avec le titre suivant : L’Amérique renoue avec son sombre passé

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