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Société américaine

Musée obligatoire pour la police de Washington

WASHINGTON / ETATS-UNIS

Les agents doivent participer à une visite obligatoire du Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaine pour améliorer les rapports entre les forces de l’ordre et la population locale, majoritairement noire.

Policiers du Metropolitan police department
Policiers du Metropolitan police department devant le National museum of african american history and culture.
©Metropolitan police department, D.C.

« Nous sommes engagés à renforcer les liens de confiance entre la police de Washington et nos résidents », a solennellement déclaré Muriel Bowser, maire de la capitale américaine, au pied du Musée national de la culture et de l’histoire afro-américaine. Le 13 avril en fin de matinée, l’édile a salué la mise en place d’un partenariat singulier entre la police de Washington et le musée, dernier bâtiment à avoir été inauguré au sein du complexe Smithsonian, l’université du District de Columbia (UDC).

3 800 agents au total prochainement formés 
En plus des traditionnels tests d’endurance, classes d’autodéfense, cours de civisme et autres exercices de tir, une visite obligatoire du musée et des cours sur la culture locale ont été ajoutés au programme de formation des nouvelles recrues du Metropolitan Police Department (MPD). Même si les crimes recensés dans le district ont chuté de 23 % fin 2017, ainsi que la Maire s’en félicite, les tensions demeurent entre la population noire, historiquement dominante dans la région, et la police composée à 52 % d’Afro-Américains, à 35 % de personnes dites « blanches », à 9 % d’agents hispaniques et à 3,6 % de personnes d’origine asiatique, selon les chiffres du service.

« Jusqu’à présent, 650 agents ont été formés. La totalité des 3 800 officiers, nouvelles recrues et officiers assermentés vont suivre la formation d’ici l’an prochain », résume Ralph Ennis, commandant de l’école de police. Pour les quelque 60 à 65 officiers formés chaque semaine, le programme est dense. « Les officiers se retrouvent à 6 heures du matin à l’Hôtel de Ville. Ils y suivent un cours de trois heures sur le rapport entre les ethnies et la police avec deux professeurs de l’UDC. Puis, à 9 heures, ils se mettent en route pour le musée, qui est à une rue de là, où ils passent le reste de la journée jusqu’à 16 heures », détaille le gradé.

Une fois à l’intérieur du bâtiment massif : direction le sous-sol sombre, dont l’étage le plus bas est dévolu aux débuts de l’esclavage aux États-Unis, dans les années 1700. « Il y avait des enregistrements de pleurs de mères et d’enfants torturés, c’était vraiment déchirant », témoigne l’officier Samantha Beckerleg. « Les professeurs s’arrêtent régulièrement pour parler des moments marquants dans la relation entre la police et la communauté afro-américaine, reprend Ralp Ennis. Ils vont jusqu’à U Street, qui est un peu “La Mecque” noire, la Broadway noire de la ville. C’est un endroit où la culture est très vive. Les professeurs leur font faire un tour et leur expliquent pourquoi ce quartier est devenu ce qu’il est, pourquoi les gens traînent dans ce coin, pourquoi il y a autant de barbiers… En clair, ils expliquent aux officiers en quoi la culture est ce qu’elle est à D.C. », explique l’architecte de ce programme, avant d’assurer que les retours des agents sont « extrêmement positifs ».

Washington s’ajoute ainsi à la – très courte – liste de villes américaines qui ont choisi de sensibiliser leurs agents à la culture locale. La police de Chicago a mis en place une formation similaire en juin 2017 au Musée DuSable de l’histoire afro-américaine, puis au Musée de l’Holocauste. Malgré ces initiatives, l’association Mapping Police Violence recensait 1 147 personnes tuées par les forces de l’ordre en 2017 aux États-Unis, dont 25 % d’Afro-Américains, « qui ne représentent pourtant que 13 % de la population », déplore-t-elle.
 

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°501 du 11 mai 2018.

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